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LE GARDE DU CORPS DE R. BOULIN VICTIME D’UN ALZHEIMER “SONNANT & TRÉBUCHANT???
13.6.2010 par admin.
LE GARDE DU CORPS DE R. BOULIN
VICTIME D’UN ALSHEIMER “ SONNANT
& TRÉBUCHANT
R. Duvignau pour l’Express
Maxime Delsol, ami et garde du corps de Robert Boulin, noyé en 1979.
Maxime Delsol, qui fut aussi l’ami du ministre retrouvé noyé en 1979, n’a aucun doute sur son suicide. Il s’en explique dans une interview vidéo après le récent rebondissement de l’affaire
Depuis trente et un ans, le 20 juillet et le 29 octobre, de façon immuable, un visiteur franchit le seuil du petit cimetière de Villandraut (Gironde). “Je vais porter ma fleur sur sa tombe le jour de sa naissance et celui de sa mort”, confie Maxime Delsol, ancien garde du corps de Robert Boulin, ministre du Travail des “années Giscard”. “Max” a été l’ombre portée et l’ami de ce pilier du gaullisme. Il l’a suivi une bonne partie de sa carrière, jusqu’à ce jour de l’automne 1979 où son corps a été retrouvé aux étangs de Hollande, près de Paris.
Toujours alerte à 82 ans, l’oeil vif, la moustache bien lissée, l’ex-policier, à la retraite dans le Sud-Ouest, sort de son silence à l’heure où le destin de Robert Boulin suscite à nouveau la controverse. Bien que la justice ait confirmé à deux reprises, en 1991 et 2007, la thèse d’un suicide, la fille du défunt réclame, par l’entremise de son avocat, l’examen de l’ADN laissé sur les lettres postées par son père juste avant son décès. Un nouveau rebondissement qui offusque Maxime Delsol.
VOIR LA VIDÉO: http://www.dailymotion.com/video/xddgue_maxime-delsol-ex-garde-du-corps-de_news#from=embed?start=2
“Pendant longtemps, dit-il, je n’ai pas voulu parler, mais, maintenant, ça suffit! Je voudrais faire cesser ces histoires sur son assassinat, pour qu’au moins il puisse reposer en paix. Je pense à lui tous les jours. Au fil des ans, j’étais devenu son confident, son ami et un intime de la famille. Et je n’ai malheureusement aucun doute sur son suicide. L’affaire du terrain de Ramatuelle, où il avait fait construire une maison, l’obsédait. Il n’en dormait plus. J’ai vu monter son angoisse.” Selon l’enquête, menée à l’époque par le juge Renaud Van Ruymbeke, Robert Boulin était en effet au coeur d’un imbroglio financier mettant en cause un promoteur, ami de la famille.
“On a trouvé des fragments de lettres”
Cette affaire, largement évoquée dans les médias, expliquerait son geste désespéré, le 29 octobre 1979. “Ce jour-là, se souvient “Max” Delsol avec émotion, son fils, Bertrand, m’a appelé, affolé, pour me dire: “Qu’as-tu fait de mon père? Il n’est pas rentré.” J’ai aussitôt crié à ma femme: “Il a fait une connerie!” Je me suis précipité à son domicile, où son gendre a fini par fouiller son bureau. Dans la corbeille à papiers, nous avons découvert des fragments de lettres déchirées, où il annonçait sa décision d’aller se noyer dans les étangs de Hollande, un endroit où il aimait faire du cheval. Nous sommes partis à sa recherche avec la R 5 de Bertrand et sa femme. Mais il faisait nuit noire et il y avait du brouillard. Son corps a été retrouvé le lendemain matin, à l’endroit qu’il avait indiqué.”
Collection privée /DR
Maxime Delsol, en 1972, au côté de Robert Boulin.
L’ex-policier reconnaît que certains éléments - chocs sur le visage, blessure au poignet - nécessitent des explications: “Peut-être est-il tombé et s’est-il blessé lui-même? Ce que je sais avec certitude, c’est qu’il était bourré de Valium. L’un de ses amis, médecin, lui en avait procuré.”
Sa conviction est aussi fondée sur les nombreuses lettres envoyées à des proches. “Des lettres tapées sur sa machine à écrire et semblables à celles retrouvées chez lui. Plusieurs, adressées à Chaban-Delmas (alors président de l’Assemblée nationale, ndlr), au Dr Simon ou à l’AFP, comportaient des notes manuscrites et j’ai reconnu son écriture. Je comprends que sa famille n’arrive pas à le croire. Moi-même, je ne le pensais pas capable d’un tel geste. Je le croyais trop attaché aux siens pour les quitter. Sur le carton laissé sur le pare-brise de sa voiture, il a d’ailleurs tracé ces mots très touchants: “Embrassez également ma femme, le seul grand amour de ma vie. Courage pour les enfants.” C’était signé Boby, son surnom familial. Après cela, il s’est traîné jusqu’à l’eau.”
Commentaires
P-JACQUES
13/06/2010, à 13h33
2ème PARTIE en réponse à “Maxime Delsol qui a perdu la mémoire”. Les noms évoqués des tueurs Le 18 novembre 1988, le témoignage d’Hermann Stromberg, un collègue gaulliste du SAC (le service d’action civique) affirme : ” J’étais là quand Robert Boulin a été tué. Les assassins, c’est Ernst Siegrist et ses gardes du corps. Ils se sont enfoncés dans le sous-bois avec le ministre pour négocier un dossier. Ils étaient hors de notre vue. Puis Siegrist et ses gorilles sont repartis précipitamment, Boulin n’était pas avec eux. J’ai pensé que le ministre restait isolé pour réfléchir. Ne le voyant pas revenir, nous sommes allés à sa rencontre. Il gisait, mort, au pied d’un talus. ” Ersnt Siegrist existe bien. Il a été l’homme de confiance d’un dénommé Kopp, ancien nazi et chimiste de la ” French Connection “. Siegrist n’a jamais été recherché par la justice française. P-JACQUES
Alertez
P-JACQUES
13/06/2010, à 12h21
Monsieur le Garde du Corps, je pense que vous n’avez pas été bien informé pour raconter de telles absurditées. Peut-être également avez-vous été rémunéré pour dire de telles inepties. Fabienne Boulin doit “bouillir” suite à vos propos. J’ai fait parti du S.A.C et voici la vérité avec les noms des présumés tueurs. Vous pourrez lire toute la vérité et magouilles sur mon site: http:monde-magouilles.info L’HEURE DE LA MORT POUR LA FAMILLE BOULIN Officiellement, son corps est retrouvé dans la forêt de Rambouillet le matin du 30 octobre 1979 à huit heures quarante mais dans ses mémoires publiées quelques mois avant de mourir (”L’Expérience du pouvoir”, éd. Fayard 2007), Raymond Barre affirme l’avoir appris dès trois heures du matin alors que Valéry Giscard d’Estaing ne l’aurait appris qu’à onze heures trente du matin (dans son livre “Le Pouvoir et la vie”), soit bien après les journalistes. Le registre d’état civil de la commune où l’on a retrouvé le corps a été modifié. Et la famille de Robert Boulin aurait été mise au courant de la mort dès la veille à vingt heures par un collaborateur de Robert Boulin (Guy Aubert). Ces Dossiers Qui ont Tué Robert Boulin Que contenaient donc les fameux dossiers qui avaient été à la source de la conspiration ayant conduit au meurtre de Robert Boulin ? Certes, la famille du Ministre n’en a conservé aucune copie, mais sa fille et son gendre se souviennent parfaitement des ment
Alertez
René DUGENOU
13/06/2010, à 12h03
Franchement, s’il ne s’agissait que d’un simple suicide, croyez-vous vraiment qu’”on” se donnerait autant de mal à détruire ou à faire disparaitre régulièrement des pièces du dossier qui prêtent à confusion ?
Faut arrêter d’être naïf, un peu…
Alertez
A. D.
13/06/2010, à 11h00
Les casseroles de la 5ème république.. ou l’omerta française.
De trop nombreuses affaires politiques, médiatiques, judiciaires, financières ou autres sont fort troubles.
Entre les décès suspects et certains “suicides” tels Robert Boulin, Pierre Beregovoy, François de Grossouvre, Patrice Pelat, le capitaine Guézou, Philippe Brelot le juge Borrel etc…
Mais éaussi le “suicide” du gendarme Jambert dans le cadre l’affaire d’Émile Louis des disparues de l’Yonne.
L’affaire Pierre Roche et les circonstance de son “décès” et de sa crémation dans le cadre du volet bis de l’affaire Alegre et de disparitions d’enfants (Estelle et Marrion aujourd’hui sous le sceau du secret défense)qui n’a jamais éclatée malgré le témoignage de ses enfants, ou encore le “suicide”, Arnaud Tregouet..
intellectuelles, tout comme l’affaire des Cd Rom de Zandvoort, fichiers pédocriminels et pédonazis impliquant de haut responsables et de réseaux européens, dont les états ont été informés de l’existence par un certain Marcel Vervloesem qui depuis croupit en prison en Belgique.
A noter que de nombreux enfants ont été reconnus par leurs parents sur les fichiers, et que des photos d’enfants et de jeunes filles des affaires Dutroux et Louis..
L’affaire à bien sur été classée comme toutes celles qui pourraient menacer la “stabilité de l’état”
30 témoins morts..qui ne parleront pas au procès Dutroux
Sans doute l’œuvre de constructions intellectuelles?
I
Alertez
pedrodebordo 3/06/2010, à 09h42
Il est bien le seul a ne pas avoir de doute , car même les services secrets sont venus en Gironde quelques temps aprés la disparition de M. Boulin , je pense que ce n’était pas pour faire du tourisme , même si d’autres sont revenus un ou deux ans aprés…
body-guard - 02/06/2010 22:27:31
Insister sur le “suicide” de Boulin…vous parlez d’un garde du corps !!! Franchement, monsieur le garde du corps, voyez le site de France inter dossier Boulin, tous les temoins de l’Assassinat. Si avec ça vous parlez de suicide, fermez-la monsieur SVP fermez -la. Signé : un ancien garde du corps de Chaban.
francky033 - 02/06/2010 12:47:20
Soutenez l’action de Fabienne Boulin et aidez-nous à faire triompher la vérité. Venez nous rejoindre sur le site www.robertboulin.net
francky033 - 02/06/2010 07:39:03
Réclamer la réouverture du dossier en soutenant le combat de Fabienne Boulin. Plus d’informations sur www.robertboulin.net !
hubiquitius - 24/05/2010 13:08:29
Delsol et Pontaut ne sont pas des débutants dans leur soutien inconditionnel à la version “suicide” de Robert Boulin. Cela les amène une fois de plus à faire l’impasse sur des faits essentiels qui ne cadrent pas avec le récit de Delsol. Pourquoi la question sur la double découverte du cadavre n’est pas posée ? La première fois vers une heure du matin, comme l’ont attesté Raymond Barre (premier ministre) et Christian Bonnet (ministre de l’intérieur) et la seconde, l’”officielle” , la seule mentionnée, à 8 h 40 par les gendarmes…
CASSANDRE14 - 21/05/2010 11:37:33
Si toute les personnes compromises dans “l’affaire des terrains de Ramatuel” s’étaient suicidées, le paysage politique serait autre! (Un ami qui se met en opposition avec la famille: quelle preuve de soutien et compréhension… quelles pressions a t il subit?) Rappellons nous que lors de la première exhumation du corps, sa famille a eu la surprise de trouver un corps embaumé (donc “vide” de toutes traces) et que l’on a jamais pu savoir QUI avait payé la facture de cet embaumement…. (”C’était le temps de l’affaire Ben BARKA du suicide à la OUFKIR, suicidé d’une balle tiré à bout portant dans le dos, de l’assassinat du Général AUDRAN et de la disparition du Prince de Broglie….) “République, que de crimes on commet en ton nom..” ( dixit Madame Roland de La Platière: MAIS j’ai volontairement remplacé “Liberté” par “République”)
jlddd - 20/05/2010 17:13:00
Il faut se demander pourquoi cet homme “témoigne” aujourd’hui. Dans quel but? pourquoi si tard? et qu’apporte son “témoignage” ? Rien. Une “conviction” soufflée par qui? Lisez le livre de Benoît Colomba “Un homme à abattre”. Pourquoi la justice ne réouvrirait-elle pas ce dossier? Est-il moins important de savoir pourquoi et comment R.Boulin est mort que le “petit Grégory”?
roger - 20/05/2010 15:15:18
La maladie d’halzeimer frappe à tous les âges….
tonton01 - 20/05/2010 13:05:06
…………sûrement a cause des rebondissements. J’ai en mémoire le suicide d’un ami dans les années 50, qui a été retrouvé dans une mare de ferme, et était couvert d’hématomes, son organisme était bourré de tranquillisants, le médecin légiste de l’époque avait trouvé ça normal, son explication…….”il s’est traîné a moitié conscient, heurtant tout se qui se trouvait sur son passage”…..Mais je respecte et trouve normal, les réactions de la famille.
P-JACQUES
Posté dans AFFAIRE ROBERT-BOULIN | 3 commentaires »
ROBERT BOULIN. ALEXANDRE SANGUINETTI LE S.A.C & LES NOMS DES TUEURS DU MINISTRE.
12.6.2010 par admin.
ROBERT BOULIN.
ALEXANDRE SANGUINETTI LE SAC &
LES NOMS DES TUEURS DU MINISTRE
Se blesser le nez et l’arrière du crâne, avaler du Valium sans en retrouver dans l’estomac mais seulement dans le sang, être ligoté puis se libérer, et se suicider dans un étang boueux sans salir son costume, être retrouvé sur le ventre mais avec des lividités cadavériques sur le dos. Voici une version officielle qui paraît si surréaliste qu’elle signifierait que de nombreux acteurs de la procédure judiciaire auraient voulu cacher la vérité. Celle de l’assassinat. Dans quel but ?
(ROBERT BOULIN – ALEXANDRE SANGUINETTI)
Il y a des affaires où l’incertitude demeure. Où la théorie du complot politique est parfois beaucoup plus pertinente que pour les attentats du 11 septembre 2001. Des affaires qui n’en finissent pas comme l’affaire Grégory. D’autres affaires comme l’Angolagate qui aboutissent à la condamnation à de la prison ferme d’un ancien ministre d’État, Charles Pasqua que j’avais qualifié d’ange et démon de la politique française lors de son procès et qui semble prêt à lâcher beaucoup d’informations.
Il y a même des affaires qui refont surface, comme celle des emplois fictives de la Ville de Paris qui vient de renvoyer ce 30 octobre 2009, pour la première fois dans l’histoire de la République, un ancien chef de l’État en correctionnelle.
Trente ans de “foutage de gueule” ?
Cela fait trente ans qu’on a découvert le corps sans vie de Robert Boulin. C’était le 30 octobre 1979 et l’heure exacte de sa découverte prête encore à discussion. La mort pourrait remonter dès le 29 octobre 1979 entre dix-sept heures et vingt heures trente.
Officiellement, il s’agirait d’un suicide mais il y a tellement de lacunes, d’erreurs, de fautes dans l’enquête judiciaire (au moins soixante-quinze) que la thèse de l’assassinat est évidemment en tête. De nombreuses pièces à conviction (comme les bobines d’encre de la machine à écrire utilisée pour écrire de supposées lettres posthumes), de documents (des dossiers secrets sortis du coffre par Robert Boulin), des prélèvements sur le corps (sang, organes) ont été négligés par l’enquête ou tout purement ont disparu ou ont été volés, détruits…
En février 1981, l’avocat de la famille, Robert Badinter, réussit à obtenir des photographies du visage traumatisé de Robert Boulin prise par la police judiciaire. Le 18 janvier 1984, ce même Robert Badinter, devenu garde des Sceaux, dépose plainte contre la famille pour diffamation (elle avait accusé le procureur de la République de Versailles de forfaiture).
Le 26 janvier 2007, au cours d’un discours de campagne à Poitiers, Nicolas Sarkozy avait évoqué Robert Boulin qui avait habité Neuilly-sur-Seine : « Je n’oublie pas Robert Boulin, victime du mensonge et de la diffamation. ».
La fille de Robert Boulin, Fabienne Boulin-Burgeat, avait écrit le 20 novembre 2007 ceci : « Nous ne cessons de rassembler les preuves tangibles que mon père a été assassiné et je vois mal comment la justice de la République pourrait continuer à les dénier, je n’ignore rien, pour les avoir moi-même subies, des forces qui se sont exercées et s’exercent encore pour contraindre les témoins à se taire, et en encourager d’autres à s’accommoder de petits arrangements avec la vérité. C’est pourquoi je me réjouis que les langues des uns commencent à se délier, tandis que la mémoire revient aux autres. La justice française me doit la vérité comme simple citoyenne autant que comme fille de mon père. Comme démocrate républicaine je me battrai jusqu’au bout pour que justice passe dans ce dossier si emblématique des mœurs politiques et de l’état des institutions de cette République. Presque trente ans après les faits, il est encore temps, il est plus que temps ! ».
Tout dernièrement, le 27 octobre 2009, un ancien ministre gaulliste, Jean Charbonnel, 82 ans, a évoqué de nouveau la thèse de l’assassinat sur France Inter en parlant de « règlement de compte politique ».
Ce triste trentième anniversaire va peut-être braquer les projecteurs sur cette affaire et inciter la justice à rouvrir le dossier qui n’est toujours pas prescrit.
Mais rappelons rapidement le contexte
politique.
En pleine bataille entre chiraquiens et
giscardiens
Robert Boulin a 59 ans lorsqu’il est un influent Ministre du Travail et de la Participation du gouvernement de Raymond Barre, sous le septennat de Valéry Giscard d’Estaing.
Il a été pendant une quinzaine d’années membre du gouvernement sous De Gaulle, Pompidou et Giscard d’Estaing (il a occupé entre autres les Relations avec le Parlement, l’Agriculture, le Budget, la Fonction publique et les Finances) et à ce titre, il fait partie des ministres qui ont eu l’une des plus grandes longévités sous la Ve République.
Gaulliste social, résistant, avocat en Gironde, il en a voulu à Jacques Chirac d’avoir torpillé la candidature de Jacques Chaban-Delmas en 1974 et a refusé de siéger dans son gouvernement entre 1974 et 1976.
La majorité est composée de deux partis sensiblement égaux à l’Assemblée Nationale élue en mars 1978. L’UDF de Giscard d’Estaing (rassemblant les républicains indépendants et les centristes) et le RPR, parti fondé par Jacques Chirac avec l’aide de Charles Pasqua en décembre 1976 pour succéder à l’UDR et surtout, pour en finir avec la “vieille” garde gaulliste, en particulier Jacques Chaban-Delmas, Michel Debré, Olivier Guichard, bref, les barons du gaullisme historique.
Or, après le départ de Jacques Chirac de Matignon en été 1976, il existe une véritable guéguerre entre Jacques Chirac et la politique gouvernementale (Giscard d’Estaing et Barre) et Raymond Barre est obligé de gouverner à coups de 49.3 (vote de confiance). L’objectif, c’est l’élection présidentielle de 1981.
Beaucoup de responsables gaullistes s’inquiètent des initiatives de Jacques Chirac qui n’ont pas eu beaucoup de succès notamment lors des premières élections européennes (seulement 16%). En 1979, Jacques Chirac se sépare de ses deux conseillers Pierre Juillet et Marie-France Garaud. Édouard Balladur et Charles Pasqua prennent alors une place plus importante dans son entourage.
Parallèlement au staff de Chirac, au sein du RPR coexistent des gaullistes “légitimistes”, à savoir pro-giscardiens qui siègent au gouvernement. Parmi lesquels Alain Peyrefitte(Ministre de la Justice) et Robert Boulin, et tous les deux sont premiers-ministrables. La nomination d’un RPR à Matignon serait vécue par Jacques Chirac comme une déclaration de guerre, mais Valéry Giscard d’Estaing envisage sérieusement une telle nomination.
Or, cette hypothèse de changement de Premier Ministre est très crédible en cet automne. Le 18 octobre 1979, Raymond Barre est hospitalisé pour une semaine à cause de surmenage après trois ans de Matignon. Il dira d’ailleurs bien plus tard : « En huit jours, ils m’ont remis sur pied, mais la tension était extrême. (…) J’étais vraiment fatigué. Et c’est ce qui m’a donné cette crise d’hypertension. J’en ai conservé des traces et dois avouer qu’après Matignon, j’ai mis près d’un an à trouver mon pôle de sustentation. ».
La succession de Raymond Barre est
ouverte dans un climat d’affaires
C’est donc tout naturellement que l’idée d’un départ très proche de Raymond Barre est confirmée : un Premier Ministre fatigué (et impopulaire juste après le deuxième choc pétrolier) et un an et demi avant l’élection présidentielle à laquelle Giscard d’Estaing se représenterait évidemment et qui promet d’être sportive avec la candidature probable de Jacques Chirac mais aussi celles de Michel Debré et de Marie-France Garaud qui y pensent déjà.
Robert Boulin a tout le profil du successeur de Raymond Barre. Très apprécié des syndicats et à la réputation de grande honnêteté et d’ouverture au dialogue social, une grande expérience, issu du RPR mais pas du tout inféodé à Jacques Chirac.
Un peu avant l’hospitalisation de Raymond Barre, le 9 octobre 1979, “Le Canard Enchaîné” puis “Le Monde” le lendemain évoquent pour la première fois l’affaire des diamants de Bokassa qui pourrira le restant du septennat de Valéry Giscard d’Estaing.
Et quelques jours encore avant, le journal d’extrême droite “Minute” révèle une sombre histoire de corruption entre Robert Boulin et un promoteur qui lui aurait vendu un terrain à Ramatuelle (près de Saint-Tropez) en échange de permis de construire. Ce promoteur est déjà inculpé et semble se défendre en chargeant un ministre pourtant réputé pour son intégrité (rien ne dit que ses allégations sont justes). Le promoteur s’appelle Henri Tournet et a rencontré Jacques Foccart la première fois à Nancy …le 20 octobre 1934 lors de leur service militaire.
Le climat est donc beaucoup aux
affaires”.
Le syndrome Roger Salengro
Robert Boulin a peur d’être mis officiellement en cause par la justice d’autant plus que le juge qui s’en occupe n’a que 25 ans, « fils d’un communiste »et s’appelle Renaud Van Ruymbeke. Robert Boulin parle de ce sujet à son collègue du gouvernement Alain Peyrefitte, Ministre de la Justice, dès le 18 juin 1979 après le déjeuner. Robert Boulin croit qu’il s’agit d’une « machination d’un juge rouge »contre lui. Il en veut ensuite à Peyrefitte de ne pas l’avoir aidé mais intervenir dans le cours de la justice lui aurait été difficile. Rappelons en plus qu’Alain Peyrefitte et Robert Boulin sont “rivaux” comme premiers-ministrables.
Alain Peyrefitte croit que cette affaire politico-financière aurait été “balancée” par des proches de Jacques Chirac pour mettre à mal le pouvoir giscardien. Les supposées lettres posthumes de Robert Boulin (qu’on a été incapable d’authentifier) au contraire reprochaient à Alain Peyrefitte sa froideur et son absence d’aide.
Rendre Alain Peyrefitte responsable du suicide de Robert Boulin permettait d’éliminer ces deux personnalités dans la course à Matignon.
Le syndrome Roger Salengro reste dans les esprits : en 1936, le Ministre de l’Intérieur de Léon Blum se suicidait à la suite d’une campagne de diffamation sur une prétendue désertion pendant la Première guerre mondiale. Une campagne qui avait commencé dans des journaux d’extrême droite comme pour cette campagne contre Robert Boulin. Un parallèle assez troublant mais peut-être justement un peu trop parfait.
Rumeurs et confusion
Le chroniqueur Philippe Alexandre lance cependant le 6 novembre 1979 un pavé dans la mare en affirmant que vers le 15 septembre 1979, des dirigeants du RPR (donc proches de Jacques Chirac) se seraient réunis pour décider de révéler à la presse l’affaire sur le terrain de Ramatuelle.
Selon Jacques Chaban-Delmas, de nombreuses rumeurs couraient dans tous les sens : « Par exemple, quelqu’un est venu me dire que Charles Pasqua s’était répandu partout en disant, hilare : Boulin, on le tient, Peyrefitte aussi, et après ce sera Chaban ! ». Jean de Lipkowski pense au contraire que Robert Boulin accusait dans ses lettres Raymond Barre et Philippe Mestre, son directeur de cabinet (qui sera Ministre des Anciens Combattants d’Édouard Balladur en 1993).
Ce qu’a entendu Michèle Cotta à ce
sujet
Témoin particulier de cette période, la journaliste Michèle Cotta annotait scrupuleusement dans un journal tout ce qu’elle avait entendu de ses rencontres avec les principaux acteurs de la vie politique. Je me propose de résumer ce qu’elle a recueilli comme témoignages, privés ou même publics.
Pour comprendre l’ambiance politique au sein de la majorité, on peut reprendre le compte-rendu fait par Paul Granet d’un déjeuner entre plusieurs responsables de la majorité réunis le 24 octobre 1979 chez le Ministre de la Défense Yvon Bourges. L’heure est plutôt au soupçon. Didier Julia, député RPR de Fontainebleau (il a été réélu en juin 2007), demande au ministre par exemple : « Dites-moi, parlez-nous un peu des diamants du Président, et des vôtres, tant qu’on y est ! ». Maurice Druon, quant à lui, s’amuse plutôt à propos du siège de l’Assemblée européenne nouvellement élue : « Laissez-la à Strasbourg puisqu’elle pédale dans la choucroute ! ».
Bref, la tension est très forte et chaque personnalité cherche à contrer la stratégie des autres.
Dès l’annonce de la mort de Robert Boulin, Jacques Chaban-Delmas, Président de l’Assemblée Nationale, évoque un assassinat en faisant son éloge funèbre dans l’hémicycle : « Campagne d’autant plus dure à supporter qu’elle visait un honnête homme, un homme intègre. Puissions-nous méditer sur ce drame, sur cet assassinat ! ». Afin de ne pas s’opposer à la thèse du suicide, Chaban-Delmas reviendra sur ce mot qui est sorti selon lui trop vite.
Raymond Barre est lui aussi « cruellement éprouvé par la disparition de Robert Boulin ». Les deux hommes semblaient beaucoup s’apprécier mutuellement.
Michèle Cotta se rappelait alors que Robert Boulin n’avait pas beaucoup le moral et à Philippe Séguin qui l’avait félicité sur un sujet, il lui avait répondu : « Je vous remercie de dire des choses agréables à mon égard, c’est tellement rare ! ».
Tout consiste alors à savoir qui a ordonné la révélation de l’affaire de Ramatuelle à la presse.
Alain Peyrefitte ?
Le 31 octobre 1979, Michèle Cotta recueille le témoignage d’Olivier Guichard à propos d’une supposée lettre posthume de Robert Boulin qui charge Alain Peyrefitte « plus préoccupé de sa carrière que de la bonne marche de la Justice ». Guichard, qui fut aussi Ministre de la Justice (le prédécesseur direct d’Alain Peyrefitte), ne croit pas à une responsabilité d’Alain Peyrefitte.
Ce dernier raconte peu après : « Une fois écarté, Tournet [le promoteur inculpé] avait chargé Boulin. Ses déclarations ne sont pas forcément vraies, d’abord parce qu’un homme inculpé et incarcéré ne veut jamais être le seul inculpé dans une affaire, et que le fait de mettre en cause un ministre peut apparaître comme un bon système de défense. ». Plus crûment, le directeur des Affaires criminelles pense que « cette affaire vient de chez Chirac ».
Peyrefitte veut se dédouaner des reproches faits à son encontre. Il explique en parlant de Robert Boulin : « Il avait l’impression que je n’avais pas fait ce que j’aurais dû faire pour l’aider. Mais je ne pouvais pas faire autre chose que ce que j’ai fait ! Que n’aurait-on dit si j’avais dessaisi le juge ! À vrai dire, j’en ai trop fait : j’aurais dû intervenir plus tôt pour faire gicler Boulin du gouvernement, voilà tout ! ».
Jacques Chirac ?
Maurice Plantier, le Secrétaire d’États aux Anciens Combattants, aurait reçu une confidence de Robert Boulin le 24 octobre 1979 : « Je sais ce matin par une preuve écrite que tout cela vient de l’entourage de Chirac ». Mais Plantier démentira ensuite ces propos malgré leur diffusion par Philippe Alexandre.
Le 7 novembre 1979, Philippe Mestre, le directeur de cabinet de Raymond Barre, refuse de croire que Jacques Chirac pourrait être à l’origine de la campagne contre Robert Boulin : « Que les dirigeants du RPR eux-mêmes se soient mis d’accord pour “mouiller” Boulin, personne ne le croit, ni le Président, ni le Premier Ministre, ni moi ! ». Il confirme que cette affaire était connue de Giscard d’Estaing et de Barre dès août et que Boulin n’a jamais cherché à leur en parler de lui-même.
Philippe Mestre insiste sur ce qu’a dit le promoteur incarcéré dans le rapport du juge : « C’était un chantage inouï contre Boulin. (…) Ce qui a été terrible, pour Boulin, c’est d’être sous la pression d’un chantage au moment précis où le phare était braqué sur lui, c’est-à-dire au moment où on a parlé de lui comme un Premier Ministre possible. D’un seul coup, il savait que son avenir politique était compromis. ».
Aux questions au gouvernement de la séance du mercredi 7 novembre 1979, le jeune député socialiste Laurent Fabius pose deux questions sur l’affaire Boulin en commençant par ces mots : « Émotion mais perplexité… ». Raymond Barre lui répond gravement : « Le garde des Sceaux [Peyrefitte] n’a pas manqué à son devoir, sinon il ne serait plus garde des Sceaux. Le gouvernement ne fuit pas la vérité, et personnellement, je ne la fuis pas, et elle apparaîtra conformément aux procédures d’un pays démocratique. ». Puis, récusant les attaques contre la presse qui calomnie, il laisse « chaque journaliste en face de sa conscience » et ajoute à Laurent Fabius : « De temps en temps, un peu d’indulgence ne messiérait pas. Face à tout ce qui est marécage, le gouvernement est sûr d’adopter une attitude conforme à la dignité. ».
Le 8 novembre 1979, Michèle Cotta va voir Bernard Pons, député RPR, qui fut le premier à entendre l’éditorial de Philippe Alexandre accusant l’entourage de Jacques Chirac. Il déclare avoir fait auprès des permanents et des dirigeants du RPR sa petite enquête pour savoir s’il y a eu une réunion secrète de responsables RPR : « Tous m’ont dit n’avoir tenu aucune réunion ». Pour Bernard Pons, il faut donc attaquer en diffamation Philippe Alexandre. Il le dit à Jacques Chirac qui le rejoint : « J’ai posé la question à Chirac, les yeux dans les yeux : Peux-tu me dire si tu as présidé une réunion de ce genre, ici ou ailleurs ? Chirac me répond qu’il n’a pas présidé de réunion de groupe les jours en question, qu’il s’est contenté de voir Alain Devaquet, Claude Labbé et moi. J’ai vérifié ensuite auprès de Bernard Billot [collaborateur de Jacques Chirac], à la mairie de Paris, qu’aucune réunion n’avait été tenue à l’Hôtel de Ville entre dirigeants RPR. ».
Matignon ?
Michèle Cotta rencontre le même jour Jean de Lipkowski qui affirme avoir prévenu Chirac dès le 4 novembre 1979 des accusations que va diffuser Philippe Alexandre. Il demanda alors à Chirac : « Jure-moi que tu n’y es vraiment pour rien. Sinon, je démissionne à l’instant du RPR. » et Chirac jura.
Le 26 octobre 1979, Jean de Lipkowski avait déjeuné avec Robert Boulin qui n’avait pas de problème avec Chirac mais selon lui plutôt avec Barre et Mestre qui l’auraient abandonné à son sort (sentiment confirmé aussi par la veuve de Robert Boulin qui confie à Jean Mauriac, qui déteste Chirac, que Barre et Mestre ont été avec son mari presque « inhumains »). Au “Club de la Presse” du 21 octobre 1979 sur Europe 1, Robert Boulin avait d’ailleurs parlé de Jacques Chirac comme d’un « ami ».
Michèle Cotta conclut cette série de témoignages par cette phrase assez de bon sens : « Chacun s’est refilé le mistigri : Peyrefitte, le premier désigné par Boulin dans sa lettre posthume, s’est débarrassé de l’accusation au détriment du RPR et de Jacques Chirac ; Jacques Chirac a fait donner Lipkowski, qui, en brandissant à son tour les noms de Barre et de Mestre, a calmé tout le monde. ».
Des problèmes d’horloge
Le plus troublant reste encore l’heure
réelle de l’annonce de la mort de Robert
Boulin.
Officiellement, son corps est retrouvé dans la forêt de Rambouillet le matin du 30 octobre 1979 à huit heures quarante mais dans ses mémoires publiées quelques mois avant de mourir (”L’Expérience du pouvoir”, éd. Fayard 2007), Raymond Barre affirme l’avoir appris dès trois heures du matin alors que Valéry Giscard d’Estaing ne l’aurait appris qu’à onze heures trente du matin (dans son livre “Le Pouvoir et la vie”), soit bien après les journalistes.
Le registre d’état civil de la commune où l’on a retrouvé le corps a été modifié. Et la famille de Robert Boulin aurait été mise au courant de la mort dès la veille à vingt heures par un collaborateur de Robert Boulin (Guy Aubert).
Yann Gaillard, directeur de cabinet de Robert Boulin (sénateur UMP de l’Aube depuis 1994), écrit dans un livre (”Adieu Colbert”, 2000) qu’il a appris à deux heures du matin par Philippe Mestre que le corps de Robert Boulin venait d’être retrouvé (témoignage démenti par Philippe Mestre). Le Ministre de l’Intérieur Christian Bonnet affirme avoir été alerté entre deux heures et trois heures du matin.
Mais c’est sans doute le témoignage de Marie-Thérèse Guignier, ancienne collaboratrice de Robert Boulin et proche des milieux gaullistes, qui affirme avoir été réveillée entre une heure trente et deux heures du matin par un ami proche, Louis-Bruno Chalret, procureur général près la cour d’appel de Versailles, qui lui apprend qu’on a retrouvé le corps de Boulin et selon elle, « il se couvre, il appelle tout le monde sur le réseau téléphonique interministériel, c’est-à-dire l’Élysée, Matignon et probablement l’Intérieur et la Chancellerie. » (”Un homme à abattre”, Fayard).
Des dossiers “sensibles”
Selon la famille de Robert Boulin, ce dernier avait sorti des dossiers ultra-sensibles concernant certaines affaires dont il avait connaissance et était parti vers quinze heures le 29 octobre 1979 pour une rencontre secrète. C’est à ce moment-là que le ministre a disparu.
Laetitia Sanguinetti, la fille d’Alexandre Sanguinetti (décédé en 1980), un des fondateurs du SAC et dirigeant du RPR, rapporte que son père lui avait dit : « C’est un assassinat ! Robert ne s’est jamais suicidé. ». Selon elle, « d’après ce que papa m’a dit, les dossiers de Boulin concernaient une série de facturations diverses et variées de grosses sociétés, françaises ou étrangères, qui servaient au financement occulte des partis, et notamment au RPR. ».
Un témoignage qui concorde avec celui très récent de Jean Charbonnel qui affirme avoir discuté de l’affaire avec Alexandre Sanguinetti qui lui avait dit : « Je crois que c’est un assassinat aussi. » et Charbonnel d’ajouter : « Il m’avait cité deux noms de personnalités politiques et une organisation qui pouvaient être impliquées dans cette affaire parce que Robert Boulin était une gêne pour eux, une menace pour eux. (…) La version du suicide ne colle pas et les coupables possibles (…) ont agi à ce moment pour des raisons purement politiques et qui allaient plus loin que les simples affaires immobilières ».
les noms évoqués des tueurs
Le 18 novembre 1988, le témoignage d’Hermann Stromberg, une barbouze gaulliste du SAC (le service d’action civique) affirme : ” J’étais là quand Robert Boulin a été tué. Les assassins, c’est Ernst Siegrist et ses gardes du corps. Ils se sont enfoncés dans le sous-bois avec le ministre pour négocier un dossier. Ils étaient hors de notre vue. Puis Siegrist et ses gorilles sont repartis précipitamment, Boulin n’était pas avec eux. J’ai pensé que le ministre restait isolé pour réfléchir. Ne le voyant pas revenir, nous sommes allés à sa rencontre. Il gisait, mort, au pied d’un talus. ” Ersnt Siegrist existe bien. Il a été l’homme de confiance d’un dénommé Kopp, ancien nazi et chimiste de la ” French Connection “. Siegrist n’a jamais été recherché par la justice française.
La disparition si brutale d’une personnalité comme Robert Boulin a été un événement majeur dans la vie politique française.
Espérons que la vérité pourra enfin rendre à Robert Boulin sa mort, à défaut de lui rendre sa vie.
P-JACQUES
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Création de l’Association Robert Boulin-Pour la Vérité
10.6.2010 par admin.
Création de l’Association Robert Boulin
Pour la Vérité
Communiqué de presse de l’Association: Robert Boulin-Pour la Vérité.
Cette Association tient à vous faire part de sa création qui vient d’être publiée dans le journal officiel
ASSOCIATION ROBERT BOULIN – POUR
LA VERITE
Député de la Gironde depuis 1958, maire de Libourne depuis 1959, ministre pendant 15 ans sous trois présidents successifs (Charles de Gaulle, Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing), Robert Boulin est ministre du Travail et de la Participation et pressenti comme futur premier Ministre, au moment de sa mort survenue dans la nuit du 29 au 30 octobre 1979.
Près de 30 ans après les faits, la justice n’a toujours pas encore établi qui a tué Robert Boulin, ni comment.
Cette association Loi de 1901, déposée à la Préfecture de Police de Paris, a pour objet d’apporter son soutien au combat de Fabienne Boulin -Burgeat, pour établir la vérité sur les circonstances de la mort de son père, Robert BOULIN, dont il est aujourd’hui démontré qu’il ne s’est pas suicidé.
L’association milite en faveur d’un réexamen du dossier par un magistrat instructeur afin de faire, enfin, toute la lumière sur cette affaire.
Trop de questions restent en suspens, auxquelles la justice française ne peut opposer une simple fin de non recevoir.
Par exemple:
Sur l’heure de la découverte du corps: Entre autres personnes:
L’ancien Premier ministre Raymond Barre, déclare dans son livre « L’expérience du Pouvoir » (Fayard, 2007) avoir été prévenu vers trois heures du matin « que l’on a retrouvé le corps de Boulin dans un étang de la forêt de Rambouillet » et précise qu’on lui indiqua alors que le ministre s’est donné la mort en se noyant après avoir avalé des barbituriques.
(Petit rappel: aucun barbiturique ne sera retrouvé sur le corps de Robert Boulin)
Yann Gaillard, directeur de cabinet de Robert Boulin, aujourd’hui sénateur , raconte dans son livre « Adieu Colbert » (Bourgois 2000) qu’il est convoqué à Matignon vers 2H du matin et qu‘on lui confie: « On a retrouvé le corps de Robert Boulin». Cet épisode se passe plus de 6 heures avant la « découverte » officielle du cadavre par les gendarmes.
L’ancien Ministre de l’Intérieur, Christian Bonnet, dit avoir appris à 2H du matin que l’on avait retrouvé le corps de Robert Boulin.
Pourquoi ,alors qu’elles savent, depuis au moins une heure
u matin, que Robert Boulin est mort, les autorités ordonnent elles, seulement à 6h25 à la police et à la gendarmerie de « rechercher une haute personnalité susceptible d’attenter à sa vie » , dont le corps ne sera découvert qu’à 8h40 par les motards de la gendarmerie?
Ces faits prouvent que s’il s’était agi d’un suicide , comme a voulu le faire croire la thèse officielle, il n’était nullement nécessaire d’envoyer cet avis de recherche. Il aurait été plus normal d’informer immédiatement la famille et la presse .
Que s’est-il donc passé pendant cette longue nuit du 29 octobre 1979?
Aurait-on essayé de maquiller ce crime en suicide?
Ces trois hautes personnalités ont toutes confirmé leur témoignage à Benoît Collombat, comme il le rapporte dans son livre: « Un Homme A Abattre »,( Fayard 2007)
Pourquoi ces témoins n’ont ils pas été tous interrogés? Qu’est-ce que tout cela veut dire?
Où sont passés les organes de Robert Boulin?
Les bocaux où ces organes étaient censés avoir été placés, sont restés introuvables au cimetière de Thiais , où la justice prétendait les avoir fait conserver.
Pourquoi avoir changé l’heure et le jour de la mort de Robert Boulin sur le registre d’état civil de la mairie de Saint Léger en Yvelines?
Que sont devenus les dossiers, mystérieusement disparus, que Robert Boulin avait sortis du coffre de son ministère avant de partir seul en voiture pour rejoindre son dernier rendez-vous?
Avant sa mort, Robert Boulin a été battu, torturé.
Les
photos prises par les gendarmes ayant découvert son corps l’attestent sans équivoque (hématomes et tuméfactions au visage et blessure au poignet). Ces blessures ne sont pas analysées lors de la première autopsie mais sont camouflées par des soins de présentation du visage et l’embaumement du corps, opérations illégales car effectuées sans l’autorisation de la famille.
Les médecins légistes de la deuxième autopsie, demandée par la famille, confirment que Robert Boulin a subi des « coups appuyés de son vivant » et ils mettent en évidence deux fractures importantes au visage, passées sous silence lors de la première autopsie.
Mensonges, faux témoignages, faux en écriture empêchent toujours aujourd’hui de connaître la vérité des faits. Nous demandons une enquête transparente.
Malgré les éléments nouveaux apportés notamment par les propos de Raymond Barre, Christian, Bonnet et Yann Gaillard, sur l’heure de la découverte du corps de Robert Boulin, la justice n’a toujours pas désigné un nouveau juge d‘instruction, …comme elle peut et doit le faire!
L’affaire Boulin reste d’actualité et nous concerne tous.
L’association Robert Boulin - Pour la Vérité appelle tous ceux qui veulent soutenir le combat de Fabienne Boulin Burgeat à se joindre à elle, pour que toute la vérité soit faite.
Vous souhaitez nous aider, apporter votre témoignage ou envoyer vos dons :
“Association Robert Boulin - Pour la
Vérité ”
(Association loi 1901)
17, rue Meslay 75003 Paris
Contacts : Fabienne Boulin Burgeat:01 42 74 08 70
Maître Olivier Morice: 01 53 85 41 41
e-mail: fabienne.boulin@gmail.com
P-JACQUES
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Les lettres posthumes de Robert Boulin
10.6.2010 par admin.
Les lettres posthumes de
Robert Boulin
[ARCHIVES] Avant son décès, le député-maire de Libourne avait envoyé une lettre expliquant son suicide aux médias. Nous la republions aujourd’hui alors que l’enquête connait un énième rebondissement
Maxime Delsol, garde du corps de l’époque du ministre Robert Boulin. L’homme politique est au centre, Delsol à droite. Photo archives DR
Ces lettres, expliquant le suicide de Robert Boulin, avait été envoyées à ses proches, à des politiques et à des journalistes. Leur authenticité a toujours été sujette à caution, car elles avaient été tapées sur du vieux papier à lettres que l’homme politique n’utilisait plus depuis longtemps. Elle avaient également été photocopiées.
La famille Boulin réclamait depuis mars dernier l’analyse ADN des timbres figurant sur ces lettres. Certaines d’entre elles ont disparu et ce dysfonctionnement a provoqué le lancement d’une enquête administrative.
Pour mieux comprendre le processus de
l’enquête, un retour chronologique est
nécessaire :
30 OCTOBRE 1979 Le corps de Robert Boulin est retrouvé dans 50 centimètres d’eau dans l’étang de Rompu, près de Ramatuelle. Le SRPJ de Versailles conclut au suicide. Sur demande du procureur, la première autopsie n’examine pas le crâne de la victime (voir « SO » du 5 juin 2007).
OCTOBRE 1980 Disparition des prélèvements de sang de Robert Boulin
7 JUIN 1983 La famille de Robert Boulin porte plainte contre X pour homicide volontaire. Une deuxième autopsie est réalisée mettant en évidence plusieurs fractures au visage.
MARS 1984 L’affaire Boulin est dépaysée au tribunal de grande instance de Paris.
JUILLET 1987 Selon « l’Express », le réfrigérateur cadenassé contenant une partie des prélèvements de poumon de Robert Boulin a été fracturé, puis vidé de son contenu.
SEPTEMBRE 1991 Ordonnance de non-lieu rendue par la juge d’instruction, confirmée par la cour d’appel de Paris puis par la Cour de cassation.
DÉCEMBRE 2002 Dans « Sud Ouest », Jacques Douté, un proche, affirme avoir été prévenu de la mort de Boulin dès le 29 octobre 1979 à 20 heures.
AVRIL 2007 Sortie du livre « Un homme à abattre » qui retrace notamment « 75 anomalies de l’affaire Boulin».
OCTOBRE 2009 L’ancien ministre Jean Charbonnel confie sur France Inter qu’il n’a plus de doutes et qu’il s’agit pour lui d’un « règlement de compte politique ».
MARS 2010 La famille Boulin demande pour la troisième fois la rouverture d’une enquête sur la base de nouveaux témoignages, mais aussi sur la possibilité de pratiquer des tests ADN sur les courriers envoyés par le ministre peu avant sa mort.
JUIN 2010 Le procureur général de Paris rejette la demande par la famille Boulin. Une semaine auparavant, Michèle Alliot-Marie s’était déclarée défavorable à une réouverture d’enquête.
P-JACQUES
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Pas de réouverture de l’enquête sur la mort de Robert Boulin le: 08/06/2010
10.6.2010 par admin.
Pas de réouverture de l’enquête sur la
mort de Robert Boulin
Une partie du dossier et des scellés judicaires de l’enquête sur la mort de Robert Boulin en 1979 ayant été perdus, cela interdit la réouverture de l’instruction, demandée par la fille de l’ancien ministre.
Fabienne Boulin-Burgeat et son avocat Me Olivier Morice. Photo AFP
Ce mardi, le procureur général de Paris, François Falletti à informé la fille de Robert Boulin, Fabienne Boulin-Burgeat, que les scellés contenant les lettres de l’ancien ministre de Valéry Giscard d’Estaing avaient été égarés, ce qui interdit une réouverture de l’enquête.
Le 23 mars, Fabienne Boulin, qui ne croit pas à la thèse du suicide et est convaincue qu’il s’agit d’un assassinat politique, avait demandé une réouverture de l’enquête. S’appuyant sur l’affaire Grégory, son avocat, Me Olivier Morice, avait demandé des analyses ADN pour vérifier que Robert Boulin avait bien envoyé ces lettres.
Fabienne Boulin attaque l’Etat
Le parquet estime pour sa part, qu’en dépit de cette perte, il n’y a pas de charges nouvelles justifiant une réouverture de cette enquête. Me Morice a cependant annoncé qu’il allait assigner l’Etat en responsabilité pour dysfonctionnement grave du service public.
Il estime “qu’il s’agit d’un élément nouveau qui montre que la justice ne veut pas chercher la vérité dans cette affaire”. Selon lui, ce rebondissement “alimente inconstestablement les accusations d’un véritable complot pour empêcher que toute la vérité soit faite sur les circonstances de la mort de Robert Boulin”.
Fabienne Boulin devrait également déposer une plainte avec constitution de partie civile auprès du doyen des juges d’instruction des tribunaux de grande instance de Paris ou Versailles pour obtenir l’ouverture d’une information judiciaire pour assassinat. Pour elle, “cette affaire n’est pas terminée. Nous avons encore des lettres posthumes et j’ai une mèche de cheveu de mon père, qui permettra de nouvelles expertises”.
De son côté, la chancellerie a annoncé que la ministre de la Justice, Michelle Alliot-Marie a ordonné une inspection des services judiciaires “pour que la lumière soit faire sur la disparition d’une partie du dossier et des scellés
P-JACQUES
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« Énième zone d’ombre dans un dossier trouble »
10.6.2010 par admin.
« Énième zone d’ombre dans un dossier
trouble »
Le souvenir de Robert Boulin, ancien député maire et ministre, reste vivace en Libournais où les élus, souhaitent que les zones d’ombre de ce dossier soient levées.

Les lettres posthumes que la fille de Robert Boulin voulait faire expertiser ont disparu. archive dr
Nouveau coup de théâtre hier dans l’affaire Robert Boulin. Hier, le parquet général s’est opposé à une nouvelle demande de réouverture de l’enquête sur la mort de l’ancien ministre, qui s’est « officiellement » suicidé en 1979. Surtout, le procureur général de Paris a révélé à cette occasion qu’une partie des scellés a disparu (lire également en page 8).
Lors de sa venue à Libourne le 31 mai dernier, Michèle Alliot-Marie, interrogée sur l’opportunité de la réouverture d’une instruction sur la mort de Robert Boulin, avait répondu, visiblement surprise par la question que, pour elle, « le dossier était clos et qu’en l’absence d’éléments nouveaux, elle s’en tenait aux décisions qui ont été prises ».
Ce qui avait fait vivement réagir la fille du député-maire, Fabienne Boulin-Burgeat qui mène le combat depuis trente ans contre la thèse officielle du suicide. Hier, le seul élément nouveau n’a fait que semer davantage le trouble.
Soutien de la population
Dans cette recherche de « la » vérité, la famille de l’ancien ministre du Travail a reçu de nombreux soutiens, notamment celui de la mairie de Libourne. Elle célébrait en octobre dernier, le cinquantième anniversaire du premier mandat municipal de Robert Boulin, et le trentième anniversaire de sa mort.
Elle adhère désormais à l’association présidée par Fabienne Boulin-Burgeat. Un soutien que manifeste toujours la population et qui cherche toujours à savoir.
Ils étaient nombreux la semaine dernière encore, à participer à un concert de soutien destiné à récolter des fonds pour que l’association de soutien puisse poursuivre son combat.
L’annonce hier de l’ouverture d’une enquête administrative pour la disparition d’une partie des éléments de l’instruction et notamment de scellés portant sur les lettres posthumes attribuées à l’ancien ministre de Raymond Barre sous Giscard d’Estaing, semble cependant bien insuffisante au regard de la thèse du complot politique qui compte, ici à Libourne, de très nombreux partisans.
Hier soir, Philippe Buisson, qui est adjoint au maire de Libourne et également porte-parole du Conseil régional, faisait savoir que la décision du procureur général de Paris de ne pas rouvrir le dossier au prétexte de cette disparition, « ajoutait une énième zone d’ombre dans un dossier déjà bien trouble. »
« C’est une occasion manquée, expliquait ce dernier, pour l’expression de la vérité juridique dans une affaire tant controversée ».
Commission parlementaire?
La procédure judiciaire semblant désormais dans une impasse, l’élu libournais s’en remet aux deux parlementaires (UMP) Jean-Paul Garraud et Gérard César, pour confirmer leur soutien au combat mené par Fabienne Boulin-Burgeat pour la recherche de la vérité sur la mort de son père, et solliciter la création d’une commission d’enquête parlementaire, « afin que la représentation nationale demande des comptes sur la qualité, l’objectivité et les errements de l’instruction ».
Philippe Buisson estime par la même occasion que le président de la République devrait recevoir Fabienne Boulin-Burgeat, « ce qu’il a jusqu’alors toujours refusé.
Il mettrait fin, affirme-t-il, à ce qui paraît être une volonté d’opacité et accorderait son intérêt à ce qui est, avant tout, un combat pour la vérité concernant les conditions de la mort d’un ministre en activité sous la Ve République ».
Quant aux deux parlementaires du Libournais, joints hier soir, on sait qu’ils soutiennent également le combat pour la recherche de la vérité mené par la fille du ministre et ils l’ont manifesté à de multiples occasions.
Le sénateur Gérard César laissait entendre hier soir qu’il fallait maintenant attendre les conclusions de l’enquête administrative ordonnée par le garde des Sceaux. S’il ne croit pas trop à l’efficacité d’une commission d’enquête parlementaire, trente ans après les faits, il n’en demeure pas moins attentif à la suite des événements .
« Si l’enquête administrative susceptible de donner très vite des résultats révèle des manquements graves, alors il faudra bien tenter tout ce qui encore possible pour que la lumière soit faite enfin sur cette affaire ».
P-JACQUES
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L’AFFAIRE ROBERT BOULIN ENQUÊTE (1ère PAGE)
9.6.2010 par admin.
ENQUÊTE
(1ère PAGE)
Biographie
de M. Robert Boulin

20 juillet 1920 Villandraut (Gironde)
30 octobre 1979 Rambouillet (Yvelines)
Milieu Familial
Fils de Daniel (1887-1940), contrôleur des manufactures de l’État, et de Marcelle MARTINEAU (1888-1981)
É pouse le 8 avril 1947 Colette LALANNE
Deux enfants : Bertrand, Fabienne.
Études
Lycées de Talence (Gironde) et de Bordeaux (Gironde), facultés de droit et des lettres de Bordeaux
Licence ès-lettres et en droit.
Carrière professionnelle
Avocat (1946-1960) aux barreaux de Libourne (Gironde) et Bordeaux (Gironde)
Administrateur de sociétés : Compagnie française de l’Afrique occidentale, Perrier, Office commercial pharmaceutique (1973-1976).
Mandats électifs
Parti politique : Rassemblement pour la République (RPR)
Maire de Libourne (Gironde, 1959-1979)
Député de la Gironde (1958-1961, 1962, 1967, 1968, 1973, 1976, 1978)
Conseiller régional d’Aquitaine (1973-1979).
Responsabilités exercées
Secrétaire d’État aux rapatriés (1961-1962)
Secrétaire d’État au budget (1962-1966)
Secrétaire d’État à l’économie et aux finances (1967-1968)
Ministre de la fonction publique (1968)
Ministre de l’agriculture (1968-1969)
Ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé des relations avec le Parlement (1972-1973)
Ministre chargé des relations avec le Parlement (1976-1977)
Ministre du travail et de la participation (1978-1979).
Ministre délégué auprès du Premier ministre chargé de l’économie et des finances durant 371 jours dans le gouvernement BARRE
(30 mars 1977 - 4 avril 1978).
Résumé de l’action ministérielle
L’arrivée de Robert BOULIN au ministère des finances est marquée par le lancement d’un emprunt à 8,80% garanti sur l’unité de compte européenne.
Le ministre poursuit la politique de stabilité des prix de son prédécesseur, en accroissant les contrôles chez les commerçants et en faisant appliquer une baisse sur des produits de première nécessité (café, huiles, etc.).
L’accès des petites et moyennes entreprises aux marchés publics est facilité.
De nouvelles mesures d’indemnisation sont prises en faveur des rapatriés d’Afrique du nord (loi du 2 janvier 1978).
PARTIE 1
Le 30 octobre 1979, coup de tonnerre : le corps de Robert Boulin, résistant, gaulliste, ministre pendant 15 ans, est retrouvé mort dans un étang de la forêt de Rambouillet.
(Lettre de Mme: Fabienne Boulin Burgeat)
L’affaire Boulin en questions
envoyé par rue89
Cher Monsieur,
Je vous remercie de votre soutien et vos encouragements. Dans cette affaire, l’opinion publique a un rôle eminent à jouer.
Je vous recommande le livre de B. Collombat (Ed fayard). Une contre enquête absolument remarquable.
Je connaissais votre site, que j’avais visité en cherchant sur google. Vous êtes si peu à faire l’échos de cette affaire…..
Vous avez accès à une nouvelle liste d’anomalie que nous avons posté sur wikipedia. Vous avez du déjà la voir.
Bien à vous
Fabienne Boulin Burgeat
Cliquez pour entendre le témoignage de l’affaire boulin
Une enquête de Benoît Collombat (Robert Boulin, un homme à abattre (à écouter) 48m/n
Selon la version officielle, il s’est suicidé, après la publication d’articles dans la presse le soupçonnant d’avoir acheté dans des conditions anormales un terrain à Ramatuelle.
A l’époque, Giscard est Président. La perspective de la présidentielle de 81 provoque une lutte féroce au sein de la droite, entre les partisans de Jacques Chirac et ceux de Valéry Giscard d’Estaing.
D’évidence, on ne nous a pas dit la vérité sur la mort d’un ministre de la République. Tout a plutôt été fait pour cacher ce qu’à l’époque Chaban-Delmas a appelé un “assassinat”. La famille de Robert Boulin a été menacée pendant de très longues années pour qu’elle se taise.
Avec le recul du temps, certains témoins acceptent de parler, bien qu’ils aient encore peur de dire tout ce qu’ils savent… Pendant plusieurs mois, Benoît Collombat a repris tous les éléments de l’enquête. Il apporte ce matin de nouveaux témoignages.
Benoît Collombat
QUI A ASSASSINE ROBERT BOULIN ?
l’étang Rompu en forêt de Rambouillet (Yvelines). On distingue le corps et la 305
B1 - Vue du visage tuméfi- du ministre, avec notament une fracture du nez et les narines ensanglantées
2 - Le corps de la victime vient d’être retiré de l’eau. La tuméfaction du nez est très visible
Octobre 1980 :
Disparition illégale des prélèvements de sang de Robert Boulin. Le docteur Le Breton, responsable de l’Institut Médico-légal décide alors par précaution de cadenasser le frigo contenant les derniers prélèvements d’organes du ministre.
Note du Docteur R. Le Breton du 4
juillet 1988 (pg 1)
Note du Docteur R. Le Breton du 4 juillet 1988 (pg 2)
Note du Docteur R. Le Breton du 4 juillet 1988 (pg 3)
VERSION OFFICIELLE : Robert Boulin
s’est suicidé.
VÉRITÉ :
Robert Boulin a été assassiné après avoir été ligoté et violemment battu.
Robert Boulin est découvert noyé le 30 octobre 1979 à 8 heures 35 mn dans l’Etang Rompu de la forêt de Rambouillet, pièce d’eau profonde de 50 centimètres d’eau avec 40 centimètres de vase. Le corps gît en position accroupie (dite position de “la prière du musulman”), le thorax penché en avant, le visage contre le fond de l’étang. Seul les épaules et le haut de la nuque émergent de la surface de l’eau.
Dès les premières heures de l’après-midi, l’autopsie est réalisée à l’institut médico-légal de Paris par les docteurs J. Bailly et A. Deponge. Une autopsie bien étrange, puisque les légistes n’effectuent aucune incision musculaire, ce qui pourtant doit être systématiquement pratiqué.
Les deux spécialistes, qui ont quand même examiné les poumons et l’estomac, concluent à un décès par noyade.
Quelques jours plus tard, ils remettent leur rapport, qui conclut que le décès du ministre est intervenu vraisemblablement entre 19 heures 30 et 20 heures le 29 octobre, soit 12 heures 30 à 14 heures avant que le cadavre ne soit découvert. Les légistes précisent (deuxième page du rapport) que “les lividités cadavériques siègent au niveau de la face postérieure du corps”. Or, tous les spécialistes savent que les lividités cadavériques (de couleur rose bleuté) déterminent la position d’un cadavre dans les heures qui suivent la mort. Ce sont les traces laissées par le sang qui ne circule plus après l’arrêt du coeur ; celui-ci est donc soumis à la pesanteur et s’accumule dans les parties déclives du corps sur lesquelles repose le cadavre. Elles apparaissent en quelques heures et leur localisation devient immuable après dix à quinze heures.
Il est ainsi démontré que le corps de Robert Boulin porte des lividités cadavériques situées sur le dos, alors qu’il a été retrouvé sur le ventre.
Ce qui signifie que le corps du ministre a reposé sur le dos durant une douzaine d’heures après sa mort.
L’examen toxicologique réalisé ensuite par les docteurs R. Le Breton et J. Garat concluent à une absorption de 1,2 mg/litre de Valium (dose qui ne peut en aucun cas être mortelle), ainsi qu’à une alcoolémie nulle.
Aucun examen complémentaires du corps n’est pratiqué, ni aucune analyse sur les lieux de découverte du corps.
Pourtant :
1.- A l’avant du véhicule du ministre (voiture dont l’exploration n’a jamais été effectuée), la moquette est souillée de traces de boue (dont l’analyse n’a jamais été réalisée).
Question : d’où vient cette boue ?
2.- Le tableau de bord porte des traînées de bave, principalement devant le siège du passager.
Questions : quelle est la nature de cette bave ? Qui l’a émise ?
3.- Quand le corps du ministre est sorti de l’eau, les témoins remarquent que Robert Boulin saigne du nez, et qu’il a sur le visage des traces ressemblant à des hématomes, la lèvre fendue et trois blessures sur le nez. (Voir la photo b3)
Questions : comment un noyé peut-il saigner du nez ? Comment peut-on récolter des hématomes (qui, par définition, ne peuvent se former que du vivant d’un individu) en se noyant dans 50 centimètres d’eau dans un étang parfaitement calme ?
4.- Le poignet droit du ministre porte une profonde coupure évoquant une trace laissée par un lien extrêmement serré. (Voir la photo b3)
Question : qui a attaché Boulin, puis l’a détaché avant qu’il ne se “suicide” ?
5.- Au cours de la première autopsie (le 30 octobre 1979), aucun examen du visage et du crâne n’est effectuée.
Question : cet examen étant systématiquement effectué au cours de chaque autopsie, pourquoi n’a-t-il pas été réalisé dans ce cas précis ?
Réponse : sur ordre du procureur de la République de Versailles.
Suite à une plainte de la famille Boulin en 1983, le corps du ministre est exhumé pour une nouvelle autopsie.
Celle-ci, réalisée à Bordeaux, révèle que le cadavre a fait l’objet d’un début d’embaumement, alors que la famille n’en avait pas fait la demande. D’ailleurs, une telle pratique est rigoureusement réglementée dans les cas de décès douteux, puisqu’elle peut fausser complètement tous les résultats d’analyses toxicologiques ultérieures éventuelles, compte tenu des produits utilisés.
Au cours de cette nouvelle autopsie, on découvre des fractures des os du nez et du maxillaire supérieur, étrangement passées inaperçues aux yeux des premiers experts. Ce qui est d’autant plus incroyable que les légistes bordelais concluent à un ” traumatisme appuyé du massif facial du vivant de Robert Boulin ” ! Selon ces spécialistes, il manque en outre un élément fondamental pour établir de façon indiscutable l’hypothèse de la mort par noyade : l’étude anatomo-pathologique des poumons.
Or, malgré de multiples recherches apparentes, il est officiellement impossible de retrouver les poumons de Robert Boulin !
Questions :
Pourquoi ces résultats n’ont-ils pas été publiés, et pourquoi aucun juge d’instruction n’en a-t-il tiré la conclusion qui s’impose : avant ou après qu’il ne soit ligoté, Robert Boulin a été violemment frappé au visage. Qui a ordonné d’embaumer le corps ? Où sont passés les poumons de la victime ?
Pourtant, l’étude des Diatomées aurait permis de savoir immédiatement si Boulin s’était ou non noyé dans l’étang ou il avait été découvert. Ou dans une baignoire alimentée par de l’eau de ville ? Ou ailleurs ? Pourquoi ces analyses n’ont-elles pas été ordonnées ?
6.- Entre le 29 septembre et le 6 octobre 1980, un flacon du sang de Robert Boulin est volé au laboratoire de toxicologie de la Préfecture de police de Paris.
Question : Qui a volé ce flacon ? Comment cette personne pouvait-elle avoir accès au laboratoire de toxicologie de la Préfecture de police de Paris, si elle n’y travaillait pas ou ne le fréquentait pas officiellement** ? L’I.G.S., la police des polices fut chargée de l’enquête et, comme on s’en doute, n’aboutit à aucun résultat.
En juin 1983, la famille Boulin porte plainte pour homicide volontaire, et ses avocats demandent diverses contre-expertises.
Car les échantillons toxicologiques existent encore.
Ils sont soigneusement conservés sous clé (depuis le vol du sang en 1980) par le docteur Roger Le Breton, alors directeur du laboratoire de toxicologie de la Préfecture de police de Paris.
Au début de mai 1986, Michèle Rudler, qui vient d’évincer le Docteur Le Breton en dépit de son absence totale d’expérience en criminalistique, trouve immédiatement extrêmement encombrant le frigo cadenassé. Elle obtient de Jean Daubigny, chef de cabinet du préfet de police, l’autorisation de faire enlever le meuble après ouverture. Ce qui est fait le 21 mai 1986.
Date intéressante, car c’est seulement le lendemain de l’effraction que Daubigny écrit au Docteur Le Breton pour lui demander de restituer les clés du cadenas… Démarche à laquelle ce dernier répond, le 3 juin, par une fin de non-recevoir : “L’affaire Boulin n’est pas terminée. (…) Des vérifications pourraient être demandées sur ces scellés reconstitués qui appartiennent à la justice.”
Une justice peu curieuse puisque, à l’époque, la famille Boulin réclame depuis trois ans semblables examens. Non formolés, le foie, les reins et l’un des poumons de Boulin, conservés - avec le coeur - à des fins toxicologiques, peuvent encore parler. Mais, transférés dans un autre réfrigérateur, les quatre bocaux sont détruits au printemps 1987.
Conformément, soutient Michèle Rudler, à une circulaire du 3 octobre 1984 qui autorise une telle élimination. Avec eux disparaissent les derniers indices scientifiques qui auraient permis d’apporter une réponse définitive aux questions qui entourent toujours la mort de Robert Boulin.
En fait, il n’y a qu’une seule vraie question : Robert Boulin ne s’étant à l’évidence pas suicidé, qui l’a ligoté, frappé, puis tué ? Sûrement quelqu’un -ou une organisation - importante en liaison étroite avec le(s) pouvoir(s) politique(s) pour bénéficier d’une telle protection et d’une telle aide…
En tout cas, à défaut de mériter des diplômes en criminalistique, il est certain que Michèle Rudler a bien mérité de la patrie…
Note du Docteur Le Breton (4 juillet 1988) concernant la destruction des prélèvements d’organes de l’affaire Robert Boulin :
” Les pièces détruites avaient été confiées aux Experts Garat et Le Breton, directeurs successifs du Laboratoire de Toxicologie de la Préfecture de Police.
Il s’agissait de quatre bocaux de prélèvements d’organes et deux flacons de sang de l’affaire Robert Boulin.
- trois bocaux de l’affaire Lucet de Marseille.
- trois bocaux de l’affaire Jane Seberg.
Les deux premières affaires étaient à retentissements politiques.
La troisième avait fait l’objet d’un vol du flacon de sang.
Les prélèvements de l’affaire Robert Boulin nous avaient été remis le 30 octobre 1979 par le Greffe de l’Institut Médico-Légal de Paris sur réquisition du Parquet de Versailles aux fins d’examen toxicologique.
Ces prélèvements ont été décrits dans notre rapport du 7 novembre 1979.
Après examen toxicologique, ils ont été conservés :
- pour les trois bocaux d’organes dans l’installation frigorifique du rez-de-chaussée de l’Institut Médico-Légal.
- pour un flacon de sang dans le grand réfrigérateur de la façade Est du Laboratoire de Toxicologie proprement dit (premier étage) dans le panier de Monsieur Tourneau.
La reconstruction de l’installation frigorifique au début d’octobre 1980 a nécessité un recensement des scellés dont ceux de l’affaire Boulin qui ont été transférés le 29 septembre 1980 en raison de leur intérêt pour établir les causes de la mort, au premier étage dans le grand réfrigérateur.
Le Docteur Garat avait vu ce jour là le flacon de sang de Monsieur Robert Boulin à sa place.
Le lundi 6 octobre 1980, le Docteur Garat s’est aperçue de la disparition de ce flacon de sang.
Le 7 octobre, j’ai signalé par lettre au Préfet de Police cette disparition que j’ai confirmée par une autre lettre le 15 octobre 1980.
Le 21 octobre 1980 avec le Docteur Garat, nous avons mis au courant par lettres de la disparition de l’échantillon de sang de Monsieur Robert Boulin :
- d’une part, Monsieur le Procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance de Versailles qui nous avait requis.
- d’autre part, Monsieur le Procureur Général près la Cour d’Appel de Versailles.
Pour éviter une disparition des autres prélèvements de Monsieur R. Boulin qui pouvaient être utilisés pour trancher le problème en suspens sur les causes de la mort entre submersion ou non, Monsieur le Préfet Fromion, Chef du Cabinet du Préfet de Police, a fait acheter par le Service du Matériel sur le Budget Spécial de la Ville de Paris, un réfrigérateur et l’a fait munir par les Services Techniques d’une fermeture à cadenas dont les deux clés m’ont été remises.
Lors de mon départ à la retraite, j’ai confié ces deux clés au Docteur Garat qui me succédait.
Depuis, les clés ne m’ont pas été demandées, ni au Docteur Garat qui les tient à la disposition de l’Administration contre un Procès-verbal de remise établi en présence de l’autorité judiciaire actuellement compétente.
Le 22 mai 1986*** , Monsieur Jean Daubigny, Chef de Cabinet du Préfet de Police, m’a demandé l’enlèvement des échantillons du réfrigérateur fermé dont l’administration ne détenait pas les clés.
Le 3 juin 1986, j’ai signalé au Préfet de Police que :
- l’affaire Robert Boulin n’était pas terminée.
- des vérifications pourraient être demandées par les parties en cause sur des scellés qui appartenaient à la Justice et non aux Experts.
- la décision de destruction ne pouvait être prise que par l’autorité judiciaire qui ne devait pas manquer d’en informer la famille.
- j’étais à sa disposition à tout moment pour signer un Procès-verbal de remise des scellés aux autorités judiciaires.
Depuis, je n’ai pas eu de nouvelles des autorités préfectorales.
J’ai lu dans l’Express que j’avais refusé de remettre les clés à Madame Rudler faisant fonction de Chef du Laboratoire de Toxicologie de la Préfecture de Police de Paris.
Ceci est inexact puisque les clés ne m’ont pas été demandées.
Il convient d’ajouter que le réfrigérateur et sa fermeture sont la propriété de la Ville de Paris, et que les experts en étaient les locataires par la redevance versée au Budget Spécial de la Ville de Paris, conformément au statut du Laboratoire de Toxicologie de la Préfecture de Police.
En effet, l’affaire Robert Boulin a été inscrite par Madame Affichard, Adjoint Administratif, sur le Registre règlementaire des entrées et résultats qui a dû être conservé puisque la responsabilité des Experts judiciaires est trentenaire. “
——————————————————————-
http://www.loic-le-ribault.ch/cms/03.php?PA=1&ID_STR=1&lang=fr
* Pour plus d’informations sur cette affaire, lire l’excellent ouvrage de Serge Garde intitulé Interdit de se tromper, (éditions Plon, Paris, 1993)
** Cf. Interdit de se tromper, op cité
*** Donc le lendemain du jour où Michel Rudler avait fracturé le réfrigérateur pour faire disparaître les pièces à conviction…
L’assassinat de Robert Boulin Preuves
et anomalies
Le 15 décembre 1987, l’Humanité apportait la démonstration médico-légale que le suicide solitaire de Robert Boulin était impossible. La preuve par les lividités cadavériques. Après la mort, le sang, qui ne circule plus, traverse les tissus et se dépose, sous l’effet de la pesanteur, sur les parties du corps au contact du sol. Ces hématomes forment les lividités cadavériques, précieuses pour l’enquête puisqu’elles déterminent la position du corps au moment du décès. Elles se fixent en quelques heures. Selon le rapport d’autopsie, les lividités cadavériques ont été constatées sur le dos du ministre. Or son cadavre a été retrouvé agenouillé et penché vers l’avant. La situation des lividités est en contradiction avec la position dans laquelle le corps a été retrouvé. Le cadavre a nécessairement été manipulé. ” C’est imparable “, explique Fabienne Boulin-Burgeat, la fille du ministre.
Second fait. Le procès verbal nø 850 établi par les gendarmes de Montfort-Lamaury précise que ” le corps de monsieur Boulin ” est retrouvé dans l’étang du Rompu, en forêt de Rambouillet, ” à cinq mètres de la berge, à un endroit où il y a 50 cm d’eau et 40 cm de vase “. Si le ministre a parcouru ces cinq mètres dans l’eau et la vase avant de s’écrouler, comment expliquer que le bas de son pantalon et ses mocassins n’aient pas été souillés par la fange, comme l’attestent les photos prises au moment où son corps est sorti de l’eau ? Invraisemblable.
Troisième élément. Les docteurs Deponge et Bailly, qui effectuent l’autopsie du ministre à l’Institut médico-légal de Paris, signalent dans leur rapport que, ” conformément aux directives de monsieur le procureur de la République “, ils n’ont pas procédé à l’autopsie du crâne. Pourquoi cette entrave judiciaire au bon déroulement de l’autopsie ? Le ministre a le visage tuméfié et une contre-autopsie pratiquée trois ans plus tard décèlera deux fractures de la face (nez et pommette droite).
Quatrième élément. Il était facile d’établir formellement la noyade, en analysant l’eau de l’étang forcément inhalée par la victime. L’analyse des poumons n’a pas été faite immédiatement. Mais, les viscères ayant été prélevés au cours de l’autopsie, elle restait possible à tout moment. Or, en 1987, les flacons contenant les poumons ont été volés dans un réfrigérateur dont le cadenas a été fracturé à l’Institut médico-légal. Cette destruction de scellés juridiques, un crime selon le Code pénal, n’a jamais été sanctionnée.
Cinquième fait. Les échantillons de sang qui auraient permis une contre-expertise à propos des barbituriques (du Valium) absorbés le ministre ont eux aussi été volés, toujours à l’Institut médico-légal de Paris.
On pourrait poursuivre l’énumération. Dans l’instruction ouverte après la mort de Robert Boulin, on dénombre plus de quarante anomalies ou invraisemblances. Le complément d’information décidé par le parquet général de Paris offre à la justice une chance de se ressaisir, après vingt-trois années d’acharnement souvent ubuesques pour accréditer le suicide. Il restera à expliquer pourquoi Robert Boulin était devenu si gênant qu’il a été supprimé. Personne n’ignorait l’aversion réciproque que se vouaient Robert Boulin et Jacques Chirac, président du RPR. Le premier, proche de Chaban-Delmas, n’avait jamais pardonné la ” trahison ” du second lors de la présidentielle de 1974. Chirac n’avait-il pas, en se ralliant à Giscard d’Estaing, sabordé la candidature de Chaban ?
Robert Boulin, recordman de la durée ministérielle, avait refusé de participer au gouvernement chiraquien de 1974 à 1976. Il était redevenu ministre dès que Jacques Chirac avait quitté Matignon. En 1979, au moment de sa mort, d’insistantes rumeurs le désignaient comme le successeur de Raymond Barre, premier ministre en perte de vitesse. Robert Boulin, gaulliste ” historique “, premier ministre de Giscard ?
Deux ans avant la présidentielle de 1981, c’était une hypothèse que le RPR ne pouvait accepter sereinement. N’est-ce pas la raison pour laquelle des journalistes ont reçu des ” tuyaux ” sur une pseudo-affaire immobilière à Ramatuelle (Var), visant à discréditer le gêneur ? Robert Boulin ne cache pas à ses proches qu’il se sait victime d’une cabale orchestrée par le RPR. Va-t-il se laisser détruire, lui qui, dans sa carrière ministérielle, a occupé de nombreux postes clés (le Budget, l’Économie et les Finances, la Santé, la Sécurité sociale) ? Il connaît toutes les affaires sensibles de la Ve République. Le lundi 29 octobre 1979, à 15 h 10, il sort du coffre de son ministère un certain nombre de dossiers. Il les dépose chez lui, 32, boulevard Maillot, à Neuilly. Parmi eux, un dossier Elf. Son épouse Colette le voit sur le seuil de la porte. Il porte son index devant ses lèvres : ” Chut ! J’ai un rendez-vous, ne t’inquiète pas. ” Il repart au volant de sa Peugeot 306. Allait-il négocier avec ses ennemis intimes l’arrêt de la campagne calomnieuse qui le visait ? Le lendemain, on retrouvait son cadavre. Et les dossiers avaient disparu du domicile du ministre assassiné. Le parquet général de Paris et la police judiciaire auront-ils le courage d’aller au bout de ce mystère ?
Serge Garde : Article paru dans l’édition du 7 novembre 2002
http://www.humanite.presse.fr/journal/2002-11-07/2002-11-07-12659
PARTIE 2
La fille de Robert Boulin va demander
une nouvelle enquête
NOUVELOBS.COM - 16.04.2007 - 18:02
La fille du ministre RPR mort en 1979, sur lequel l’information judiciaire avait conclu au suicide, souhaite la réouverture de l’enquête. Elle considère que de nouveaux éléments appuient la thèse d’un complot politique.
Robert Boulin (Sipa)
La fille du ministre RPR (Rassemblement Pour la République) Robert Boulin, mort en 1979, a déclaré lundi 16 avril qu’elle souhaite demander la réouverture de l’enquête. Elle estime que de nouvelles auditions menées depuis 2002 démontrent que son père a été assassiné.
” De nouveaux témoignages confirment que Robert Boulin a été assassiné, victime d’un complot politique. (…) Nous ne cessons de rassembler les preuves tangibles que mon père a été assassiné et je vois mal comment la justice de la République pourrait continuer à les dénier”, dit sa fille, Fabienne Boulin-Burgeat, dans un communiqué.
Thèse du meurtre
Elle donnera une conférence de presse mercredi à Paris avec son avocat, Me William Bourdon, pour demander la désignation d’un juge d’instruction.
Robert Boulin, ministre du Travail de Valéry Giscard d’Estaing, dont le nom était souvent cité à l’époque pour Matignon, avait été retrouvé noyé dans une faible profondeur d’eau d’un étang de la forêt de Rambouillet le 30 octobre 1979, à Saint-Léger-en-Yvelines.
L’enquête initiale avait conclu au suicide. Depuis 2002, de nouvelles auditions judiciaires ont été ordonnées à la demande de Fabienne Boulin, à la suite notamment d’un reportage télévisé soutenant la thèse du meurtre.
Selon elle, il est établi par ces auditions que le corps du ministre portait des traces de coups et “preuve est faite” que des preuves ont été dissimulée avant l’enquête judiciaire.
Un complot ?
La thèse du complot, très ancienne dans cette affaire, a été examinée mais a été écartée par la justice dès 1992.
L’enquête de gendarmerie d’abord menée pour “recherche
des causes de la mort” en l’absence de plainte initiale de la famille avait conclu à un suicide par l’absorption de comprimés de Valium, provoquant un état léthargique, puis une noyade dans une faible profondeur d’eau.
La famille déposant plainte, une information judiciaire avait été ouverte en 1983 et débouché sur un non-lieu, confirmé par la chambre de l’instruction de Paris le 24 mars 1992, qui soulignait de nombreux éléments rendant probable le suicide. (Reuters)
CHRONOLOGIE DE L’AFFAIRE BOULIN
30 octobre 1979 :
(Nous distinguons parfaitement le corps à quelques mêtres de la 305)
Le corps de Robert Boulin est officiellement retrouvé à 8 H 40 dans 50 centimètres d’eau de l’étang Rompu, près de la forêt de Rambouillet. Le SRPJ de Versailles chargé de l’enquête conclut immédiatement au suicide par noyade après absorption de barbituriques , puis, dans un deuxième temps, après ingestion de Valium.
Octobre 1980 :
Disparition illégale des prélèvements de sang de Robert Boulin. Le docteur Le Breton, responsable de l’Institut Médico-légal décide alors par précaution de cadenasser le frigo contenant les derniers prélèvements d’organes du ministre.
Février 1981 :
La famille Boulin découvre grâce à son avocat, Robert Badinter, des photographies du visage traumatisé du ministre prise par la police judiciaire.
Mai 1983 :
Colette Boulin affirme sur TF1 qu’elle n’a jamais cru à la thèse du suicide de son mari et qu’après sa mort, on a fait pression sur elle pour qu’elle se taise. Elle révèle que le 29 octobre 1979, à 20 heures, un collaborateur du ministre, Guy Aubert lui avait annoncé que Robert Boulin avait été tué . « Paris Match » publie des photos du corps du ministre tirées du dossier judiciaire.
Juin 1983 :
La famille Boulin, conseillée par leur avocat Jacques Vergès, dépose plainte contre « X » pour homicide volontaire.
28 septembre 1983 :
Afin de prouver scientifiquement la noyade, Jacques Verges demande au juge d’instruction Michel Maestroni, du Tribunal de Versailles, un examen anatomo-pathologique , pour comparer les particules contenues dans les poumons du ministre avec des prélèvements d’eau de l’étang Rompu. Cette analyse indispensable à la recherche de la vérité, maintes fois réclamée, ne sera jamais effectuée . Pire, les prélèvements d’organes, conservés à l’Institut médico-légal seront tous détruits.
16 novembre 1983 :
Une deuxième autopsie à l’hôpital Pellegrin de Bordeaux, à la demande de la famille , après exhumation du corps, met en évidence la présence de plusieurs fractures au visage, passées sous silence lors de la première autopsie en 1979. Aucune autopsie du crâne n’avait été effectuée après la mort, « sur directive du Procureur de la République » Le corps a été embaumé illégalement . Les légistes considèrent qu’il y a eu « traumatisme appuyé du massif facial du vivant de Robert Boulin »… sans conclure, pour autant, que ce traumatisme ait pu être mortel. Les légistes constatent que le corps a été embaumé illégalement, ce qui a eu pour effet de maquiller les traces de coups.
15 janvier 1984 :
Bertrand Boulin déclare à la presse avoir vu des dossiers sortis par son père avant sa mort, en septembre 1979, concernant Elf, Dassault, la Sécurité sociale et l’Arabie Saoudite
18 janvier 1984 :
Sur les marches du Palais de justice de Paris, la famille Boulin accuse le procureur de la République de Versailles, Robert Barbat, de « forfaiture », suite aux nombreuses irrégularités et anomalies de l’enquête. Robert Badinter, garde des Sceaux, porte plainte pour « diffamation » contre la famille Boulin.
Mars 1984 :
L’affaire Boulin est dépaysé au Tribunal de grande instance de Paris. Le magistrat Yves Corneloup reprend le dossier, en liaison avec la Brigade criminelle.
1985 :
Sortie chez Grasset du livre « Mort d’un ministre » de Patrick Rambaud, inspiré de l’affaire Boulin.
Octobre 1985 :
Découverte d’une écoute téléphonique du maire de Saint-Léger-en-Yvelines démontrant que l’heure de décès de Robert Boulin a été rectifiée sur ordre du Procureur de la République de Versailles.
7 novembre 1985 :
Déposition de l’adjoint au maire Serge Tirlet qui décrit les traumatismes au visage de Robert Boulin, qu’il avait lui-même constatés au bord de l’étang Rompu.
30 avril 1987 :
Avec son nouveau conseil, René Boyer, la famille Boulin demande au garde des Sceaux, Albin Chalandon, l’aide judiciaire pour financer les coûts d’exhumation des bocaux contenant les derniers prélèvements d’organes du ministre censés se trouver au cimetière de Thiais.
Juillet 1987 :
L’hebdomadaire « L’Express » annonce que le réfrigérateur cadenassé de l’Institut médico-légal contenant une partie des prélèvements de poumons de Robert Boulin a été fracturé, puis vidé de son contenu . Il s’agit de scellés judiciaires détruits illégalement.
28 octobre 1987 :
Le juge Corneloup interroge sur commission rogatoire Henri Tournet, l’homme qui a vendu le terrain de Ramatuelle à Robert Boulin, en cavale à Ibiza. La France ne demandera jamais son extradition . Le magistrat demande à la Brigade criminelle de retrouver le postier de Montfort l’Amaury pour éclaircir l’épisode des lettres posthumes. La Criminelle répond que c’est impossible . Le postier serait parti en Guadeloupe, ce qui est totalement faux.
Novembre 1987 :
Après des fouilles infructueuses au cimetière de Thiais, la famille Boulin découvre que les ultimes prélèvements d’organes du ministre ne sont pas enterrés sous un monument à la gloire des donneurs d’organes, au cimetière de Thiais. Contrairement à ce que la justice et la police lui indiquaient depuis plusieurs mois…
8 janvier 1988 :
Dans « L’Express », (« Le faux suicide de Robert Boulin ») James Sarrazin révèle que la position des lividités cadavériques sur le dos de Robert Boulin indique que le corps du ministre a été déplacé après sa mort. Un « pool » de journalistes de plusieurs médias se constitue pour tenter de tirer au clair les conditions de la mort de Robert Boulin.
Mars 1988 :
Le magistrat Alain Verleene reprend le dossier Boulin.
Juin 1988 :
La famille Boulin porte plainte pour « destruction de preuves »
20 septembre 1991 :
Ordonnance de non-lieu rendue par la juge d’instruction, Laurence Vichnievsky , seulement quelques jours après que le dossier lui ait été confié.
24 mars 1992 :
Confirmation du non-lieu « en l’état » par la chambre d’accusation de la Cour d’appel de Paris, présidée par Martine Anziani.
15 décembre 1992 :
La Cour de cassation confirme le non-lie u, ouvrant un délai de 10 ans avant une éventuelle prescription. Tout fait nouveau surgissant durant ce délai peut permettre la réouverture de l’enquête.
1993 :
Sortie chez Plon du livre de Roger Lebreton et Juliette Garat (avec Serge Garde) : « Interdit de se tromper. 40 ans d’expertises médico-légales. » L’ancien responsable du laboratoire de toxicologie de la Préfecture de police de Paris, qui a analysé les prélèvements toxicologiques de Robert Boulin bat en brèche la version du suicide et réfute l’argument les arguments utilisés par Martine Anziani pour expliquer la localisation des lividités cadavériques.
4 juillet 1995 :
La justice rend une ordonnance de non-lieu suite à la plainte pour « destruction de preuves » déposée par la famille Boulin à la suite de la disparition des prélèvements anatomo-pathologiques
Novembre 1999 :
Le magazine « Golias », sous la signature de Francis Christophe , publie une contre-enquête détaillée remettant en cause la version du suicide (« Le grand maquillage . L’affaire Boulin, 20 ans après.»)
2000 :
Sortie du livre « Adieu Colbert » de Yann Gaillard , ancien directeur de cabinet de Robert Boulin, aujourd’hui sénateur UMP de l’Aube. Il affirme qu ‘à 2h du matin il apprend par le directeur de cabinet de Raymond Barre à Matignon, Philippe Mestre, que le corps de Robert Boulin vient d’être retrouvé.
15 janvier 2002 :
L’émission 90 minutes sur « Canal + » (« Robert Boulin : le suicide était un crime ») apporte de nouveaux éléments infirmant la thèse du suicide : le témoignage du colonel de gendarmerie (Jean Pépin) qui a sorti le corps de l’eau, d’une spécialiste en toxicologie (Juliette Garat) qui a analysé le sang du ministre et d’un ancien substitut du Procureur de la République (Daniel Leimbacher) qui explique avoir subi des pressions de sa hiérarchie.
30 octobre 2002 :
« France Inter » diffuse un reportage de 10 minutes dans son 7-9 du matin contenant de nouveaux témoignages battant en brèche la version du suicide : le postier Denis Lemoal , l’expert en écriture Alain Buquet ou encore le gaulliste Olivier Guichard , qui affirme avoir « toujours pensé que Boulin ne s’était pas suicidé ». Le même jour, la justice annonce l’audition de nouveaux témoins dans l’affaire Boulin. Cette nouvelle enquête préliminaire interrompt la prescription
13 décembre 2002 :
Témoignage de Jacques Douté dans « Sud Ouest » (« Un silence trop lourd ») expliquant avoir été prévenu de la mort de Robert Boulin dès le 29 octobre 1979, à 20 heures.
26 octobre 2003 :
Le magazine Interception , sur « France Inter », diffuse une contre-enquête de 45 minutes (« Robert Boulin : un homme à abattre), rediffusé le 18 avril 2004, remettant en cause , une nouvelle fois, la version du suicide.
4 janvier 2006 :
Fin des nouvelles auditions devant un officier de police judiciaire de Nanterre. 28 personnes ont été entendues entre 2002 et 2006. Sans réouverture d’information judiciaire…
Janvier 2007 :
Sortie du livre « L’Expérience du Pouvoir » (Fayard) de Raymond Barre (entretiens avec Jean Bothorel) où l ‘ancien Premier ministre affirme avoir appris la découverte du corps à 3h du matin , alors que le corps n’a été découvert officiellement qu’à 8H40 . On lui précise alors que Robert Boulin se serait suicidé par barbituriques.
11 avril 2007 :
Sortie chez Fayard du livre : « Un homme à abattre. Contre-enquête sur la mort de Robert Boulin » par Benoît Collombat . De nouveaux témoignages remettent en cause la thèse du suicide.
(Les 75 principales anomalies)
Prouvant le meurtre
1. Les lividités cadavériques sont dans le dos, ce qui est incompatible avec la thèse officielle : elles auraient dû apparaître sur le ventre ou en dessous des genoux, preuve infaillible que la mort n’a pas eu lieu dans l’étang Rompu.
2. Le ministre se serait noyé dans 50 centimètres d’eau après absorption de Valium, connu pourtant pour diminuer la volonté. Il est reconnu qu’on ne se suicide pas au Valium, qui plus est dans 50cm d’eau à 12°.
3. Dès 9h45 une dépêche AFP annonce la mort de Robert Boulin par suicide aux barbituriques, mais aucune trace de barbiturique ne sera jamais retrouvée ni sur les lieux, ni dans les analyses. A 12h le Procureur de Versailles parle de suicide. Au journal télévisé de la mi-journée sur Antenne 2, Danièle Breem raconte le suicide aux barbituriques en détail. Pourtant, à cette heure là, aucun médecin n’a encore examiné le corps.
4. Les photographies de l’identité judiciaire révèlent que Robert Boulin porte une entaille à la limite du poignet et de l’avant-bras droit. Or, il a été démontré que celui-ci ne s’était fait aucune blessure à cet endroit jusqu’au départ de son domicile. Ce fait n’a donné lieu à aucune analyse ou expertise. L’ordonnance de non-lieu ne fait même pas état de cette blessure.
5. Il est noté une absence de vase et de boue sur le bas du pantalon et sur les chaussures, ce qui indique qu’il n’a pas pu entrer dans l’étang par ses propres moyens.
6. Des épitaxies (saignements de nez) sont constatés à la sortie du cadavre de l’eau, ce qui est la preuve de coups portés antérieurement à la mort.
7. Le médecin appelé sur les lieux signera le certificat de décès sans examiner le corps qui avait déjà été installé dans l’hélicoptère, pour son évacuation.
8. Le corps reste plusieurs heures à l’hôpital de la Salpetrière en attendant une ambulance pour l’emmener à l’Institut médico-légal (ILM).
9. Le corps arrive nu à l’ILM.
10. Le Procureur de la République ordonne que l’autopsie de crâne ne soit pas pratiquée.
11. Le Procureur ordonne la recherche de traces de projectile, mais pas des fractures éventuelles, alors que le visage du mort ressemble à celui d’un boxeur.
12. L’analyse des blessures au visage n’est pas faite.
13. Les enquêteurs ne s’intéressent pas à l’étrange position en « coffre de voiture » du corps, avec les jambes légèrement repliées et un seul bras levé, dont les rigidités semblent cassées.
14. Le corps est retrouvé bouche fermée, ce qui va à l’encontre d’une logique de suicide par noyade.
15. Le pharynx, le larynx et la langue ont été enlevés sans être examinés. Puis, ils ont disparu.
16. L’analyse anatomopathologique des poumons, qui est pourtant l’examen déterminant en cas de noyade, n’est pas réalisée.
17. Aucune recherche de diatomées (micro-organismes à la surface de l’eau) n’est effectuée, ce qui aurait pu permettre de certifier, en cas de noyade, le lieu exact de celle-ci.
18. Le diazépam (principe actif du Valium) retrouvé dans le sang de la victime, a pour effet de neutraliser la volonté. Il est souvent utilisé sur des victimes pour commettre des viols et abus de blancs-seings. Aucun tube de comprimés de Valium n’a été retrouvé alors que les analyses ont démontré que la boîte de sucrettes, seule retrouvée sur les lieux n’avait jamais contenu de Valium.
19. Aucune trace des comprimés de Valium ne sera détectée, ni dans l’estomac, ni dans le tube digestif comme cela aurait dû être le cas en cas d’ingestion de comprimés. Aucune autre explication ne sera fournie sur la provenance de trace de Valium dans le sang du ministre.
20. Non-réalisation, lors de l’autopsie de « crevés », c’est-à-dire d’incisions dans les téguments et les muscles qui permettent de retrouver les traces d’hématomes profonds ou les traces de piqûres afin de déterminer si un produit a été injecté à la victime de son vivant.
21. Il a été procédé à l’institut médico-légal, à des soins de thanatopraxie et d’embaumement, sans que la famille en soit informée. Cet acte réalisé par l’IML est contraire aux lois françaises.
22. Alors même que la bouche est fermée et les rigidités formées, les maxillaires du cadavre sont solidarisés à l’IML, sans que la famille en soit informée.
23. Voyant le visage tuméfié de son mari, Colette Boulin demande pourquoi le visage est abîmé, la police lui répond que c’est à cause de l’autopsie. Or, aucune autopsie du crâne n’avait été pratiquée sur ordre formel du Procureur. Les enquêteurs chercheront ensuite à faire croire que cette autopsie n’aurait pas été pratiquée à la demande de la famille.
24. Après exhumation à la demande de la famille (16 novembre 1983), la seconde autopsie découvrira deux fractures, une du maxillaire d’un centimètre de large, l’autre au nez, non décrites dans le premier rapport d’autopsie.
25. Malgré deux fractures à la face et huit hématomes et contre toute logique, aucune trace de sang n’aurait été constatée ni sur le costume ni sur les lieux de la découverte du corps.
26. Le bristol retrouvé sur le tableau de bord indique, dans un style indirect : « embrassez éperdument ma femme». Le bristol comporte deux écritures différentes, attribuées de manière non certifiée à Robert Boulin. Aucune recherche d’empreinte sur le bristol ne sera effectuée.
27. Il est aussi indiqué sur le bristol «la clé de ma voiture est dans ma poche droite» La clé est pourtant retrouvée par terre non loin de la voiture.
28. Le toit de la voiture est légèrement ouvert alors que les portes de la voiture sont fermées à clé.
29. Sur le tapis de sol du passager, une tâche suspecte est détectée. Elle ne sera pas analysée.
30. Les enquêteurs signalent la présence, dans la voiture, de mégots de gauloises, alors que Robert Boulin ne fumait pas de cigarettes. Aucune analyse ne sera effectuée et aucune explication ne sera trouvée.
31. De longues traînées de doigts apparaissent sur la carrosserie. Aucune recherche d’empreintes ne sera ordonnée.
32. La voiture est sale et couverte de boue. Pourtant, elle se trouve non loin d’une route départementale et dans un chemin empierré, non boueux.
33. Un dossier portant la mention « à n’ouvrir que sur ordre formel de ma part » est retrouvé vide dans la voiture du ministre. Le dossier ne sera jamais recherché.
34. Une boucle d’une des chaussures du ministre est manquante. Elle ne sera jamais retrouvée.
35. Le gilet de Robert Boulin est, sans explication, entièrement décousu dans le dos. Aucune analyse des vêtements ne sera jugée utile durant l’enquête préliminaire.
36. Le portefeuille est resté sec, mais aucune information ne fut donnée sur l’endroit où il a été retrouvé.
37. Le 28 octobre 1979, veille de sa disparition, Robert Boulin avait lu dans le bureau de son domicile à sa famille la réponse au journal Monde qu’il était en train d’écrire, avant de dîner de bon appétit en leur compagnie. Le 29 octobre, jour de sa disparition, il avait encore manifesté toute la matinée aux membres de son cabinet la volonté de répondre au journal. La pelure de la réponse, d’un seul feuillet, est retrouvée dans son bureau et remise aux autorités. Elle est datée du 29 octobre 1979 et ne sera jamais publiée par le journal.
38. Robert Boulin le même jour aurait écrit une autre lettre, constituée d’éléments de son dossier sur la défense de Ramatuelle. En fin de matinée, il envoie son officier de sécurité, l’inspecteur Autié, remettre ce document en mains propres à Monsieur Patrice Blank, son conseiller pour la presse, et Maitre Alain Maillot, son avocat. Cette lettre est la dernière écrite du vivant de Robert Boulin dont on soit sûr de l’authenticité. Ces deux lettres ne seront réclamées que des années plus tard par la justice. A ce jour, elles n’ont toujours pas été versées au dossier.
39. La lettre dite posthume comportant quatre feuillets, reçue par plusieurs destinataires reprend pour l’essentiel un argumentaire sur l’affaire de Ramatuelle. La première phrase de la première page,
« j’ai décidé de mettre fin à mes jours» est nettement décalée horizontalement et verticalement du texte. Or cette phrase, ainsi que les quatre dernières lignes, elles-mêmes isolées sur un dernier feuillet séparé, sont les seuls passages de la lettre à faire référence à une intention suicidaire.
40. L’original des lettres dites posthumes est toujours resté introuvable. Toutes les lettres sont des photocopies à l’exception de quelques mots manuscrits et de la signature.
41. Max Delsol, l’autre inspecteur de Police chargé de la sécurité de Robert Boulin, reconnaît que lui-même, ainsi que d’autres collaborateurs, avaient l’habitude d’imiter l’écriture et la signature du ministre avec son autorisation
42. Une des lettres dites posthumes a été remise au Garde des Sceaux, Alain Peyrefitte. Celui-ci ne l’a jamais remise aux autorités judiciaires.
43. Les lettres dites posthumes sont tapées sur un papier à en-tête obsolète du « Ministère du Travail » que Robert Boulin n’utilisait plus à cette époque, ayant à sa disposition le nouveau papier à en-tête du « Ministère du Travail et de la Participation » dont il faisait quotidiennement usage.
44. Aucune lettre ne sera envoyée à la famille, notamment à la mère du défunt. Robert Boulin est pourtant fils unique. Il a donc la charge de sa mère qu’il va voir très régulièrement.
45. Aucune lettre ne sera envoyée au Président de la République et au Premier Ministre. Aucune lettre non plus adressée à son soutien de toujours, Louis Jung, du journal Le Résistant.
46. La lettre dite posthume envoyée à Gérard César est adressée à l’Assemblée Nationale. Pourtant, Robert Boulin avait pris l’habitude depuis toujours de lui écrire en Gironde, à Rauzan.
47. Toutes les enveloppes retrouvées des lettres dites posthumes font le même poids, alors
que selon la déposition du postier de Montfort-Lamaury où Robert Boulin aurait déposé ces lettres, certaines faisaient moins de 20 grammes et d’autres plus de 20 grammes.
48. Robert Boulin avait laissé une lettre au mois de septembre 1979 à sa fille Fabienne intitulée : « Instructions à Fabienne s’il devait m’arriver un accident » ou il précise « dormez dans la salle à manger pour protéger votre mère ».
49. Robert Boulin a quitté à 15h00 le ministère du Travail avec une pile de dossiers secrets, déposée par son inspecteur de Police dans le bureau de son domicile. Ces dossiers ne seront jamais retrouvés.
50. Quand Robert Boulin quitte, pour la dernière fois, son domicile vers 15h30, la corbeille à papier sous son bureau était vide. Pourtant, au début de la nuit, la famille retrouve dans cette même corbeille des papiers déchirés annonçant le suicide.
51. Le 29 octobre au soir, de nombreux « collaborateurs » et relations du ministre débarquent au domicile des Boulin et s’aventurent particulièrement dans le bureau personnel du ministre. Notamment Patrice Blank, que Robert Boulin avait chargé des contacts avec la presse. L’enquête préliminaire ne jugera pas utile de l’auditionner.
52. Aucune audition ne pourra être faite des policiers en faction devant le domicile de Neuilly de Robert Boulin. Quand le juge Corneloup a décidé de rechercher ces policiers pour les interroger, la police a tenté de cacher leur existence.
53. Une fois prouvée la présence de ces policiers en faction 24h sur 24, ce sont les registres de présence du commissariat de Neuilly qui ont disparu. Pourtant ces auditions permettraient de reconstituer précisément les allées et venues au domicile de Robert Boulin dans la soirée du 29 octobre.
54. Le chef de cabinet de Robert Boulin, accompagné d’Eric Burgeat, conseiller technique et gendre du Ministre, signalent peu après minuit au ministère de l’Intérieur, puis à Matignon la disparition du ministre. Or d’après le dossier pénal, les premières recherches sont lancées le 30 octobre à 6h25 du matin et le corps n’est retrouvé qu’à 8h40 par une brigade de gendarmerie.
55. Jacques Douté, un proche de Robert Boulin alors en compagnie de deux personnes, reçoit un coup de téléphone le 29 octobre 1979, vers 19h à son restaurant de Libourne lui indiquant qu’ « il est mort ».
56. Guy Aubert, collaborateur du ministre, débarque vers 18h30-19h00 le 29 octobre 1979 au domicile de Robert Boulin et déclare à Colette Boulin : « Robert est mort ».
57. Yann Gaillard, directeur de cabinet de Robert Boulin est convoqué à Matignon vers deux heures du matin par Philippe Mestre, directeur de cabinet du Premier Ministre. Celui-ci reçoit, devant Yann Gaillard, un coup de téléphone. Après avoir raccroché Philippe Mestre confie: « On a retrouvé le corps ». Cet épisode se passe plus de 6 heures avant la « découverte » officielle du cadavre par les gendarmes.
58. L’ancien Premier ministre Raymond Barre, déclare dans son livre « L’expérience du Pouvoir » (Fayard, 2007) avoir été prévenu vers trois heures du matin « que l’on a retrouvé le corps de Boulin dans un étang de la forêt de Rambouillet » en indiquant qu’on lui précise -faussement- que le ministre s’est donné la mort en se noyant après avoir avalé des barbituriques.
59. Quelques jours après la disparition de Robert Boulin, « sur ordre de Paris » (sans informer, ni la famille du défunt, ni Monsieur Basty, le responsable du bureau libournais de Robert Boulin) toutes les archives du ministre entreposées à son domicile-bureau de Libourne sont transportées aux fins de destruction dans un établissement libournais spécialisé.
60. Trois semaines plus tard, une nouvelle vague de destruction a été effectuée, sans que la famille n’en soit avisée. Les dossiers sont cette fois, transportés par des camions de gendarmerie.
61. Robert Boulin avait fait une demande pour louer une maison aux Etats-Unis, la réponse arrivera quelques jours après son décès.
62. Dans les jours qui suivirent le décès, deux inspecteurs de Police débarquent à minuit au domicile du maire de Saint-Léger-en-Yvelines. Ils lui demandent de les accompagner à la mairie, en pleine nuit, afin de leur donner accès au registre d’état civil, où sont inscrits l’heure et le jour de la mort de Robert Boulin.
63. Peu après, Max Delsol, inspecteur chargé de la protection de Robert Boulin depuis 18 ans, est venu chercher le gendre du ministre, Eric Burgeat, pour l’emmener dans une voiture de la police judiciaire de Versailles à la mairie de Saint-Léger-en-Yvelines afin de lui faire contresigner le registre d’Etat civil, où le jour et l’heure de décès avaient été modifiées.
Quand, quelques années plus tard, la famille a porté plainte pour « faux en écriture publique », elle a été déboutée sur l’argument que la famille aurait ainsi cautionné les ratures portant sur l’heure et le jour du décès, alors qu’Eric Burgeat avait alors simplement obtempéré à la demande de la police. On concéda à la famille Boulin que le faux en écriture privé était constitué mais le délai de prescription de ce délit était écoulé.
64. Le rouleau encreur de la machine à écrire du bureau de Robert Boulin, où il aurait tapé, selon la thèse officielle, ses lettres dites posthumes, ne fut pas saisi immédiatement. Au contraire l’inspecteur qui interroge Eric Burgeat, le 30 octobre 1979, tape sa déposition sur la machine personnelle du ministre (comme l’indique la déposition elle-même !). Elle sera saisie plus tard, et disparaîtra dans les locaux de la police judicaire sans avoir été analysée.
65. Contrairement à ce que dit une note du SRPJ de Versailles, alors que la famille en avait besoin, la voiture du ministre ne lui est rendue qu’au bout d’un mois par les autorités judiciaires. Malgré l’expertise qui aurait du être pratiquée, des cassettes de dictaphone sont retrouvées par la famille sous la banquette arrière de la voiture.
66. Les Policiers n’ont pas auditionné, au cours de l’enquête préliminaire, messieurs Guy Aubert, Patrice Blank et Roger Thiery, qui sont passés au domicile de Robert Boulin dans la soirée du 29 octobre 1979, alors que leurs noms sont cités immédiatement par la famille.
67. Aucune audition de Fabienne Boulin-Burgeat au cours de cette même enquête préliminaire, malgré sa demande.
68. Les menaces écrites adressées à Robert Boulin, conservées par son inspecteur de police ne furent jamais versées au dossier.
69. Le scellé contenant le sang de Robert Boulin est volé sans effraction dans les locaux mêmes de l’IML. L’enquête effectuée après dépôt de plainte par l’expert responsable de l’IML n’est pas versée au dossier pénal. L’enquête n’a pas abouti. On ne retrouvera jamais le bocal.
70. Le Préfet de Police de Paris, Monsieur Jean Daubigny, ordonne la destruction de la série bis des prélèvements, conservés par le froid dans un réfrigérateur qui avait été fermé à clé par précaution à l’Institut médico-légal après le vol du bocal contenant le sang du ministre. La destruction est exécutée par Michelle Rudler, directrice de l’IML, sans que la famille ni le magistrat instructeur n’en soient avertis alors que seule l’autorité judiciaire est habilitée à prendre cette décision sauf conditions particulières, non remplies dans le cas d’espèce (6 ans après un non-lieu et à condition que la famille en soit informée). Un courrier de l’expert de l’IML dépositaire des scellés, le Professeur Roger Le Breton, avait pourtant averti le préfet Jean Daubigny de toutes ces modalités et insistait sur la nécessité de conserver ces prélèvements. La partie civile porte alors plainte pour « destruction de preuves ». La justice reconnaîtra l’élément de fait (les preuves ont bien été detruites) et la demande fondée en droit (les pièces ne devaient pas être détruites), mais la partie civile sera quand même déboutée, « l’intention de nuire » n’étant pas reconnue.
71. Lorsque le juge Corneloup décide de procéder à l’analyse anatomopathologique des poumons, on constate alors que les bocaux contenant ces organes, conservés à l’IML, ont disparus. Ils auraient été fort inopinément transférés au cimetière de Thiais. La police, après enquête, explique au juge qu’un monument à la gloire des donneurs d’organes a été élevé sur l’exact emplacement des voliges renfermant les prélèvements recherchés et que le coût pour casser ce monument et sa reconstruction serait de 250 000 francs, entièrement aux frais de la partie civile. Plus tard, il s’avère que le monument ne se trouve pas à l’endroit indiqué par la Police judiciaire. Après cette révélation, la recherche des bocaux contenant les poumons de Robert Boulin est ordonnée par le juge Corneloup, qui juge cette analyse absolument indispensable. Malgré des recherches approfondies dans les voliges enfouies au cimetière de Thiais, aucun bocal contenant des poumons n’a été retrouvé ni, a fortiori, aucun bocal contenant ceux du ministre.
72. Le juge Corneloup, qui voulait entendre le postier de Montfort-L’Amaury, n’a pu l’auditionner. Selon la Brigade criminelle, il était à la Guadeloupe. Le postier, retrouvé par des journalistes en consultant l’annuaire, était en fait affecté à un poste en Bretagne.
73. Malgré les demandes réitérées de la famille à différents ministres de la justice, l’extradition d’Henri Tournet, l’homme qui a vendu le terrain de Ramatuelle à Robert Boulin, n’a jamais été requise sous le prétexte que la justice ignorait où il se trouvait. Or le juge Corneloup lui-même ira l’interroger en se rendant à son domicile légal à Ibiza.
74. Martine Anzani, présidente de la chambre d’accusation de la Cour d’appel de Paris, dans son ordonnance de non-lieu en 1992, explique, de sa propre initiative et sans s’appuyer sur aucun dire d’expert, l’absence de vase ou de boue sur le bas du pantalon et sur les chaussures de Robert Boulin alors qu’il est supposé avoir marché 7 mètres dans celles-ci. Selon Madame Anzani, et contrairement à ce qu’affirme le colonel de Gendarmerie qui était sur place au moment des faits, les pompiers ont traîné le corps sur le sol ce qui aurait eu pour effet de nettoyer le tout, intérieur des chaussures compris.
75. Un inspecteur de police a déclaré avoir constaté la présence d’un rocher dans l’étang du Rompu pour expliquer les traces de coup sur le visage. Or des personnes présentes au moment de la sortie du corps et les photographies prises le jour même témoignent du contraire.
PARTIE 3
Le livre sur l’enquête - (Benoît Collombat)
PRINCIPAUX ÉLÉMENTS NOUVEAUX DU LIVRE 7
« UN HOMME A ABATTRE » de Benoît Collombat
SUR L’HEURE DE LA DÉCOUVERTE DU CORPS :
• Yann Gaillard, directeur de cabinet de Robert Boulin au ministère du Travail
Déjà entendu dans la procédure, Yann Gaillard raconte qu’il est « convoqué en pleine nuit » dans le bureau de son homologue auprès de Raymond Barre, Philippe Mestre. A 2 heures du matin, le téléphone sonne. Le directeur de cabinet de Raymond Barre lui déclare alors « On vient de trouver le corps ! »
(« Un homme à abattre », p. 239-240)
Un témoignage démenti par Philippe Mestre, mais corroboré par celui de Raymond Barre.
• Raymond Barre, Premier ministre en exercice au moment des faits
Pourtant Raymond Barre, lui-même, explique avoir été informé de la découverte du corps de Robert Boulin « à 3 heures du matin » Si, pour le moment, l’ancien Premier ministre s’en tient à la version du suicide, il reconnaît, cependant qu’ « il peut y avoir des hommes de main. »
(« Un homme à abattre », p.241-242-243)
Dans son livre: « L’Experience du Pouvoir », paru en janvier 2007, aux éditions Fayard, (page 175) Raymond Barre confirme avoir été prévenu de la mort de son ministre à 3 heures du matin.
• Christian Bonnet, ministre de l’Intérieur au moment des faits
Christian Bonnet affirme lui aussi avoir été alerté de la mort de Robert Boulin « entre 2h et 3h du matin »
(« Un homme à abattre », p. 242-243)
• Marie-Thérèse Guignier, administratrice de biens judiciaires
Marie-Thérèse Guignier, administratrice de biens judiciaires, ex-membre des cabinets ministériels de Robert Boulin, intime des milieux gaullistes, est réveillée dans la nuit du 29 au 30 octobre 1979, entre 1h30 et 2 h du matin, par son ami proche, Louis-Bruno Chalret, à l’époque Procureur général près la Cour d’Appel de Versailles. Chalret lui apprend que l’on a retrouvé le corps de Robert Boulin dans les étangs de Hollande. « Et là, déclare-t-elle, il se couvre, il appelle tout le monde sur le REGIS (le réseau téléphonique interministériel de l’époque), c’est-à-dire l’Elysée, Matignon, probablement l’Intérieur et la Chancellerie»
Lié au SAC et aux réseaux Foccart, Louis-Bruno Chalret s’est immédiatement rendu sur place avec une équipe d’hommes sûrs : « On a tout fait minutieusement, comme il fallait. J’ai tout surveillé. Rien n’a été laissé au hasard », dit-il à Marie-Thérèse Guignier, en qualifiant cette affaire de « truc à emmerdes ». Son amie résume ainsi le rôle actif qu’il a pu jouer cette nuit là : « Il était l’homme qu’il fallait pour ce genre de choses. »
(« Un homme à abattre », pages 243-244-245).
• Victor Chapot, proche conseiller du président de la République de l’époque,Valéry Giscard d’Estaing
Victor Chapot déclare, lui, avoir appris la mort de Robert Boulin à 9h du matin par un coup de téléphone d’Henri Martinet, un ancien collaborateur du ministre. Il se serait alors « précipité chez Giscard qui apprend la nouvelle au téléphone au même moment. »
(« Un homme à abattre » p. 250)
Rappelons que VGE, dans son livre « Le pouvoir et la vie », affirme avoir appris la mort de son ministre à 11h30 du matin. Ce qui est en contradiction totale avec les témoignages précédents.
L’ensemble de ces personnalités doivent être entendues par un juge d’instruction.
SUR L’ANNONCE DE LA MORT DE ROBERT BOULIN :
• Bernard Sube, photographe pour l’actuel conseil général de Gironde
Bernard Sube confirme qu’un proche du ministre, Jacques Douté, a été prévenu de la mort de Robert Boulin dès le 29 octobre 1979, vers 20 heures, soit la veille de la découverte du corps.
(« Un homme à abattre », p.254)
• Guy Aubert, collaborateur de Robert Boulin
Un autre homme, Guy Aubert, est lui aussi prévenu, le 29 octobre à 20 heures, de la mort du ministre.
(Voir « Un homme à abattre », p.254-260)
SUR L’ÉTAT SUSPECT DE LA VOITURE DE ROBERT BOULIN :
• Frédéric Mesnier, beau-frère de Bertrand Boulin
Frédéric Mesnier explique que le véhicule du ministre « avait été réparé sur l’aile arrière-gauche, ainsi qu’une partie de la jupe arrière », alors qu’officiellement la 305 Peugeot de Boulin n’a jamais été accidentée auparavant.
(« Un homme à abattre », p. 220)
SUR L’AGITATION INHABITUELLE AUTOUR DE L’ÉTANG
ROMPU DURANT LA NUIT DU 29 AU 30 OCTOBRE 1979 :
• François Pic-Paris, maire de Saint-Léger-en-Yvelines au moment des faits
François Pic-Paris raconte qu’un couple de sa commune s’adresse spontanément à lui, en tant que maire, pour lui signaler « des mouvements anormaux à la sortie de l’étang du Rompu entre minuit et 1 heure du matin »
(« Un homme à abattre », page 215)
• Michel Collobert, chef d’état-major des RG des Yvelines de 1974 à 1983
Michel Collobert raconte que « plusieurs riverains se sont émus d’une agitation inhabituelle » aux abords de l’étang du Rompu, dans la nuit du 29 au 30 octobre 1979. Ces témoignages ont été écartés de l’enquête préliminaire de l’époque.
(« Un homme à abattre », page 215-216)
• Georges Restoueix, garde-forestier responsable du secteur nord de la forêt de Rambouillet de 1971 à 1991, officier de réserve
Georges Restoueix certifie qu’à l’époque un colonel à la retraite lui a confié avoir vu, vers 23 heures le 29 octobre 1979, au bord de la route, sur le terre plein au dessus de l’étang Rompu, la voiture du ministre. Qui a déplacé la voiture, puisque celle-ci sera bien retrouvée mais en contre-bas, et que Robert Boulin est déjà mort à cette heure?
(« Un homme à abattre », p. 216)
SUR LES TRACES DE VIOLENCE :
- La thèse officielle :
Robert Boulin se serait suicidé par noyade, après ingestion de comprimés de Valium
-Les faits nouveaux :
Le ministre a recu des coups d’une grande violence.
• René Raynaud, ancien directeur de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière
René Raynaud, ancien directeur de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière où transite la dépouille a vu le corps de Robert Boulin. Il a constaté des « blessures » sur le visage « gonflé », tout comme sur « l’ensemble du corps », des blessures « à la limite de plaies. » Avec les Professeurs Lascar et Viars, ils se sont alors demandé si Boulin « n’avait pas reçu des coups ».
(« Un homme à abattre », pages 182-183)
• Claude Richir, ancien responsable du laboratoire de l’hôpital Pellegrin
Claude Richir, ancien responsable du laboratoire de l’hôpital Pellegrin de Bordeaux où est pratiquée la deuxième autopsie en novembre 1983 déclare avoir constaté une fracture des os propres du nez, pouvant difficilement résulter d’une chute. On doit, selon lui, envisager la possibilité d’une mort « consécutive à de petites hémorragies multiples diffuses dans le cerveau, comme chez les boxeurs après un KO mortel. » L’asphyxie pratiquée dans un lavabo ou baignoire n’aurait servi qu’à « finir le travail ».
(« Un homme à abattre » p. 186 et 205)
• L’ancien assistant des légistes
bordelais
L’ancien assistant des légistes bordelais ayant procédé à la deuxième autopsie du corps de Robert Boulin, le 16 novembre 1983. L’homme tient, pour le moment à rester anonyme, mais se dit prêt à témoigner, le cas échéant, devant un juge d’instruction. En 20 ans de métier il a été amené à traiter près de 30.000 corps. Il confie avoir été « surpris » et « choqué » par ce qu’il a clairement identifié comme une « trace de corde circulaire au poignet droit » de Robert Boulin.
Il a également vu « un hématome derrière la boîte crânienne » du ministre : hématome gélatineux, bleuté, qui n’était pas un dépôt cadavérique. Selon lui, cette « face postérieure aplatie » ne peut s’expliquer par la position dans le cercueil, car la tête reposait sur un coussin moelleux. La conclusion de ce professionnel de la médecine légale est sans appel : « Pour moi, il a été assommé ! »
(« Un homme à abattre ». pages 180, 192-193)
Ce témoignage impose également d’entendre également le Professeur Lazarini, qui a expertisé le corps de Robert Boulin, lors de cette deuxième autopsie.
• Le père Boulanger, aumônier au
Bourget, puis à Roissy, de novembre
1972 à juin 1992
Le père Boulanger, en 1989, recueille les confidences d’un homme ayant manipulé le corps de Robert Boulin après sa mort. L’homme lui confie avoir constaté avec effroi sur le visage et le crâne de Robert Boulin, des « pommettes fracturées à coups de poing » ainsi qu’une « blessure mortelle derrière la nuque, provoquée par un objet contondant. »
(« Un homme à abattre », p. 234-235)
• Jean Mauriac, journaliste à l’AFP et proche de la famille
Jean Mauriac était au domicile des Boulin le 30 octobre 1979. Il raconte avoir été « surpris par un visage violacé, entièrement tuméfié ». Dans ses carnets de notes publiés en septembre 2006, aux éditions Fayard, sous le titre « L’Après de Gaulle », il y décrit déjà le visage de Robert Boulin tel qu’il lui est apparu : « tuméfié, sanglant, couleur lie-de-vin. »
(« Un homme à abattre », p. 231)
SUR L’EMBAUMEMENT CLANDESTIN :
• Un proche d’Henri Tournet
Un proche d’Henri Tournet, l’escroc qui a vendu le terrain de Ramatuelle à Robert Boulin, se dit prêt à témoigner à visage découvert devant un juge d’instruction sur le fait qu’ « un membre de l’Institut médico-légal lui avait avoué qu’on avait maquillé le corps de Robert Boulin pour le montrer à la famille. »
(« Un homme à abattre », p. 230)
SUR LES COURRIERS DITS
POSTHUMES :
- la thèse officielle :
Officiellement, Robert Boulin a posté plusieurs lettres de suicide, le lundi 29 octobre 1979, à 17 h 30, à Montfort l’Amaury, avant de se donner la mort quelques heures plus tard.
- les faits nouveaux :
Or, les courriers postés par Boulin ce jour là ne correspondent pas au poids des courriers posthumes attribués au ministre. Selon le postier qui a relevé ces différents plis, ces courriers (une liasse de documents) étaient beaucoup plus lourd qu’une simple lettre. Il a dû les surtaxer. En réalité, les courriers posthumes attribués à Boulin s’apparentent à un écrit authentique du ministre falsifié.
• Pierre Pascal, ancien conseiller
spécial de Jacques Chaban-Delmas
Pierre Pascal précise que la lettre dite « posthume » adressée à Monsieur Chaban Delmas est arrivée le mardi 30 octobre à 9h30 du matin, ce qui semble impossible quand on suit le cheminement du courrier à cette époque.
(« Un homme à abattre », p. 278)
• Pierre Simon, l’ami franc-maçon de
Robert Boulin
Pierre Simon, l’ami franc-maçon de Robert Boulin, explique que le jour de la découverte du corps, « le procureur ou le commissaire de Versailles » l’appelle « le matin » pour lui dire qu’il va « recevoir au courrier du soir une lettre de Boulin. » Ce qui constitue une anomalie, puisque rien n’indique alors avec certitude que Pierre Simon va recevoir un courrier du ministre.
(« Un homme à abattre », p. 277)
Rappelons que Françoise Lecomte, ancienne secrétaire du ministre déjà entendue dans la procédure, témoigne que le jour même de sa mort, le 29 octobre 1979, Robert Boulin lui fait taper une lettre qui ressemble mot pour mot à la lettre posthume attribuée, un peu plus tard, au ministre, excepté les mentions suicidaires du début et de la fin.
(« Un homme à abattre », p.301-304)
Cet élément autorise toutes les manipulations, puisque les lettres posthumes sont toutes des photocopies. Par ailleurs, de multiples personnes sont passées au domicile du ministre dans la nuit du 29 au 30 octobre 1979 et ont eu accès à la machine à écrire de Robert Boulin. Les derniers écrits authentiques du ministre, susceptibles de servir de base à une manipulation, n’ont jamais été recherchés.
SUR L’INCOHÉRENCE DE LA VERSION
DU SUICIDE :
• Philippe Alexandre, journaliste
Philippe Alexandre ne croit plus aujourd’hui à la thèse du suicide « C’est une affaire vraiment TRES politique, dit-il. L’élimination de Robert Boulin est un fait politique extrêmement important. Et ça, j’ai mis du temps à m’en apercevoir. »
(« Un homme à abattre », p.324)
• Maurice Robert, ancien membre du
SDECE, proche de Jacques Foccart
Maurice Robert, ancien membre du SDECE, proche de Jacques Foccart, chargé du service « Afrique » chez Elf, ambassadeur au Gabon en novembre 1979 (mort le 9 novembre 2005), estime qu’il s’agit de l’ « un des crimes les plus mystérieux. La version du suicide ne tient pas la route, dit-il. Boulin a été tué. Assassiné. Dans cette affaire, il y a des gens tout à fait douteux. »
(« Un homme à abattre », p. 421)
SUR L’ATTITUDE HOSTILE DU RPR ET
LES MENACES CONTRE BOULIN :
• Jacques Paquet, ancien chef de
cabinet de Robert Boulin
Jacques Paquet témoigne de menaces très précises venant de membres du SAC, lors du passage de Boulin au ministère de l’Economie et des Finances (mars 1977-mars 1978).
(« Un homme à abattre », p. 326)
• Catherine Pichon, fille de Marc Felloneau, proche de Robert Boulin
Catherine Pichon raconte que Robert Boulin se méfiait énormément du SAC et avait dit à son père: « Ils auront ma peau »
(« Un homme à abattre », page 330)
• Un ancien collaborateur de la société SGE
Un ancien collaborateur de la société SGE ayant rapporté son témoignage par écrit à Fabienne Bouline raconte que, quelques jours avant la mort du ministre, le RPR Jean de Lipkowski a sablé le champagne « à la disparition prochaine de Robert Boulin. »
(« Un homme à abattre », p.367-368)
• Philippe Alexandre, journaliste :
Au journaliste Philippe Alexandre, Robert Boulin déclare, 15 jours avant sa mort : « Ne vous en mêlez pas ! C’est trop dangereux ! »
• Pierre Pascal, conseiller de Jacques Chaban-Delmas :
(« Un homme à abattre », p. 323) A Jacques Chaban-Delmas, Robert Boulin livre un nom, peu avant sa mort, selon l’ex-conseiller de Chaban, Pierre Pascal : « S’il m’arrive quelque chose, ce sera… » Pierre Pascal affirme que Chaban-Delmas ne lui a pas révélé l’identité de la personne designée ce jour là par Boulin.
(« Un homme à abattre », p. 390)
De multiples témoignages font état de menaces physiques autour du ministre, et de la volonté de répliquer de Robert Boulin.
(Voir « Un homme à abattre », p. 383-395)
SUR L’ÉCOEUREMENT DE BOULIN FACE
AUX « DESSOUS DE TABLE » DES GROS
CONTRATS :
• Jean-Yves Haberer, ancien directeur de cabinet de Robert Boulin aux Finances
Jean-Yves Haberer explique qu’après la signature de l’accord nucléaire Eurodif avec l’Iran, Boulin lui confie : « Vous voyez, Haberer, vous et moi, nous avons fait ce contrat. Nous avons réussi à trouver l’équilibre qui a décidé les Iraniens à signer. Eh bien voilà, nous rentrons parce que nous sommes au service de l’Etat. Et pendant ce temps, vous imaginez le nombre de personnes qui vont se remplir les poches de commissions d’intermédiaires qui n’auront servi à rien ? »
(« Un homme à abattre », p.373)
SUR LE MOBILE DU CRIME :
• Laetitia Sanguinetti, la fille d’Alexandre
Sanguinetti, co-fondateur du SAC
Laetitia Sanguinetti rapporte les propos que son père lui avait tenus: « C’est un assassinat! Robert ne s’est jamais suicidé.» Elle poursuit : « D’après ce que papa m’a dit les dossiers de Boulin concernaient une série de facturations diverses et variés de grosses sociétés, françaises ou étrangères, qui servaient au financement occulte des partis, et notamment au RPR. »
(« Un homme à abattre » p. 357-358, 385-386)
SUR LES MÉTHODES EXPÉDITITIVES DE PATRICE
BLANK, LE COLLABORATEUR DE ROBERT BOULIN AU
COMPORTEMENT TRÈS SUSPECT DÈS LA MORT DU
MINISTRE •
Roger Thiery, ami intime de Patrice Blank
Roger Thiery, ami intime de Patrice Blank présent au domicile des Boulin dans la nuit du 29 au 30 octobre 1979, raconte comment la liquidation d’Henri Tournet -lui-même très proche de Blank- est envisagé dès la mort de Robert Boulin : « J’étais prêt à aller aux Baléares –où Tournet est alors en cavale- pour tenter de descendre physiquement Tournet, dit-il. N’importe qui peut tuer quelqu’un.Il suffit de le vouloir. Je ne serai pas arrivé en kamikaze. Je n’aurai pas sorti un revolver. On aurait simplement retrouvé Henri Tournet mort. Je n’aurai pas pris un tueur, pour ne pas être à la merci d’un chantage. Je l’aurai tué de mes propres mains, sans hésiter une seconde. »
(« un homme à abattre » : p. 433)
SUR LA VÉRITABLE PERSONNALITÉ DE PATRICE BLANK, COLLABORATEUR DE BOULIN… MAIS SURTOUT MEMBRE DU CONSEIL D’ADMINISTRATION DE LA FIBA, LA BANQUE D’ELF ET D’OMAR BONGO :
(Voir « Un homme à abattre » 440-441)
PARTIE 4
MES CONCLUSIONS SUR LES MORTS
MYSTÉRIEUSES DE LA Vème
RÉPUBLIQUE
Les présidents de la Ve République passent, les grandes affaires et les cadavres gardent leurs mystères. Les enquêtes sont souvent trafiquées, orientées ou parfois bâclées.
Sous de Gaulle : la mort de Ben Barka n’a pas encore livré tous ses secrets et les circonstances de la disparition de Stefan Markovic restent obscures…
Sous Giscard : le prince de Broglie, Henri Curiel, Joseph Fontanet, Robert Boulin… Assassinats, vrais ou faux suicides ? Autant d’instructions truffées d’interrogations…
Sous Mitterrand : René Lucet se donne la mort ” de deux balles dans la tête “, L’espion Bernard Nut réussit un suicide impossible, le pasteur Joseph Doucé disparaît alors qu’il est surveillé par les RG… Les français attendent également des éclaircissements sur la mort de François de Grossouvre, et des révélations sur celle de Pierre Bérégovoy, ainsi que la mort
de Michel-Gérard- Joseph COLUCCI dit (Coluche),
mort suspecte par évidence.
Pour la raison d’Etat, les influences politiques et policières s’affrontent sur le dos des morts et les vérités dévoilées sont rarement des vérités vraies.
P-JACQUES
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L’AFFAIRE ROBERT BOULIN ENQUÊTE SUITE ET FIN (2ème PAGE)
9.6.2010 par admin.
L’AFFAIRE ROBERT BOULIN
ENQUÊTE SUITE ET FIN
(2ème PAGE)

(PARTIE N°1)
Une situation politique explosive
Rappelons donc brièvement la situation de la France en 1979 . Le 25 août 1976, Jacques Chirac avait claqué la porte de Matignon : ” Je ne dispose pas des moyens que j’estime aujourd’hui nécessaires pour assumer efficacement les fonctions de Premier Ministre et, dans ces conditions, j’ai décidé d’y mettre fin ” . Le Gouvernement de Raymond Barre voit affluer les ennemis de Jacques Chirac : Olivier Guichard, Antoine Rufenacht et Robert Boulin qui avaient démissionné de l’UDR le 14 décembre 1974, sans parler de Michel Poniatowski et de Jean Lecanuet , en sont les vedettes . Dès le mois de septembre 1976, Chirac, aidé de Charles Pasqua , appelle au rassemblement contre le plan Barre. Brillamment réélu en Corrèze aux législatives de 1976, il apprend avec fureur que Giscard ambitionne de donner un Maire à Paris. Jean Tibéri, Simone Veil, Olivier Guichard, Pierre Christian Taittinger, Jacques Dominati, Christian de la Malène, tous candidats à la candidature sont écartés, au profit du plus fidèle des giscardiens : Michel d’Ornano.
Le 5 décembre, au grand rassemblement gaulliste de la Porte de Versailles, Jacques Chirac annonce sa candidature. Ce qui va suivre ne sera jamais écrit dans les journaux ni les livres d’histoire. Chirac et d’Ornano font respectivement appel à des nervis issus de l’extrême droite. Pas sectaires, certains travailleront même pour les deux candidats. Bientôt les Républicains Indépendants sont complètement noyautés par des dissidents du SAC menés par des amis de leurs responsables eux-mêmes issus de l’ extrême droite tels Hubert Bassot ou Gérard Ecorcheville, beau frère de Gérard Longuet. Au RPR, Charles Pasqua, persuadé qu’il faut noyauter l’extrême droite de l’intérieur, vient d’embaucher un ancien du PFN (Parti des Forces Nouvelles), Alain Robert, qui est d’ailleurs encore aujourd’hui à ses cotés.
C’est ainsi que rien de ce qui sera prévu par d’Ornano durant sa campagne ne sera ignoré des chiraquiens. Chaque fois que d’Ornano visite une crèche ou va sur un marché, il trouve sur les lieux les distributeurs de tracts du RPR. On ira même plus loin dans le XVIII° arrondissement où des affiches imprimées au nom de ” gaullistes de toujours ” tels Sanguinetti ou le Général Binoche, qui se trouve être par ailleurs le frère d’une colistière de Michel d’Ornano, appellent à voter pour l’Union de la Gauche. De même qu’un mystérieux ” Groupe d’israélites ” qui se prononce contre la candidature de Michel d’Ornano. Renseignement pris par les R.G., personne n’a écrit ni publié quoi que ce soit. Le tout est l’œuvre des anciens du PFN, nouveaux adhérents du SAC qui tirent ces brillantes idées d’une nouvelle recrue au lourd passé : l’ancien cagoulard Gabriel Jeantet, par ailleurs, parrain de Francisque de … François Mitterrand.
Michel d’Ornano sera battu et Chirac élu Maire de Paris. Mais ces méthodes peu démocratiques émurent de nombreux membres de la Majorité. A quoi Chirac répliqua ” qu’il était un recours parmi ce monde de faibles, de courtisans et de bouffons ” …
Giscard, désormais, ne pourra plus gouverner qu’en utilisant le fameux article 49 alinéa 3, c’est à dire en usant, pour contrecarrer l’opposition systématique de Chirac, de pratiques constitutionnelles tout aussi contestables. C’est de ce combat politique indécis que Robert Boulin a tragiquement fait les frais…
La Confession d’ Hermann Stromberg
Le 18 novembre 1988, l’Humanité Dimanche publie un reportage de Serge Garde assorti de la confession d’Hermann Stromberg,
gendre de l’infortunée Mme Rachez, propriétaire du Casino de Saint Amand les Eaux. M. Stromberg déclare carrément : « J’étais là. Robert Boulin m’avait demandé le 26 octobre ainsi qu’à Charles Bignon, ancien député, ami d’enfance d’Olivier Guichard et de Jean de Broglie dont il fut le collaborateur, de me trouver le 29 octobre 1979 à 16 H devant la Poste de Monfort L’Amaury qui était d’ailleurs un lieu de rendez vous fréquemment utilisé.
Quand nous sommes arrivés, Charles Bignon et moi même, nous avons trouvé Robert Boulin en compagnie de deux Ministres en exercice, de deux policiers de très haut niveau et de Robert Fontanet. Ils discutaient de Tournet. Les deux Ministres sont repartis presque aussitôt et Boulin est venu nous dire : « J’ai convoqué Tournet dans une demi-heure, un peu plus bas, au Carrefour des Voleurs. J’attends quatre divisionnaires. On va prendre Tournet et l’expédier en Espagne ». A ce moment là, deux autres voitures sont arrivées avec quatre personnes que j’ai cru identifier comme des membres des Services Secrets. Nous nous sommes dirigés vers le Carrefour des Voleurs où nous avons effectivement trouvé Tournet en compagnie d’un de ses neveux et de Patrice Blank. »
Ce Patrice Blank, qui était également ami de Robert Boulin a probablement son importance dans l’affaire car il se rendra plus tard dans la soirée au domicile de la famille Boulin où il restera jusque vers 23 H. C’est après son départ que Bertrand Boulin et son beau frère, M. Burgeat, découvriront dans la chambre du Ministre, déchiré dans la corbeille à papiers, un exemplaire de la fameuse lettre posthume : « J’ai décidé de mettre fin à mes jours ». Ils observeront également que le ruban de la machine à écrire a disparu. Patrice Blank, qui avait conseillé à Boulin de rencontrer les journalistes du Canard Enchainé, est l’ancien patron de France Soir et du Journal du Dimanche après guerre. Il sera également cité sans démenti comme étant le banquier ayant aidé financièrement à l’entreprise de déstabilisation du Bénin commandée par Jacques Foccart à Bob Denard..
« Charles Bignon et moi même poursuit Hermann Stromberg commençons à nous demander pourquoi nous sommes là. Nous décidons de nous éloigner et de descendre vers Saint Léger en Yvelines. Sur le chemin, nous rencontrons le Maire, M. Pic- Paris qui semble être au courant lui aussi du rendez vous.
C’est alors que déboulent trois voitures immatriculées en Suisse et en Allemagne. Dedans, je reconnais Ernst Siegrist (auquel Tournet aurait prêté l’argent de Mme Rachez pour acquérir les terrains de Ramatuelle N.D.L.R.) qui était accompagné de gorilles. Siegrist est un personnage dangereux, très protégé par de puissants banquiers de la RDA. On lui prête en outre le rôle de coordonnateur entre l’Opus Dei et une branche de la Mafia à laquelle appartiendrait l’avocat genevois d’Henri Tournet.
C’est alors que nous avons compris qu’il se déroulait quelque chose d’anormal, comme si Ernst Siegrist était en avance sur l’horaire. Nous apprenons alors que Robert Boulin était en négociation avec ce dernier au sujet du rachat d’un dossier évalué à 5 MF. Robert Boulin refuse de payer, arguant qu’il n’avait pas d’argent. Tournet se mêle à la conversation, faisant monter les enchères à 7,5 MF. La discussion s’envenime. Robert Boulin s’éloigne avec Siegrist et ses gorilles qui reviennent seuls peu après. L’irréparable s’est accompli… ».
Il est extraordinaire que cette confession, publiée dans un journal de grande audience, n’ait pas davantage retenu l’attention. Malgré le talent de Serge Garde, on pourrait se demander pourquoi l’Humanité s’intéresse à ce point à l’affaire Boulin. Ce serait oublier que l’époux de Fabienne Boulin a été membre des Jeunesses Communistes et que l’avocat honoraire qui s’est le plus investi dans ce dossier, M° René Boyer, a été membre du Parti.
Néanmoins, il ne nous semble pas que ce texte soit crédible de bout en bout. Car si Robert Boulin a été exécuté peu après 16 H, on ne s’explique pas comment sa voiture a pu être accidentée ensuite et n’être jetée qu’à 4 heures du matin dans l’étang Rompu. On ne voit pas non plus à quoi riment les ecchymoses que la cadavre portait sur la face et d’ou vient la trace de liens qu’il avait au poignet droit. Si la première partie du récit est probablement véridique, la seconde est tout à fait invraisemblable et semble avoir été inventée pour dissimuler le travail d’une seconde ou d’une troisième équipe. Envoyée par qui et pourquoi ? .
Les Dernières Heures de Robert Boulin
A partir des déclarations d’Hermann Stromberg effectuées en 1988, c’est à dire quatre ans après que la famille de Robert Boulin ait accusé le Procureur de la République de Versailles, M. Robert Barbat, de « dissimulation et de forfaiture » et que M. Mitterrand, en Conseil des Ministres, ait apporté solennellement son appui à M. Robert Badinter, Garde des Sceaux, qui venait de porter plainte en diffamation contre les parties civiles qui, au surplus, figuraient pour ce dossier précis sur la liste de ses anciens clients , le Juge Corneloup chercha, tout de même à retrouver certains témoins des dernières heures du ministre. Il estima, par exemple, devoir entendre Denis Le Moal, postier à Monfort L’Amaury qui avait vu tomber dans sa boite aux lettre « une douzaine d’enveloppes à en-tête du ministère du Travail ». La Brigade Criminelle prétendit que le postier avait été muté en Guadeloupe. Affirmation totalement fantaisiste car M. Le Moal avait été muté en 1981… à Saint Brieuc où il se tient toujours à la disposition de la Justice.
L’appel au Narvalo
Néanmoins, à partir du témoignage de ce fonctionnaire, de celui de M. Stromberg, de celui de M. Pic Paris,
on peut reconstituer approxima-tivement les dernières heures de Robert Boulin.
La veille de sa mort, Robert Boulin fait appel à un garde du corps Guy Pierre Geneuil dit « Le Narvalo » auquel il demande de se tenir prêt à répondre à son appel le lendemain. Il semble que cette demande soit effectuée à la suite de deux confidences, l’une faite à son beau-frère, M. Jean Lalande, de Barsac, par M. Rousseau, Ingénieur de France Télécom qui avait été chargé de faire effectuer des écoutes par le Ministre de l’Intérieur Christan Bonnet. M. Rousseau déclare « Préviens Bobby, la date est fixée, c’est imminent » et l’autre par un responsable de la CIA et du Mossad, M. Serge Bitbol qui était venu voir personnellement le Ministre et avait été tout aussi catégorique sur le piège dans lequel il allait tomber.
Bien que prévenu, M. Boulin n’appellera pas « Le Narvalo » et priera à 15h10, son garde du corps habituel l’inspecteur principal Yves Autié, de ne pas l’accompagner à ses derniers rendez vous, non plus que son chauffeur Max Delsol.
Le matin du drame, un ami du Ministre, Patrice Blank, qui fut, rappelons le financier de l’expédition Denart au Bénin, se charge d’emporter certains dossiers précieux dans une villa du Chesnay dont l’adresse exacte ne sera jamais connue.
L’impossible Chaban
A 15h15, Robert Boulin quitte le Ministère emportant d’autres dossiers qu’il dépose chez lui.
A 15h50, il expédie des lettres épaisses depuis la poste de Montfort l’Amaury. Ces lettres seront remplacées par la fausse lettre posthume dont la famille affirme qu’elle n’a pu être écrite par l’ancien Ministre, un des destinataires se trouvant être M. Jacques Chaban-Delmas. On peut aujourd’hui révéler que jamais Robert Boulin n’aurait écrit au Maire de Bordeaux, celui-ci ayant été, avant son remariage avec Micheline Chavelet Moulonguet, très épris de Mme Colette Boulin au point de tenter de faire pression sur son père pour la faire divorcer. Cette circonstance affective, qui explique sans doute la bizarre attitude du couple Chaban le jour de l’enterrement, exclut donc tout à fait l’éventualité d’un message posthume.
A 15h55 a lieu la rencontre avec Alain Peyrefitte et Christain Bonnet qui semblent être venus sur les lieux en voiture de fonction et repartent aussitôt. A 16h arrivent Charles Bignon, Hermann Stromberg et Robert Fontanet. Le groupe rejoint alors Henri Tournet , son neveu et Patrice Blank. Il est 16h30, Ernest Siegrist arrive avec ses gardes du corps, un nommé Fred et un certain Kopp. Le groupe se sépare peu après 17h. Hermann Stromberg prétend que Robert Boulin serait déjà mort à ce moment là, tué par Fred et Kopp.
C’est peu vraisemblable. Ce qui l’est davantage, c’est que le Ministre ait été emmené par les allemands ou par une autre équipe dans un lieu encore inconnu. Peut-être la villa du Chesnay relativement proche. Il y est ligoté – ce qui explique les marques au poignet – et interrogé jusqu’à 19h. A ce moment, Guy Aubert, membre de son cabinet et héritier de Prisunic-Euromarché se présente au domicile du Ministre et déclare à Mme Boulin interloquée : « Robert est mort ». Puis il se saisit des dossiers déposés par Boulin et sort par la porte de service.
Matignon au courant
A 21h, Patrice Blank, un certain Roger Thiery et M° Alain Maillot, avocat, se rendent au domicile du Ministre. Quand ils quittent le Boulevard Maillot à 22h30, les fausses lettres posthumes ont été tapées et le ruban de la machine à écrire a disparu. Ces lettres ne seront pas postées à Montfort l’Amaury, mais seront acheminées par un service privé qui les remettra ensuite à la Poste.
A 23h, Bertrand Boulin et Eric Burgeat se rendent à l’Hôtel Matignon pour chercher du secours. Ils éprouvent l’impression que tout le monde est déjà au courant.
Dès la fin de l’après midi, la voiture du ministre a été déplacée. Elle porte des traces d’accident. Elle sera reconduite à l’Etang Rompu à 4h du matin. A 3h, un hélicoptère survole le site. On peut donc supposer que c’est à ce moment là que le cadavre est rapporté après avoir subi une toilette médicale sommaire effectuée par un praticien qui serait prêt à en témoigner.
Quels dossiers ?
On a tué Robert Boulin pour l’empêcher de se servir de plusieurs dossiers. Certains de ces dossiers ont été subtilisés par Guy Aubert qui tentera maladroitement de les négocier et les cédera finalement gratuitement.
Il s’agit des dossiers Elf Erap, Sécurité Sociale, Dassault et Arabie Saoudite. Mais il semble bien que d’autres dossiers aient existé. Certains selon Mme Boulin avaient été déposés en Suisse et y sont toujours conservés. Un autre avait été caché derrière le portrait de Mme Colette Boulin réalisé en 1970 par Pierre Simona. C’est ce qui explique la recommandation du ministre à ses enfants : « S’il m’arrive malheur, veillez bien sur votre mère qui est dans le salon ! »
Or, ce portrait a été dérobé dans l’appartement des Boulin, le jour de l’enterrement…
Ces Dossiers Qui ont Tué Robert Boulin
Que contenaient donc les fameux dossiers qui avaient été à la source de la conspiration ayant conduit au meurtre de Robert Boulin ? Certes, la famille du Ministre n’en a conservé aucune copie, mais sa fille et son gendre se souviennent parfaitement des mentions cotées sur les tranches des dossiers qu’il avait raportés à son domicile le matin de sa mort et qui ont été volés : Elf Erap, Sécurité sociale, Arabie Saoudite. Autant de mentions qui sont très parlantes pour les initiés. D’autant plus qu’en ce qui concerne le dossier Elf Erap est accolée la mention C.E.R, c’est à dire Compagnie Européenne de Recherches, cette société qui avait été fondée à Bruxelles par le Comte de Villegas, père des fameux « avions renifleurs »
Cette affaire, qui à notre avis n’est qu’une des pièces du puzzle, a été la cause de très importantes pertes pour la société Elf,
pertes ventilées sur le compte 636 « Etudes recherches et documentation technique » de cette firme et qui se sont élevées pour 1977 à 3,6 MFG, 126,4 MF pour 1978 et 198,5 MF en 1979.
Pour comprendre comment la combine des « avions renifleurs » a été montée, il convient de faire le portrait d’un personnage peu banal, l’avocat Jean Violet. Rappelons pour la petite histoire que Maurice Papon affirme qu’il se trouvait dans la voiture de ce dernier, rue du Faubourg Saint Denis, en compagnie de Jacques Chirac quand une discussion plutôt animée scella la rupture entre le futur Président de la République et l’ancien secrétaire général de la Préfecture de la Gironde.
Jean Violet qui fut le « go between » entre les « inventeurs » des avions renifleurs et la Société , avait appartenu à l’Action Française, puis au CSAR, à la Cagoule et au M.S.R. d’Eugène Deloncle. Il devint un familier des Services Spéciaux français à l’époque où ceux-ci étaient dirigés par le Général d’origine bordelaise Paul Grossin. Il y avait la charge de faire la jonction avec l’Opus Dei, ce mouvement religieux fondé en 1928 par Balaguer , et où se côtoyaient Conrad Adenauer, Franz Joseph Strauss, Guilio Andreotti, Antoine Pinay, Manuel Fraga Iribarne, Bernard Destrémeau, Philippe Malaud et le Ministre belge Van den Boeynants qui fut mêlé à de nombreux scandales. Toutes ces personnalités avaient des relations avec le banquier genevois Leclerc qui connaîtra également une fin tragique après la faillite de sa banque.
C’est en 1978 que les forages repérés par les « avions renifleurs » furent exécutés, Pierre Guillaumat étant responsable, à l’époque, de la Société pétrolière. On se rendit compte ensuite que les « avions renifleurs » n’étaient qu’une supercherie et que leur prétendu pouvoir de détection était, en fait, un simple et habile jeu de miroir destiné à troubler les images radar.
Naturellement, on songea à un financement politique concernant la Droite, d’autant plus que l’Opus Dei avait un représentant financier en France, le Banco Popular Espanol ,dont le siège était implanté 23 rue de l’Amiral d’Estaing à Paris où se trouvait également la Société Financière de France et des Pays d’Outre Mer (SOFFO) dont M. Edmond Giscard d’Estaing, père du Président ,détenait 52 % alors que le Banco Popular Espanol en détenait 35%.
Cette relation avec l’Opus Dei apparaît comme extrêmement troublante dans la mesure où un rapport des Renseignements Généraux a établi dès 1979 une connexion entre l’Affaire Boulin et l’Affaire De Broglie.
On sait aujourd’hui que, loin d’avoir été inspiré par un différent concernant le restaurant La Reine Pédauque, le meurtre du Prince de Broglie était en rapport avec la société espagnole MATESA qui exploitait un brevet français pour machines textiles sans navette. L’Espagne dotant à l’époque de fortes subventions les entreprises exportatrices, MATESA était parvenue à bénéficier de crédits frauduleux de l’ordre de 10 milliards de pesetas soit 700 MF.
Jean de Broglie avait, pour sa part, emprunté pour le compte de MATESA 60 millions de dollars au nom d’une société SODETEX, enregistrée au Luxembourg, dont les ayant droits étaient le banquier Leclerc de Genève, et Charles Bignon qui connaîtra ,peu après, lui aussi, une fin tragique, et auquel Robert Boulin avait demandé d’être présent à ses derniers rendez vous. Le montage financier était complexe, Jean de Broglie empruntant l’argent pour la Sodetex avec garantie d’une société Brelic SA domiciliée à Fribourg, dont les avoirs étaient rapatriés en espèces, puis viré au Luxembourg avant de couvrir des opérations d’exportation fictives au Pérou et au Panama. Les malheurs de SODETEX commencèrent le 30 juin 1969 avec un emprunt international de 5 millions de dollars. Le scandale éclaboussa les ministres phalangistes
Qui avaient couvert l’opération cautionnée par des garanties d’obligations à 10 et 12 ans, c’est à dire qui arrivaient à échéance au moment des principales morts suspectes de la fin de la période giscardienne. En Espagne, le scandale fut couvert par une opportune Loi d’amnistie offerte par Franco pour la célébration de ses 35 années de dictature. Jean de Broglie s’était engagé en 1974 à rembourser au mandataire liquidateur de MATESA la bagatelle de 12 MF, composée de 6 MF en liquidités, de 3,6 MF en compte courant, et de 150 000 dollars U.S. de commissions. A sa mort, seulement 340 000 F avaient effectivement été remboursés. Le reste devant l’être grâce à un système complexe de cautionnement sur de faux bons du Trésor français.
Mais ces deux dossiers, pour lourds qu’ils soient n’étaient pas les seuls à avoir pu avoir une quelconque influence dans le meurtre de Robert Boulin…
Traînait également dans les parages la personnalité ambiguë du pseudo Docteur Paul Nemegeyi, qui avait monté avec des complicités politiques un véritable racket sur la Sécurité Sociale.
Selon sa famille, c’est au moment où il fut Ministre de la Santé et celui où il fut Ministre délégué aux Finances, c’est à dire de 1969 à 1972 puis de 1977 à 1978, que Robert Boulin éprouva le plus grand dégoût sur les affairistes qui hantaient la politique française. C’est précisément à ce moment qu’apparut le « Docteur » Némégeyi, plusieurs fois radié de l’Ordre des Médecins, chaque fois réinscrit, ayant écopé d’interdictions d’exercer, de condamnations pour exercice illégal de la médecine, d’interdiction de réescompte la Banque de France, et de condamnation pour coups et blessures.
Né en 1929 en Roumanie, le « Docteur » Nemegeyi, aujourd’hui décédé, avait été naturalisé français en 1949 à la suite de son mariage avec une avocate du Mans dont il avait eu deux enfants. Il demeurait Villa Said à Paris et avait ses bureaux avenue Foch. Des bureaux fréquentés notamment par Pierre de Varga, financier proche du SAC, intime du Prince de Broglie, qu’on accusera d’avoir commandité l’ assassinat de ce dernier.
C’est en 1985 que la CGT découvrit l’escroquerie montée entre 1975 et 1977 par le « Docteur Nemegeyi » au détriment de la Sécurité Sociale. Cinq cliniques Passy, Pierrfitte, Villeneuve la Garenne et Paris Victor Hugo avaient été rachetées ainsi que le centre d’Hospitalisation à domicile de Bagnolet. Le Docteur revendit cinq fois ces cliniques à des associations qu’il contrôlait. Il obtint alors que ces établissements soient conventionnés grâce à des complicités à l’intérieur de la CRAMIF (Caisse d’Ile de France). Surfacturation, ambulances roulant trente heures dans la même journée, etc, etc… Ces escroqueries lui rapportèrent en peu de temps 100 MF sans parler des prestations fictives opérées par des sociétés qui ne l’étaient pas moins, toutes contrôlées par Paul Nemégeyi. Robert Boulin découvrira, entre autres, que 33 MF avaient été offerts au faux médecin par la Sécu pour racheter un centre hospitalier de la Seine Saint Denis, autant opérations servant naturellement à masquer de nombreux financements politiques.
Mais ces différents scandales n’étaient pas les seuls à révolter Robert Boulin…
Ces Dossiers Pour Lesquels Robert
Boulin a été Assassiné
Longtemps, le pouvoir s’évertua, comme après la mort de Jean de Broglie, à laisser planer le voile du doute sur les légèretés qui auraient pu entraîner Robert Boulin vers une fin prématurée.
Si on ne pouvait lui imputer comme au Prince déchu la fréquentation des travestis du Bois de Boulogne et les chèques en blanc concédés aux dames de petite vertu, c’est sa famille, murmurait-on, qui n’avait pas toujours été sans reproche. Mme Boulin, disait -on écrivait beaucoup, et avait beaucoup trop écrit à Tournet. Elle s’était, en outre, glissée dans toutes les commissions scientifiques dépendant du ministère de la Santé et patronnait les manifestations de la Ligue pour la santé dentaire dès l’enfance qui militait pour l’application régulière d’un gel fluoré. Un gel fabriqué par le Laboratoire Goupil avec lequel Mme Boulin aurait entretenu les meilleures relations. Alain Peyrefitte accablait régulièrement Bertrand Boulin qu’il accusait d’avoir publié aux Editions Stock une « Charte des enfants » avec Jean-Michel Desjeunes et Philippe Alfonsi, ouvrage qui prônait l’amour à treize ans, la suppression de la brigade des mineurs et la tolérance de certaines déviations. Que n’insinua-t-on pas quand Jean- Michel Desjeunes se suicida en se défenestrant ! Mais tous ces ragots qui atteignaient parfois les plus hautes sphères du Gouvernement, à commencer par Raymond Barre, Pierre Messmer et Maurice Couve de Murville n’avaient bien entendu rien à voir avec les mobiles du meurtre de Robert Boulin qui étaient bel et bien le combat qu’il avait entamé contre les multiples éléments de la grande corruption politique , une corruption qui a, certes, toujours existé, mais qui a pris un caractère hautement crapuleux en Europe quand en 1978, l’Italie a été ébranlée par l’enlèvement et l’assassinat d’Aldo Moro, assassinat rendu nécessaire par la découverte du témoignage qu’il avait eu l’imprudence de rédiger en captivité et dans lequel il dénonçait les liens entre la démocratie chrétienne et la mafia.
Le fabuleux contrat des sables

Parmi les dossiers que Robert Boulin avait ramené chez lui et qui lui furent dérobés figurait un dossier : Dassault, Armes, Arabie Saoudite . Il s’agit d’un dossier qu’il faut replacer dans le contexte des turbulences que traversait à l’époque la Société Marcel Dassault. On se souvient qu’en 1976, le chef comptable de Dassault, Hervé de Vathaire, originaire de Verdelais, fut poursuivi pour avoir soustrait 8 MF. Il se tira de ce guêpier en faisant état de documents explosifs prouvant que son patron avait détourné des subventions, et opéré des déclarations frauduleuses aboutissant à un allégement fiscal de l’ordre de 1,5 milliard de F. Des assertions pas tellement erronées puisque Dassault retira sa plainte, tout en parvenant à placer un de ses principaux collaborateurs, l’Ingénieur Général Hugues de l’Estoile ,au poste de directeur des affaires internationales au Ministère de la Défense, boustant ainsi la France au 2° rang mondial des marchands d’armements.
Hugues de l’Estoile, qui s’est éteint en 1993 à l’age de 62 ans, avait longtemps séjourné à Agen où sa mère possédait l’Hôtel Hutot de Latour. Cet amateur de rugby parviendra entre 1978 et 1990 à réaliser 110 milliards de F de chiffre d’affaires pour Dassault en aidant à recycler en Occident l’argent du pétrole et à traiter en parallèle des affaires atomiques.
C’est ainsi qu’il livrera à Israël des pièces détachées de Mirage 5 pour plusieurs dizaines d’avions censés n’avoir jamais été vendus, qu’il négociera en 1973 un très gros contrat pétrolier avec l’Arabie Saoudite et qu’en 1974, quand Jacques Chirac accèdera à Matignon, il deviendra Directeur Général de l’Industrie avec tutelle sur le secteur nucléaire. Dassault le récupérera en 1977 comme chargé des Affaires Internationales.

Ce qui permettra en 1988 à Edouard Balladur de s’attribuer la réactualisation d’un accord de coopération économique avec l’Arabie Saoudite, accord vieux de treize ans, qui faisait suite aux gigantesques commandes de 1980 (11 milliards de F) et de 1983 (30 milliards). Il faut savoir qu’avant 1981, la moitié du pétrole français provenait d’Arabie Saoudite à la suite du contrat négocié par Michel Jobert en 1974 et qui sera mal renégocié en 1982, laissant le champ libre aux prérogatives britanniques.
Naturellement, tous ces contrats avaient généré de gigantesques commissions partagées en savoureuses rétro commissions, opérations parfaitement habituelles, licites et reconnues tels que l’attestent les deux documents que nous publions plus haut, et ci-dessus, l’un émanant de l’Office général de l’air et l’autre de la Coface qui assura les exportations de ces matériels militaires.
La Maroc Connexion
Des reporters de Golias qui disposaient, sans doute, d’informations, estiment que M. Charles Pasqua aurait pris une part prépondérante dans le partage de responsabilités ayant abouti à la mort de Robert Boulin. Aucun dossier concernant Charles Pasqua n’a été retrouvé au domicile du défunt, mais on peut considérer que son départ de l’UDR, peu avant la mort de Boulin et sa réintégration immédiatement après jètent un léger doute sur sa participation, d’autant plus que le prétexte invoqué pour son éviction du parti gaulliste prête à sourire : « bourrage des urnes ». Quand on sait à quels trafics tous les partis, sans exception, se livrent, pour faire croire qu’ils ont encore des militants, le propos est effectivement divertissant.
Il est certain qu’au moment de la mort de Robert Boulin, M. Pasqua était particulièrement en délicatesse avec le système. Critiquant ouvertement Jacques Foccart dès 1969, Charles Pasqua avait été élu conseiller général des Hauts de Seine en 1970 et Président de ce département en 1973. Il admet d’ailleurs aujourd’hui sans vergogne que sa fortune date des années 70, c’est à dire du moment de l’éclatement des services secrets français en services orthodoxe et en « Base Bison » dont relevait son ami Jean Charles Marchiani. C’est un ami de ce dernier, Roger Delouette, qui sera arrêté aux Etats Unis et avouera que pour financer certaines actions, les Services secrets français avaient recours, comme d’ailleurs leurs homologues américains, au trafic de drogue. « Les livraisons d’héroïne s’effectuaient pour le compte du Colonel Fournier, chef de la Base Paris Invalides», attestera Delouette. Cette affirmation sera confortée par d’autres informations révélant que l’argent provenant d’un trafic de diamants organisé en Centrafrique était réinvesti dans un commerce d’héroïne destinée à la clientèle américaine.
Après le démantèlement de cette filière, les mêmes intervenants seront accusés d’avoir transporté leur petite industrie au Maroc où elle aurait perduré jusqu’aux révélations dans la presse espagnole de l’opposant marocain Abdelmoumen Diouri sur les trafics opérés au départ de son pays par l’ancien directeur de cabinet de Christian Nucci, Yves Chalier, devenu, on le sait, proche de Charles Pasqua. La famille Boulin croit effectivement à une certaine part de responsabilité de l’ancien Ministre de l’Intérieur. Nous n’estimons pas, en ce qui nous concerne, qu’elle soit essentielle même si les menaces proférées peu après l’enterrement du Ministre à la famille par le Directeur de Cabinet de Raymond Barre, Philippe Mestre, au nom de la DGSE dont il espérait être nommé directeur sont assez troublantes.
Affaires atomiques et crédit de l’Etat
Il nous apparaît, en revanche, qu’aucun des dossiers entraperçus par la famille le jour de la mort du Ministre, n’a pu en être la cause déterminante du meurtre, même si chacune de ces affaires qu’il voulait dénoncer a pu participer à son rang au ras le bol qui a entraîné la décision.
Si l’on part du principe, comme la même indemnité (de 30MF) offerte aux veuves de Robert Boulin, Jean de Broglie et Robert Fontanet le suggère, que ces trois morts suspectes sont liées, il faut aller chercher ailleurs les mobiles du crime.
En ce qui concerne Robert Fontanet, qui n’est pas mort du carton fou d’un automobiliste irascible comme on a tenté de nous le faire croire, il est probable que son décès a un rapport avec l’entrée frauduleuse en France de 17 milliards de DM provenant de la faillite d’une société de construction allemande Neu Heimat International, dépendant du syndicat IG Metal. Nos confrères du Spiegel ont démontré que ces sommes avaient transité par une société de droit néerlandais , EPG, appartenant à Adnam Khashoggi, pour atterrir sur les comptes d’une société française qu’il contrôlait également, MANERA SA. Le tout ayant un rapport direct avec la SODEREC dont l’infortuné Robert Fontanet fut nommé Directeur Général le 14 décembre 1978.
En ce qui concerne la mort de Jean de Broglie, on frôle encore le personnage d’Adnan Khashoggi que le Prince connaissait bien et grâce auquel il avait négocié pour la France en 1975 un prêt de huit milliards de f auprès du Roi Fahd d’Arabie Saoudite. 8 milliards comprenant des constructions de logements, des lignes de chemins de fer, de routes, une usine de montage de Mirage implantée en Egypte et la commande du système de protection radar de l’espace aérien saoudien ainsi que le projet de la construction de deux centrales nucléaires.
Les emprunts saoudiens ne suffisant pas, l’Etat français se livrait, dans le même temps, à diverses acrobaties budgétaires : reprise de 1674 millions de F de rente Pinay représentant en 1980 une plus value de 11 milliards, emprunt à 7 % indexé sur l’or en 1973 qui, en 1980, à son échéance, verra ses 6,5 milliards de départ multipliés par.. 8,8.
Il est cependant désormais prouvé que la mort de Jean de Broglie est directement liée à un fait divers qui s’est produit en novembre 1972 devant le 24 de la rue Chauchat dans le IX° arrondissement de Paris. C’est à cette adresse que furent imprimées 212 millions de F d’obligations de 1000 F au porteur pour le compte de la Société de développement régional de l’Ouest de la France.
Sous prétexte de « risque d’erreur », 120 millions de ces bons furent imprimés en double exemplaire puis la moitié fut, officiellement, destinée au pilon. Elle fut, en fait, opportunément soustraite au chauffeur chargé de les convoyer et remise dans le circuit pour servir à des financements politiques organisés par Pierre de Varga chez qui certains de ces bons furent retrouvés. Des financements politiques auxquels Jean de Broglie n’était pas étranger.
De l’Arabie Saoudite à l’Iran
Or, en décembre 1974, M. Jacques Chirac avait négocié lors d’un voyage officiel à Téhéran avec le Shah d’Iran un contrat de 35 milliards de f portant notamment sur la construction d’un métro, d’une usine d’aciers spéciaux, d’un aéroport, de logements, d’hôpitaux,, de lignes téléphoniques, toutes commandes pour lesquelles « L’Iran s’engageait à déposer dans les banques françaises un cautionnement de 5 milliards de F et à acheter 400 millions de F d’obligations de l’Etat français ». Ce contrat n’avait rien à voir avec le fameux contrat Eurodif pour lequel la France avait reçu par ailleurs 1 milliard de dollars et qui fut concrétisé au mois d’octobre 1977 par un contrat, combustible nucléaire compris ,de 3 milliards de dollars.
On comprend mal, dans ce contexte, pourquoi le Shah se serait engagé à prendre 400 millions d’obligations , si ces obligations ne représentaient pas le montant des retro commissions que la Frane exigeait. D’autant plus que 5 milliards placés à 8 %, taux en vigueur à l’époque, font 400 MF, ce qui semblerait indiquer que l’achat des obligations d’état a été fait non en sus du cautionnement, mais grâce à la rémunération de celui-ci. Or, jamais dans les contentieux ultèrieurs, il ne fut question, par la suite de ces obligations. A qui avaient-elles été distribuées ? Selon quelle clef de répartition ? Avaient-elles été émises en exemplaire unique ou avaient-elles été émises en double en cas de « risque d’erreur », ce qui aurait permis leur double cautionnement ? Voilà des questions auxquelles seul le Ministre des Finances en poste à l’époque aurait pu répondre. Un Ministre qui s’appelait Robert Boulin…
Au terme de cette complexe enquête, nous avons exploré de multiples pistes et ouvert de nombreuses portes. Nous estimons avoir fait, avec un certain courage, notre travail d’investigateur. Un courage que n’on pas eu, à l’exception de M° René Boyer, les avocats les plus célèbres: M° Maillot auquel on aurait volé les dossiers, M° Badinter qui les aurait perdu, M° Vergès qui les aurait échangé contre l’amnistie des Brigades Rouges. Pour autant, nous ne saurions nous substituer à la Justice dont nous espérons, après tout ce qui a été dit, qu’elle ne se contentera plus de témoignages approximatifs, de vérités tronquées, de versions expurgées au nom de ce qu’on appelle les secrets d’Etat et qui ne sont, en fait, que les volets divers de l’ample comédie de la crapulerie politique.
UNE ENQUÊTE DE PATRICE-JACQUES (Archives
personnelles)
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(PARTIE N°2)
RAPPEL DES FAITS: RAMATUELLE
Tout Commence à Barsac
Comme nous l’avons écrit , nous allons raconter en détail les différentes manipulations politiques puis judiciaires qui ont permis d’abattre Robert Boulin et de maquiller ce crime en suicide.
La manipulation judiciaire qui devait interdire au député maire de Libourne de devenir Premier Ministre de Valéry Giscard d’Estaing deux ans avant l’échéance de 1981 a mis en lumière plusieurs personnages dont le nom est certes connu du grand public mais dont l’itinéraire est souvent resté plus obscur. Au premier rang de ceux-ci, M. Henri Tournet, souvent qualifié dans la presse ” d’affairiste “, et qui fut mis, en quelques sorte, sur les pas de Robert Boulin par son meilleur ami et associé : Jacques Foccart.
L’intimité de Robert Boulin et d’Henri Tournet semble débuter par hasard. Un jour, dans l’escalier de l’immeuble qu’elle habite rue Rémusat dans le XVI° arrondissement de Paris, l’épouse du ministre, Mme Colette Boulin, croise une amie d’enfance, originaire comme elle de Barsac, Monique Guix de Pinos qui lui apprend qu’elle vient d’emménager dans le même immeuble avec son second mari Henri Tournet. Peu avant sa mort, Mme Tournet avouera à Mme Boulin que ce déménagement fortuit n’était qu’une supercherie et que c’est sur l’ordre de Jacques Foccart que les Tournet avaient pris en main les Boulin. Il convient de s’arrêter un instant sur la famille de Pinos. Le grand père de Monique n’est autre que le négociant Georges Bert qui fut, avant guerre, membre de l’Action Française. La fréquentation politique assidue du Marquis de Lur Saluces, lui même intime de la Duchesse de Guise, égérie de Maurras, lui permet de marier ses filles dans la noblesse. Melle Bert épouse donc un Grand d’Espagne de Première Classe dont elle a plusieurs enfants : Bertrand de Pinos, héros de l’Affaire des Vins de Bordeaux, Jacqueline Servan Schreiber, connue à la télévision sous le nom de Jacqueline Barsac, et Monique qui épouse en premières noces le Comte de la Mire- Mory avant de devenir après son veuvage l’épouse d’Henry Tournet.
Un gaulliste de l’Organisation Todt
C’est peu dire que ce dernier est familier de Jacques Foccart . Le personnage le plus secret de la 5° République, Jacques Koch ,qui changera de patronyme en Foccart par décret du 17 juin 1952, est alsacien et non juif comme certains biographes peu scrupuleux le prétendent. Descendant ” naturel ” d’un Prince de Monaco, il n’est pas seulement l’homme des affaires ” vulgaires et subalternes ” dépeintes par le Général au moment de l’Affaire Ben Barka. Né dans la Mayenne en 1913, Foccart est aussi un grand ” béké ” de la Guadeloupe. Ses possessions de l’Habitation Saint Charles à Gourbeyre, la ville de Lucette Michaux-Chevry, lui donneront très tôt le goût de l’Outre-Mer . Il rencontre Henri Tournet à Nancy, lors de son service militaire à la 17 ° compagnie de l’air le 20 octobre 1934 . Après leur démobilisation, les deux hommes se revoient fréquemment. En 1939, ils sont mobilisés à Chanzy sur Marne et démobilisés en août 1940, à Tarbes, pour Tournet et à Agen pour Koch-Foccart.
Dès lors, ils habiteront ensemble avenue Kleber, puis, mandatés par la Société des Transports Citroën, s’associeront pour exploiter une coupe de bois de 40 ha à Ranes en Normandie. La société fondée par les deux acolytes prospère car un troisième comparse, Georges Desprez , les introduit auprès de l’Organisation Todt. En 1943, après l’incendie criminel de leurs installations, Koch-Foccart et Tournet sont suspectés par les allemands d’escroquerie .Tournet prétendra par la suite qu’il a sorti Foccart de ce guêpier en proposant aux allemands de le libérer sous caution. Les historiens qui ont étudié les rapports de la Gestapo apprécieront comme il convient ce passage rocambolesque. Toujours est-il qu’une caution d’un million de francs est bel et bien versée le 23 août 1943 à la Feldgendarmerie de Saint Malo et que peu après Jacques Foccart monte son réseau de résistance dans le cadre du Plan Tortue pour le compte du BCRA.
De la Résistance au Renseignement
En 1945, sous la direction de Jacques Chaban-Delmas et du Capitaine Aussaresse (le futur Général de a Bataille d’Alger), Tournet et Koch-Foccart se retrouvent à la DGER, nouvelle appellation du 2° Bureau.
Leur amitié ne cessera jamais jusqu’à l’affaire Boulin, Jacques Foccart allant même jusqu’à associer Tournet à ses propres affaires, une entreprise d’import-export qu’il détient en nom propre au coin de la rue Scribe et de l’avenue de l’Opéra, à l’enseigne de la SAFIEX.
Tournet n’est donc nullement le traîne savate qu’on prétend. Chef de cabinet de Jean Monnet à Washington, resté très proche de Jacques Chaban-Delmas, il évolue entre Ursula Andress et le marchand de tableaux Fernand Legros. Il met au service des services de renseignement français ses innombrables relations aux USA, en Suisse, à Hong-Kong où il a également des intérêts. Il est clair que son intimité avec Jacques Foccart sera mise à contribution pour le financement des fameux ” réseaux africains ” et du S. A.C dont on sait à peu près aujourd’hui comment ils fonctionnaient financièrement : d’une part, pour l’intérieur, grâce à de fausses traites émises par des sociétés fantôme et faussement garanties par des firmes très solides , d’autre part, pour l’extérieur, grâce, entre autres, à un trafic d’or entre la Suisse et l’Inde via le Golfe Persique. A noter qu’on trouve comme tête de pont de ce trafic la Discount Bank Inc. formée de l’ancienne banque Recanati ou Banque du Sentier que l’on reverra dans l’affaire Pechiney. La Discount Bank achète de l’or en Suisse, le livre par passeurs au bureau de la First National City Bank à Dubai qui l’envoie en Inde où il est vendu. L’argent est transféré à Genève et rentre en France grâce à des firmes amies qui sous-facturent leurs exportations et surfacturent leurs importations.
Pour quelques arpents à Ramatuelle
Cette proximité des allées du pouvoir qu’il emprunta lui- même fréquemment rend Henri Tournet,
si ce n’est incontournable, du moins hautement fréquentable. C’est donc sans méfiance que Robert Boulin accède en juillet 1974 au désir de son épouse et se rend propriétaire d’un terrain de deux hectares à Ramatuelle.
Ce terrain, c’est le piège qu’on vient de lui tendre et qui peut, à tout moment, se refermer sur lui.
A ce point du récit, il n’est pas sans intérêt de rappeler que Valéry Giscard d’Estaing a été élu Président de la République en mai 1974. Robert Boulin l’a fort bien connu, occupant les fonctions de Secrétaire d’Etat au Budget pendant que V.G.E. était Ministre des Finances dans le Gouvernement Chaban- Delmas. ” Au départ, confie Robert Boulin, nos relations n’ont pas été bonnes. On lui avait dit que j’étais une sorte d’espion de l’UNR chargé d’enfoncer un coin dans V.G.E.. Il éprouvait une sorte de méfiance à mon égard qui n’avait pas de fondement sérieux. La conception qu’il avait de mon rôle était d’inaugurer les foires internationales. Il a d’abord voulu que j’ai un directeur de cabinet un peu terne, puis nos rapports se sont tendus . Ils se sont compliqués à la recherche d’un bureau pour moi… “.
Néanmoins, quand Jacques Chirac se fait élire à la tête du mouvement gaulliste, le 14 décembre 1974, Robert Boulin en démissionne avec Olivier Guichard et Antoine Rufenacht. Ses rapports ne cesseront d’être tendus avec un certain Charles Pasqua.
Un notaire radié
L’achat du Domaine du Val de Bois à Ramatuelle se produit donc sur fond d’éclatement de la sensibilité gaulliste.
Cette propriété, acquise dans l’étude du notaire de Grimaud le 18 juillet 1974 pour le prix avantageux de 40 000 F est aujourd’hui encore la propriété de la famille Boulin . La Justice a finalement reconnu son innocence dans cette médiocre affaire. Il s’agit d’ une parcelle détachée d’un ensemble de 36 ha non constructibles appartenant à Henri
Tournet devenu pour l’heure promoteur immobilier.
Quand Robert Boulin achète la parcelle, il ignore que le domaine a déjà fait l’objet de deux transactions en 1973 et qu’il a été vendu par Tournet à des hommes d’affaire normands qui ont réglé au notaire de Pont Hébert (Manche) 200 millions de centimes. Ce notaire, qui sera radié a ” négligé ” de faire enregistrer la transaction au Bureau des Hypothèques de Draguignan. Ce qui permet à Tournet le 1° février 1974 de revendre les parcelles du Val de Bois déjà vendues aux normands à une société Holitour domiciliée au Liechtenstein qu’il a lui même fondée en 1962 et dont il est l’ayant droit économique ! Le 6 mai 1974, Robert Boulin s’enquiert auprès du Préfet du Var de la constructibilité des terrains. Le Préfet certifie que la construction d’une maison basse de 185 m2 est conforme au coefficient d’occupation des sols. Tout serait au mieux dans le meilleur des sites balnéaires si la DDE du Var en octroyant le permis le 28 novembre 1974 n’y mettait une condition restrictive : que la distance entre la maison et les limites de la propriété ne soit jamais inférieure à 30 M.
Des parcelles échangées

L’architecte objecte que cette condition lui interdit de réaliser le plan qu’il a dessiné. L’obligeant voisin Holitour, qui n’est autre que Tournet, accepte de faire un échange de parcelle. Ce qui est fait dans les règles ,devant notaire, le 9 décembre. C’est alors qu’un notaire de Caen se réveille et écrit à son confrère de Grimaud que les deux actes qui viennent d’être signés en son étude sont nuls, la société Holitour n’ayant aucun droit sur les terrains qui appartiennent à ses clients normands.
Le 26 août 1974, le notaire de Grimaud écrit à Robert Boulin qui demande qu’une plainte soit déposée auprès de la Chambre des Notaires. En avril 1975, la Chambre des Notaires dépose à son tour une plainte devant le Procureur de Coutances. L’affaire est confiée au SRPJ de Rouen qui la laisse dormir pendant quatre ans. Jusqu’à ce que le 7 mars 1979, un arrêt de la Chambre d’Accusation de la Cour d’Appel de Caen dessaisisse le juge sommeilleux de Coutances et confie l’affaire à un jeune magistrat talentueux, un certain Renaud Van Ruymbecke…
Le Meurtre de Robert Boulin :
Un Certain Renaud Van Ruymbecke
En 1996, la star des juges d’instruction français, le Conseiller Renaud Van Ruymbecke lançait
en compagnie de cinq autres magistrats européens l’Appel de Genève. Il s’agissait, dans le cadre du nouvel espace judiciaire de créer une sorte d’union sacrée des magistrats permettant de pourchasser la corruption politique d’un bout à l’autre du monde. L’Italien Di Pietro, le suisse Bertosa, l’espagnol Balthazar Garzon, décidaient de traquer l’argent sale des Bahamas aux Iles Vanuatu, du Liechtenstein à Saint Martin en passant par Jersey, Singapour et l’Ile de Mann.
Six ans plus tard, la plupart des « Opérations Mains propres » ont été classées par l’autorité judiciaire. Silvio Berlusconi gouverne l’Italie, Jacques Chirac est à l’Elysée. Le Roi d’Espagne, un moment soupçonné de prise illégale d’intérêt dans une partie connexe de l’Affaire Roldan, est toujours sur son trône. Robert Hue a bénéficié d’un non lieu. Alain Carignon , Jacques Mellick et Henri Emmanuelli sont retournés à la vie politique. Charles Pasqua n’a jamais été sérieusement inquiété. Bernard Tapie scintille sur les écrans…. Avec un certain désappointement, le Conseiller Van Ruymbecke
observe que « le phénomène de l’argent sale s’amplifie et que cela va beaucoup plus vite que les progrès de la coopération judiciaire.
Aujourd’hui, 50 % des flux financiers passent par des paradis fiscaux. » En d’autres termes, le système a fait sien la fameuse réplique de Tichadel à Rousseau : « Arrête que je te continue… »
Il arrive cependant que l’ardeur justicière de certains magistrats fassent des victimes. Le Président Bez, Roger-Patrice Pelat, les frères Saincené, M. Yves Laurent, Maire de Saint Sébastien sur Loire impliqué dans le système des financements Léo Lagrange et qui comptait, pour son malheur dans son conseil municipal un des membres éminents de l’Administration du Trésor, M ; Jean-Pascal Beauffret, par ailleurs époux de Frédérique Bredin, ont succombé soit à un infarctus, soit à un désespoir dont la soudaineté et la violence ont pu laisser perplexe.
La première de ces « victimes » fut probablement M. Robert Boulin , jeté sciemment en pâture à une certaine forme d’inquisition judiciaire.
Des juges soi-disant indépendants.
Il semble bien que le dessaisissement du premier juge d’instruction de Coutances et son remplacement par Renaud Van Ruymbecke ne doive rien au hasard, mais ait été diligenté par le propre Garde des Sceaux de l’époque M. Alain Peyrefitte. En privé, celui-ci confiera « J’en avais assez de régler les affaires du fils, j’ai laissé le père se débrouiller », faisant allusion à certaines difficultés rencontrées par Bertrand Boulin à la tête d’une association anti-drogue que certains prétendront être une émanation du S.A.C. et à sa volonté délibérée de ne jamais intervenir dans l’instruction de Ramatuelle. D’ailleurs, le ministre n’en avait pas besoin , voici pourquoi.
En 1977, frais émoulu de l’Ecole de la Magistrature de Bordeaux, Renaud Van Ruymbecke, 25 ans, est nommé Juge d’instruction à Caen. C’est dans ses mains, par un heureux hasard, que tombe le dossier de Ramatuelle dont le juge de Coutances vient d’être dessaisi. Renaud Van Ruymbecke est-il « Un juge ambitieux, haineux de la société, considérant à priori un ministre comme un prévaricateur » comme l’écrira Robert Boulin ? Il est en tout cas, déjà, pugnace, coriace, tenace, et surtout un habile procédurier, un homme à la volonté inébranlable, un juriste retors, mais surtout un magistrat qui n’aurait jamais du être chargé du dossier, son père ayant été un des collaborateurs de Robert Boulin au Ministère de l’Agriculture.
« Une affaire de corne-cul » disait Robert Boulin en évoquant les quelques arpents de Ramatuelle . « On ne se suicide pas pour 40 000 F » renchérira Mme Boulin. Le Juge se rendra compte, mais un peu tard, du moins le confessera-t-il à la famille, qu’il a employé dans ce médiocre dossier la technique du pavé de l’ours. La famille Boulin affirme que le Juge Van Ruymbecke, « Vroum » pour ses familiers, lui aurait fait part de ses regrets après la mort du Ministre, affirmant que les pressions exercées sur Robert Boulin étaient destinées à faire tomber Henri Tournet. Mais Henri Tournet coule encore des jours heureux à Ibiza et Robert Boulin a été assassiné….
En d’autres termes, Renaud Van Ruymbecke doit conserver un souvenir particulièrement amer de cette première affaire où, croyant diriger le dossier, il s’est, en fait laissé manipuler comme un bleu par sa hiérarchie.
Notre ami Doumeng
Pour mieux comprendre la personnalité de ce magistrat vedette, il faut remonter à ses origines. A cet égard, la biographie de son père André Van Ruymbecke peut fournir quelques clefs.
Né en 1921 en Suisse, André Van Ruymbecke est un des premiers à avoir intégré l’Ecole Nationale d’Administration fondée par Michel Debré après la guerre. Il se trouve dans la promotion 1946-1947 en compagnie de Michel Jobert et de Michel Poniatowski. Destiné à entrer dans la carrière et à devenir ambassadeur, M. Van Ruymbecke est écarté du Quai d’Orsay pour ses opinions politiques ; il ne fait pas mystère, en effet, d’avoir combattu dans les rangs des F.T.P. Certains l’accusent même de « progressisme » et de « crypto communisme », deux sobriquets qu’il ne fait pas bon mériter en ces temps de guerre froide.
André Van Ruymbecke se retrouvera donc à la Direction des relations économiques extérieures grâce à la protection d’un ministre du Général de Gaulle qui était son ami : François Xavier Ortoli. A la DREE, M. Van Ruymbecke fut chargé des questions agricoles et intégra ensuite le ministère de l’agriculture dont les titulaires furent successivement à l’époque Edgar Faure et Robert Boulin. Le Conseiller Van Ruymbecke se plaira d’ailleurs à souligner que les relations de son père et du ministre étaient plutôt bonnes. Ce n’est donc pas dans cette direction qu’il faut chercher des raisons d’une sévérité qui, bien qu’elle lui soit native, a incontestablement, en l’espèce, dépassé des espérances car, pour imprescriptibles que soient encore les abus de bien sociaux, le soupçon de ceux-ci n’a jamais été puni de mort !
C’est plutôt dans les rapports personnels de Renaud Van Ruymbecke et de son père que l’on pourrait trouver une explication au comportement du magistrat. M. André Van Ruymbecke devint, en effet, directeur du FORMA (Fonds d’orientation et de régularisation des marchés agricoles) et entretint à ce titre les meilleures relations avec M. Jean-Baptiste Doumeng, ce « milliardaire rouge » comme il aimait à se définir lui même, qui fit fortune dans les exportations subventionnées vers les Pays de l’Est. A plusieurs reprises, des informations concordantes citèrent M. Van Ruymbecke parmi les financiers occultes du P.C
D’ailleurs, son ami Jean-Baptiste Doumeng, lui aussi ancien FTP, ne cacha jamais les excellentes relations qu’il conservait avec le Parti Communiste Français et l’aide efficace qu’il apporta à ses camarades au titre des financements occultes.
De la Banque de l’Europe du Nord à l’Opération « Mains propres »
Dans un ouvrage non traduit en français, mais que le Conseiller Van Ruymbecke ne peut avoir lu sans un certain déplaisir : « Ricordati da lontano », le héros de l’Affaire Paretti, Florio Fiorini, membre éminent de la Loge P 2, alors emprisonné en Suisse et craignant pour sa vie, raconte comment Jean Baptiste Doumeng participait avec lui à une sorte de poker sur les matières premières afin de devenir et de rester un des maîtres du monde. Participaient à ces petites séances un représentant français de Renault Véhicules Industriels qui ne fut jamais inquiété, un représentant de la banque d’état soviétique qui agiotait sur le gold( minerai d’or), Florio Fiorini qui représentait l’Office National des Pétroles Italiens (E.N.I.), Jean-Baptiste Doumeng qui avait la maîtrise sur les céréales, mais s’intéressait aussi au pétrole, via l’E.N.I., et le Raul Gardini, alias « Le Maure de Venise », du nom de son célèbre bateau qui avait la maîtrise sur les semences et les engrais en tant que P.D.G. de Monsanto. A la lecture de ce texte édifiant, on apprend que le tiers monde était tout entier placé sous la coupe de ces quelques financiers capables de susciter quand bon leur semblait famines et révolutions pour leurs plus grands bénéfices. Inutile de rappeler que tout cela se termina par le suicide de M. Gardini et l’opération « Mains propres » menée en Italie par l’ami de Renaud Van Ruymbecke, le Juge Di Pietro.
Au début des années 70, M. André Van Ruymbecke devint le patron de l’Union Laitière de Normandie (U.L.N.),
une très puissante coopérative qui collectait le lait, regroupait les producteurs et exportait en faisant jouer le mécanisme des fameux montants compensatoires. Il fut décoré de la rosette d’officier de la Légion d’Honneur dans les salons du Restaurant Ledoyen par… M. Michel Poniatowski. Il acheta à peu près au même moment une très jolie propriété datant, pour partie du XIII° siècle, le Château de Sainte Marie à Agneaux dans la Manche, qu’il eut la chance d’acquérir pour une somme très modique : 70 000F. Le bâtiment, comme le château de Bity, acheté à peu près à la même époque par le couple Chirac était en mauvais état. M. Van Ruymbecke prit donc le même parti que le futur Président de la République : il le fit restaurer pour 350 000 F de travaux après avoir pris la précaution de la faire inscrire à l’Inventaire supplémentaires des Monuments Historiques.
M. Van Ruymbecke demeura à la tête de l’ULN jusqu’en 1983. Après son départ, en délicatesse avec le Crédit Agricole et la Confédération Agricole de la Manche qui portera plainte pour abus biens sociaux, l’Union Laitière de Normandie affichera un déficit de plusieurs milliards de francs. Jamais visé par ces procédures, M. Van Ruymbecke créera la société VR conseil dont la gérance était assurée par son épouse, mère de Renaud Van Ruymbecke. A la mort de celle ci, le château en indivision sera évolué 1 MF, puis vendu en 1986 . M. Van Ruymbecke s’installera alors à La Croix Valmer et se fera élire au conseil municipal de Cogolin, dans cette presqu’île de Saint Tropez qui avait porté malheur à Robert Boulin, son voisin.
Le Meurtre de Robert Boulin : Un Piège
Bien Ficelé
Persuadé qu’il est un juge libre dans un pays libre où les pouvoirs sont indépendants comme
Montesquieu l’a prôné et comme l’ont reconnu les immortels principes de 1789, Renaud Van Ruymbecke va donc donner comme un béjaune dans tous les leurres tendus par le Garde des Sceaux.
Dès qu’il reprend le dossier, V. R. attaque Henri Tournet, bille en tête. Ce dernier réagit en adressant à Robert Boulin une lettre de menaces le 27 février 1979 . ” J’ai des lettres de toi, écrit Tournet. J’ai agi par amitié à ton égard, exactement comme pour un certain soutien et financement. Je suis prêt à te conserver mon amitié si tu me prouves la tienne de façon concrète et non verbale “. Une Loi récente permettant aux Juges d’Instruction de se transporter hors de leur territoire, le Juge Van Ruymbecke perquisitionne le 11 juin chez Tournet à Neuilly.
Une faute de procédure
Sans avertir le procureur territorialement compétent, ” Vroum ” sort Tournet tout dégoulinant de son bain et fouille méthodiquement l’appartement, emportant des centaines de lettres, actes et documents. La perquisition achevée, Van Ruymbecke, alors qu’il n’a pas toujours demandé de mandat de dépôt au Procureur de Nanterre, ordonne au Commissaire de Neuilly de placer Tournet en garde à vue dans ses locaux. Le policier hésite car Tournet le prend de très haut, rappelle qu’il est commandeur de la Légion d’Honneur et proche du pouvoir. Il en réfère sans le dire à Van Ruymbecke au Procureur de Nanterre lequel estime que le Juge a commis une faute et ordonne que Tournet soit remis en liberté, tandis que V.R. est tranquillement reparti pour Caen.
Au sortir du commissariat, Tournet se précipite pour appeler Boulin en hurlant : ” Tu ne comprends donc pas qu’à travers moi, c’est toi qu’on vise ? ”
Le lendemain, apprenant qu’il a été joué, Van Ruymbecke est assailli d’une colère froide. Il expédie les gendarmes à Neuilly qui s’assurent de la personne de Tournet et le ramène menotté à Caen où il est inculpé de faux en écritures publiques et où V.R., glacial lui promet les Assises en le faisant incarcérer.
Le Juge s’est déjà rendu, escorté de sa fidèle greffière Véronique, à Ramatuelle et à Draguignan. Il a mis sous scellés divers documents en provenance de la DDE du Var.
Il semble que Robert Boulin ait été très étonné du tour pris par ” l’affaire de corne cul “. Il tente de s’en entretenir avec Alain Peyrefitte. Loin de faciliter cet entretien, le Garde des Sceaux l’organise en présence du Directeur des Affaires Criminelles et des Grâces . Il faut savoir que l’organigramme de la Chancellerie était composé à l’époque de deux directions dont la plus importante était les affaires criminelles. Aujourd’hui, ces deux directions ont éclaté en six grandes directions : l’administration pénitentiaire, les services judiciaires, les affaires civiles et sceau, la protection judiciaire et jeunesse, l’administration générale et équipement. La direction des affaires criminelles a un poids énorme puisqu’elle est en même temps celle des grâces . Elle est toujours confiée à un magistrat de haut rang et n’a d’équivalent en pouvoir que le conseiller aux affaires judiciaires du Président de la République lequel ne tranche que rarement contre l’avis du Directeur des Affaires Criminelles. Si bien que le conversation tourne court, ce qui permettra au Ministre de la Justice de proclamer : ” Je ne pouvais évidemment pas intervenir auprès du Juge d’Instruction. Mon collègue Boulin ne me l’a d’ailleurs pas demandé. “
Une caution de 500 000 F
Renaud Van Ruymbecke perquisitionne de nouveau chez Tournet le 5 juillet 1979 . Faisant feu de tout bois, ce dernier parvient néanmoins à être remis en liberté à la fin de juillet, mais après avoir versé une caution de 500 000 F !
On imagine la fureur de Tournet. Et le malaise de Boulin coincé par cette situation inédite. Car il ne peut être interrogé par Van Ruymbecke qu’après autorisation du Conseil des Ministres et donc déballage public. Certes, le Premier Président de la Cour d’Appel aurait pu se déplacer jusqu’à son domicile pour recueillir son témoignage. Ce ne fut évidemment pas le cas. D’ailleurs, ç’eut été trop tard, des photocopies des pièces du dossier circulaient déjà dans toutes les salles de rédaction.
On peut observer que les rapports qui peuvent et doivent s’instaurer entre le police, la justice et la presse atteignent ici un point sensible.
Le Réolais détient la preuve que l’exécution des frères Saincené est due à une de ces bavures mettant en position un juge bien connu et un des reporters du Monde auquel le magistrat a passé sitôt reçue la lettre de demande d’audience que les deux frères lui avaient envoyée et qui fut immédiatement publiée. Dans l’affaire Elf, le même journal fut dépositaire de P.V. d’auditions immédiatement après qu’ils soient consignés et les publia si vite qu’il ne prit même pas le temps de rectifier les fautes d’orthographe !
S’il nous semble indispensable que certains points d’une enquête puisse être, en confiance, vérifiés à bonne source, il nous semble, en revanche, peu convenable que les informations judiciaires soient livrées directement ” du producteur au consommateur ” sans que les journalistes prennent même la précaution d’en vérifier les éléments car, le moins que l’on puisse dire, c’est que certains P.V. qui sont déclaratifs ne sont pas parole d’évangile !
Une affaire bien embrouillée
Il est évident, toutefois, que le cas d’Henri Tournet était clair comme du jus de chique. La nécessité de clarifier cette obscurité entretenue sera certainement pour quelques chose dans les derniers rendez vous pris par Robert Boulin le jour de sa mort. Nous écrivons ” les derniers rendez vous ” car nous sommes persuadés qu’il y en eut au moins deux. Quoiqu’il en soit, celui avec Henri Tournet concernait, en partie l’affaire ténébreuse de Ramatuelle.
Tournet avait donc acheté en 1965, trente-cinq hectares à Ramatuelle. Ces hectares étaient constructibles à condition que les travaux soient entrepris immédiatement. Or, ils ne l’avaient pas été . La réglementation fut modifiée et les permis de construire étant caducs ils ne purent plus être délivrés de nouveau.
Ce qui n’empêcha pas Tournet de vendre 31 de ces 35 hectares à deux industriels , Maurice Cousin et Jean Pierre Camus ,originaires de Flers et de Caen.
Ceux-ci sont persuadés qu’ils pourront construire et versent à M° Groult, notaire à Pont Hébert ,1 500 000 F pour les terrains et 500 000 F pour la viabilité. L’acte ne sera jamais enregistré, ce qui permettra à Tournet de revendre le même terrain par l’intermédiaire du notaire Long à Grimaud, puis d’en céder une petite partie à une société Nafult Anstalt, domiciliée à Vaduz et une plus importante à la société Holitour, composée de 500 actions dont 419 lui appartiennent.
Promesses d’achat, promesses de
vente, comme à Saint Martin.
On peut observer, mais le Juge Van Ruymbecke ne le soulèvera pas, que ces actes en cascade servent parfois à dégager de substantielles commissions. Ce n’est un mystère pour personne que, dans l’île de Saint Martin, en Guadeloupe, certains terrains et parfois même le rivage marin changent cinq ou six fois de propriétaires dans la même journée. Les promesses d’achat et de vente ne sont jamais enregistrées et revendues ” hors la vue du notaire ” à des comparses qui engrangent ainsi un bénéfice qu’ils se partagent de la main à la main.
En l’espèce, rien ne prouve que ce mécanisme ait été employé. Tournet se bornera à prétendre que Robert Boulin, furieux d’avoir été dupé, exigera en dédommagement de ces tracas que deux parcelles, l’une de 30ares, l’autre de 70 ares lui soient offertes . On observera également que la mise à la disposition gratuite de parcelles à construire est un des grands classiques de la vie politique. C’est ainsi que Marcel Dassault, par exemple, était célèbre à l’époque pour ses cadeaux de terrains en général situés dans les îles grecques qu’il faisait racheter quelques années plus tard par un club de vacances de ses amis, dégageant ainsi la valeur totale du pot de vin.
Si le Juge Van Ruymbecke a subodoré une combine de cet ordre, il n’en a pas prouvé le mécanisme qui, à notre avis, ne s’applique d’ailleurs pas ici. En revanche, le Magistrat semble avoir estimé que le terrain avait bel et bien été payé 40 000F par Robert Boulin, mais que son chèque, encaissé par le Banco Popular Espanol aurait pu lui être restitué par le biais d’un chèque au porteur de même montant. A quoi Robert Boulin répliquait que si Tournet avait émis un chèque au porteur de 40 000 F, il ne lui était pas destiné. La meilleure preuve est que ce chèque existe dans les pièces de procédure et qu’ il a été endossé à un nom illisible. Tournet effectuait d’ailleurs régulièrement de pareils montages qui peuvent s’avérer être de sacrés pièges. Tournet rédigeait un chèque au porteur, encaissait lui-meme l’argent ainsi blanchi, et notait un nom célèbre sur la souche, faisant ainsi croire à un pot de vin !
La mort de Mme Rachez
Aussi obscure qu’aient été ces diverses manœuvres, il s’avère bien, en ce qui concerne Robert Boulin, qu’il s’agissait d’une affaire de ” corne cul ” comme le proclamait le Ministre. Une affaire qui ne méritait sans doute pas qu’on jette un homme en prison, ni qu’on le prive d’une cravate de Commandeur de la Légion d’Honneur qu’on lui avait, à l’évidence, bien légèrement octroyée !
En revanche, le Juge Van Ruymbecke aurait certainement du s’attacher à éclairer une autre partie du dossier qui a, peut être son importance dans la mort de Robert Boulin. . Ce jour là, en effet, le Ministre semble avoir eu rendez vous avec Henri Tournet qu’accompagnaient deux personnes de nationalité étrangère : MM. Ernst Siegrist et Herman Stromberg.
Quel rapport ont-ils avec l’affaire ? Mme Rachez, belle mère d’Hermann Stromberg, propriétaire de l’ hôtel, casino et centre thermal de Saint Amand Les Eaux, a peur de perdre sa fortune quand éclatent les manifestations de mai 1968. Telle le personnage fameux de ” Milou en mai “, elle croit mettre à l’abri son magot en confiant 2 millions de francs français et 1,7 M de francs suisses à Henri Tournet , qui est administrateur du Casino de Saint Amand afin qu’il place discrètement l’argent en Suisse à la banque Imefbank dont le président, M. Schlaepfer, n’est autre que son avocat.
Quelques années plus tard, Mme Rachez se brouille avec Tournet et sur les conseils de son gendre Hermann Stromberg, décide de récupérer son bien. Comme elle n’y parvient pas, elle exige d’être reçue par le Président d’Imefbank, M. Schlaepfer. Mais cet entretien n’aura jamais lieu car Mme Rachez décède le 4 février 1973 dans des conditions si bizarres qu’une enquête sera ouverte.
L’argent de Mme Rachez reste donc sous la garde de Tournet qui le prête à Ernst Siegrist pour acheter pour le compte d’un tiers ( ?) les terrains de Ramatuelle. Le tiers se révèle être la société Holitour dont Tournet est actionnaire majoritaire, le reste des actions étant détenu par le fils de l’avocat-banquier Schlaepfer.
Ce n’est qu’en 1988 , après avoir été ruiné et totalement dépossédé du casino de Saint Amand les eaux, que M. Stromberg confiera à un remarquable enquêteur, Serge Garde de l’Humanité, cette partie de l’affaire. Il confessera avoir eu un rendez vous avec Robert Boulin l’après midi de sa mort, mais l’avoir quitté avant le meurtre…
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QUELQUES PIÈCES A CONVICTION
Le lieu du crime: l’étang Rompu en forêt de Rambouillet (Yvelines).

LE CORPS DE ROBERT BOULIN PRESENTANT LES CONTUSIONS

(EXPERTISE DU VEHICULE TRES
SOMMAIRE)
Au moins deux documents sont censés prouver la volonté de Robert Boulin de mettre fin à ses jours. Sur un bristol, posé sur le pare-brise, il est écrit: “Embrassez ma femme éperduement (sic), le seul grand amour de ma vie”. Problème, les deux écritures, au recto et au verso, divergent tellement qu’il est impossible de les attribuer sans erreur à Robert Boulin.
Tandis que dans les jours qui suivent, plusieurs lettres parviennent à leurs destinataires: des médias (l’AFP, le journal Sud-Ouest) et des proches du ministre (Jacques Chaban-Delmas, son suppléant Gérard César). En réalité, toutes ces lettres sont des photocopies, reprenant, en dehors des mentions de début et de fin faisant allusion au suicide, un projet de réponse publique aux accusations de l’affaire de Ramatuelle. Enfin, le format de ces “lettres” ne correspond pas au format des lettres postées à Monfort-l’Amaury vers 17h30, par Robert Boulin…

LA LETTRE POSTHUME A MEME LE SOL DU VEHICULE

(Document PATRICE - JACQUES)
LETTRE DE ROBERT BOULIN N°1
LETTRE DE ROBERT BOULIN N°2
LETTRE DE ROBERT BOULIN N°3
LETTRE DE ROBERT BOULIN N°4
LETTRES A TELECHARGER ET A IMPRIMER VERSION
LA LETTRE POSTHUME DE ROBERT BOULIN DANS
SON INTEGRALITÉ
(OFFERTE AUX INTERNAUTES PAR PATRICE-JACQUES)
Affaire Boulin: la lettre au président Sarkozy
Par David Servenay (Rue89) 00H05 11/09/2007
Dans une lettre qu’elle a décidé de publier sur Rue89, la fille du ministre assassiné en 1979 demande justice.
C’était au tout début de la campagne électorale, le 26 janvier, à Poitiers. Dans un discours que les observateurs ont salué pour son large balayage de l’histoire de la droite, Nicolas Sarkozy eut ces mots: “Je n’oublie pas Robert Boulin, victime du mensonge et de la diffamation.”
Des mots que Fabienne Boulin, fille du ministre du Travail et de la Participation assassiné en octobre 1979, n’a pas oublié, alors qu’elle réclame depuis quatre ans la réouverture de l’enquête sur cette mort officiellement classée en suicide. Elle a donc pris sa plume pour écrire au président de la République. Faute d’avoir une réponse, elle décide de la rendre publique sur Rue89 et France Inter.
Il y a urgence: certains témoins, comme Raymond Barre, sont en train de disparaître…
“Le matin du 25 juin dernier, nous dit-elle, j’ai déposé au Pavillon de garde de l’Elysée, où je m’étais faite annoncer, une lettre personnelle au président de la République concernant la recherche de la vérité sur la mort de mon père. Je n’ai reçu à ce jour aucune réponse, pas même un simple accusé de réception de son cabinet, ce qui n’est vraiment pas dans les habitudes de M.Sarkozy.”
“J’avais, quelques jours plus tôt, demandé au Procureur Général de la République de Paris de faire désigner un juge d’instruction pour entendre des témoins capitaux sur les circonstances de la mort de mon père, et avec mon avocat, William Bourdon, nous avions insisté sur l’urgence, le risque que certains disparaissent. Le décès de M. Barre cet été me donne malheureusement raison. A l’évidence le temps presse. J’ai donc décidé de rendre publique ma lettre au Président de la République.”
Entretien avec Fabienne Boulin (1)
envoyé par rue89
La lettre au président Sarkozy
“Monsieur le Président de la
République,
“Sachant n’avoir rien à attendre de vos prédécesseurs, c’est la première fois en près de vingt-huit ans de combat pour la vérité que je m’adresse directement au plus haut magistrat de notre pays.
“Mon père, Robert Boulin, Ministre en exercice, a été assassiné le 29 octobre 1979, tabassé à mort et victime d’un complot politique. Avec l’aide de quelques journalistes, et de mes avocats, je crois avoir aujourd’hui réussi à renverser la charge de la preuve: à ceux qui voudraient continuer à accréditer la thèse officielle du suicide d’en démontrer la véracité. A ceux qui s’en sont fait les défenseurs, contre toutes les évidences du dossier judiciaire lui-même, de démontrer leur bonne foi en expliquant comment et par qui ils ont été manipulés.
“La mort d’un ministre en exercice est par définition une affaire d’Etat. Ou un ‘accident du travail’, comme l’écrivait Coluche dès le mois de décembre 1979… Je reste profondément blessée que l’Etat, employeur de mon père pour près de vingt et un ans, et que celui-ci nous avait appris à tant respecter, ait été aussi négligent durant tant d’années, me laissant seule dans la recherche de la vérité et protégeant de fait les assassins et leurs complices. Je suis profondément choquée que l’appareil d’Etat ait pu être si longtemps utilisé à de simples fins de ‘raison privée d’Etat’.
“Dans ses responsabilités ministérielles, avec constance et détermination, mon père fut un homme de réformes. Dans la vie politique, avec la même constance et détermination, il fut l’homme de la fidélité au Général de Gaulle et aux valeurs que celui-ci incarnait. Lorsque ces valeurs ont été remises en cause par les pratiques de ceux qui se prétendaient les héritiers du gaullisme à des fins personnelles, mon père est devenu, à sa façon, un homme de rupture. Sa rupture à lui l’a tué. Autres temps, autres mœurs et que de temps perdu!
“Nous sommes à la croisée des
chemins”
“Si je m’adresse à vous aujourd’hui, c’est d’abord parce que, dans ce dossier comme dans tant d’autres, nous sommes à la croisée des chemins. Des éléments nouveaux impérieux et concordants et la confirmation de l’impossible vraisemblance de la thèse officielle obligent à l’évidence à rouvrir l’instruction criminelle sur les circonstances et les causes du décès de mon père. Cela est urgent car plusieurs témoins se sont manifestés, espérant comme moi que les temps ont changé. Certains d’entre eux sont vieux, d’autres se sentent encore aujourd’hui menacés et ne pourront témoigner, éventuellement sous X, que sous la protection de la justice et devant un juge d’instruction. C’est aussi parce que cette décision cruciale appartient en propre, de manière discrétionnaire et sans appel, au Procureur Général de la République près la Cour d’Appel de Paris, représentant du ministère public, c’est-à-dire des autorités de l’Etat. C’est enfin parce que je n’ai pas manqué de noter que vous-même, dans votre discours d’ouverture de campagne présidentielle à Poitiers, avez eu des mots précis et explicites sur ce drame de notre vie politique. J’y ai été sensible, sentant que vous n’étiez pas de ceux, nombreux avant vous, qui se sont contentés de brandir le nom de mon père comme une menace pour leurs adversaires et concurrents.
“Oserez vous ce qu’aucun de vos prédécesseurs n’a osé: entendre ceux qui veulent faire la vérité sur la mort d’un ministre de notre République? En vous écoutant je le crois, et suis donc à votre disposition pour en parler directement avec vous, à votre convenance et avec la visibilité ou la discrétion que vous jugerez opportune.
“Dans cette attente, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma très haute considération.
Signé: Fabienne Boulin-Burgeat”
Entretien avec Fabienne Boulin (2)
envoyé par rue89
Cliquez sur ce lien: La lettre n°1 de Fabienne Boulin à Sarkozy
Cliquez sur ce lien: La lettre n°2 de Fabienne Boulin à Sarkozy
Une vérification auprès de l’Elysée nous a permis d’apprendre que la lettre de Fabienne Boulin est aujourd’hui entre les mains de Patrick Ouart, le conseiller pour la justice du Président.
Or, nous savons aujourd’hui (voir le dossier Boulin que Rue89 consacrait à cette affaire en mai dernier) que la fable Boulin fut patiemment construite par des policiers, des juges et un entourage politique au coeur même du RPR.
Le mobile du crime? Malgré de nombreuses pistes possibles, les éléments glanés par l’enquête de Benoît Collombat (”Un homme à abattre”, Fayard) ramènent toujours à la même piste des intrigues financières qui agitaient alors le parti de Jacques Chirac.
Fabienne Boulin ne baissera pas les bras. Près de vingt-huit ans après les faits, elle reste la seule partie civile dans cette procédure judiciaire. Le 29 octobre prochain, elle sera à Libourne (Gironde) pour une réunion publique afin de constituer une association de soutien.
http://rue89.com/2007/09/11/affaire-boulin-la-lettre-au-president-sarkozy#comment-76419
UNE ENQUÊTE DE PATRICE SAINT
JACQUES (Archives personnelles)
P-JACQUES
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LETTRE PERSONNELLE DE Mme FABIENNE BOULIN
31.5.2010 par admin.
LETTRE PERSONNELLE DE Mme
FABIENNE BOULIN BURGEAT
25/03/2010 09:51:26
over-blog.com : Vous avez reçu un message
Ce message vous est envoyé par un visiteur grâce au formulaire de contact accessible en bas de page de votre blog: monde-magouilles.over-blog.com
Cher Monsieur,
Nous allons déposer une demande de réouverture de l’instruction dans les tous prochains jours et suivre son dépôt par une conférence de presse. Çà devrait bouger!
Bien cordialement
Fabienne BB
P-JACQUES
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ALAIN PEYREFITTE MÊLÉ A LA MORT DE ROBERT BOULIN
31.5.2010 par admin.
ALAIN PEYREFFITTE MÊLÉ A LA MORT
DE
ROBERT BOULIN
Alain Peyrefitte, le diplomate normalien au service du gaullisme académique
Diplomate, écrivain prolifique, homme politique au plus près du pouvoir, Alain Peyrefitte était un touche-à-tout rigoureux, à la fois fin observateur et acteur déterminé.
Alain Peyrefitte est né le 26 août 1925.
Il y a dix ans, le 27 novembre 1999, Alain Peyrefitte quittait ce monde. Homme de culture et de lettres, Alain Peyrefitte fut, avec Jean Lecanuet, parmi les personnalités politiques majeures des années 1960 à 1990 à avoir conservé une mauvaise réputation. Pourtant, Alain Peyrefitte fut un personnage original et constructif qui accompagna les premiers émois de la Ve République.
Un diplomate éclairé
Malgré sa mère qui fut hostile à l’institution religieuse, il se convertit au catholicisme et passa après le baccalauréat une année chez les dominicains dans un couvent corse. Pendant cette période de retraite, il écrivit son programme de vie avec une troublante précision : « 1948-1958 : vie diplomatique ; 1958-1968 : vie politique ; 1968-1978 : vie littéraire ».
Gabriel de Broglie étudia son caractère ainsi : « Alain Peyrefitte reste un émotif secret, un penseur absorbé. Entre des vocations qui paraîtraient s’exclure, il hésite à choisir, ou plutôt, son choix est de ne pas choisir. Est-ce un trait de son caractère, le sentiment d’un destin ? La vie se chargera de trier. ».
Il fut dès lors élève de Normale Sup. puis docteur d’État en lettres et sciences humaines. Après avoir échoué l’année précédente, il fit partie de la deuxième promotion de l’École Nationale d’Administration (ENA) créée en 1945 par Michel Debré pour doter le pays d’une haute fonction publique compétente. Il se dirigea vers la carrière de diplomate.
Nommé à Bonn (en Allemagne) en 1949, il travailla avec Jean-François Deniau sous l’égide de l’ambassadeur André François-Poncet, père du futur ministre giscardien Jean François-Poncet. En 1954, il fut éloigné à Cracovie (en Pologne) comme consul de France où il excella dans son talent d’observateur de la guerre froide. En 1956, il regagna le Quai d’Orsay comme chef de service des organisations européennes et fit partie des négociateurs du Traité de Rome avec Jean-François Deniau et Georges Vedel.
Jeune cadre de la République
gaullienne
Alain Peyrefitte fut gaulliste dès le 21 mai 1940, quand il a entendu le colonel De Gaulle parler à la radio et prédire la victoire finale des forces motorisées blindées. Mais il ne rencontra la première fois De Gaulle qu’en 1959.
Lors des premières élections législatives de la Ve République, Alain Peyrefitte fut élu député à 33 ans en automne 1958 en Seine-et-Marne après avoir échoué à la cantonale de Bray-sur-Seine au printemps (sans étiquette).
Député gaulliste de 1958 à 1995, constamment réélu sauf en juin 1981 (mais il fut finalement réélu en janvier 1982 à la suite d’une invalidation), puis sénateur de 1995 à 1999, il fut élu au Conseil général de Seine-et-Marne de 1964 à 1988 (vice-président de 1982 à 1988) et maire de Provins de 1965 à 1997 (c’est le futur ministre chiraquien Christian Jacob qui reprit sa succession à partir de mars 2001).
Sa grande connaissance des Affaires européennes et son dynamisme le fit rapidement remarquer auprès du général De Gaulle qui en fit un collaborateur très proche (trente-cinq ans les séparaient) jusqu’à en devenir ministre le 14 avril 1962, d’abord comme Secrétaire d’État à l’Information puis brièvement Ministre des Rapatriés puis de nouveau Ministre de l’Information jusqu’en 1966.
Dans “C’était De Gaulle“, il écrivit la grande chance d’avoir été, pendant quatre années, le porte-parole d’un si grand homme : « Les figures de proue nous mettent à l’abri de la médiocrité. Elles fendent les flots incertains. Elles nous élèvent au-dessus de nous-mêmes. ».
L’information, domaine encore réservé
À ce poste, Alain Peyrefitte fut le grand intermédiaire entre De Gaulle et les journalistes. Il a créé l’ORTF qui fut le précurseur, entre autres, de Radio France, qui visait à moderniser et à libéraliser l’audiovisuel public. Cependant, ses passages à la télévision en tant que ministre pour dire ce que devrait être le journal télévisé en a fait le symbole d’une information à la solde du pouvoir. Les historiens diront si l’information était moins libre en 1965 qu’en 2009.
Après la réélection de De Gaulle, Alain Peyrefitte fut nommé le 8 janvier 1966 à la Recherche scientifique et lança le programme de dissuasion nucléaire français.
À l’issue des élections législatives gagnées de justesse, Alain Peyrefitte siégea le 6 avril 1967 au Ministère de l’Éducation nationale, qu’il dut quitter le 28 mai 1968 en raison des événements de mai 1968 (écouter ses déclarations au cours de la semaine des barricades).
Il ne revint au pouvoir qu’à la fin de la Présidence de Georges Pompidou. L’occasion pour lui, entre temps, de présider entre 1968 et 1972 la Commission des affaires culturelles et sociales de l’Assemblée Nationale, puis de diriger le mouvement gaulliste de 1972 à 1973 (comme secrétaire général de l’UDR, à l’époque, il n’y avait pas de poste de président).
Alain Peyrefitte, écrivain et essayiste
C’est pendant cette période où il ne fut plus au pouvoir qu’il tira les meilleures réflexions, notamment au cours d’une mission parlementaire en Chine en juillet 1971 (rapport n°2544 déposé le 1er juillet 1972 à l’Assemblée Nationale) où il comprit l’exceptionnel potentiel du développement économique chinois (il publia en 1973 son fameux livre “Quand la Chine s’éveillera… le monde tremblera“).
Gabriel de Broglie livra en 2002 son analyse de l’écrivain : « Au-delà de l’action, derrière les actes, il y a toujours le livre. C’est dans l’écriture qu’Alain Peyrefitte trouve les ressorts de sa réussite : une abondance de formules heureuses, saisissantes, souvent redoublées et efficaces comme un tir serré d’arguments ; la multiplication des angles de vue comme l’œil de la mouche dont les facettes donnent l’impression du relief ; le découpage en séquences courtes et simples d’une écriture cinématographique ; une dialectique irrésistible ; un étincelant crépitement d’idées. Ces caractères s’apparenteraient à un procédé si l’auteur n’exprimait, par surcroît, un ardent amour de la langue française. C’est par là qu’il a conquis son public et par là que je me sens le plus proche de lui. Le service de la langue française a ceci de commun avec la religion qu’il n’est pas nécessaire d’y réussir pour s’y consacrer, ni d’y briller pour s’y plaire. C’est un culte dont voici le temple, qui était à l’origine une église. (…) Alain Peyrefitte manie la langue d’une correction parfaite, d’une clarté souveraine, qui ne fait qu’un avec la pensée. La littérature n’est pour lui ni introspective ni symboliste. Elle consiste en un travail d’écriture, une justesse d’expression et une fermeté de conception. Il livre une œuvre rédigée debout, au sens propre puisqu’il a toujours écrit sur un lutrin pour éviter d’être surpris par le sommeil et au sens figuré, c’est-à-dire une œuvre pour démontrer, pour convaincre. ».
Parmi ses mentors, André Gide fut l’un de ses auteurs fétiches, trouvant n’importe quel prétexte pour aller le rencontrer plusieurs fois.
Albert Camus le parraina chez Gallimard pour son premier essai “Le Mythe de Pénélope”, écrit à 21 ans et récompensé par l’Académie française. Cet essai, selon Claude Lévi-Strauss, « découvre dans la confiance, au lieu de l’absurde, le secret de la condition humaine. Une tradition légendaire qui veut qu’Ulysse eût été engendré par Sisyphe. En glorifiant Pénélope, vous opposerez la bru au beau-père. » (il s’adressait à Alain Peyrefitte).
Le 6 juin 1976, six semaines avant sa mort, l’écrivain Paul Morand invita Alain Peyrefitte à déjeuner. Ils ne se connaissaient. Jean Guitton et Claude Lévi-Strauss firent partie des convives, le premier comme futur parrain d’une candidature à l’Académie et le second, celui qui le recevrait sous la Coupole le 13 octobre 1977.
Le 10 février 1977, c’est effectivement au fauteuil de Paul Morand qu’Alain Peyrefitte fut élu à l’Académie française. Il venait de publier “Le Mal français” (qui fut un grand succès commercial) où il analysait les blocages de la société française et notamment son pessimisme, un essai encore d’actualité selon l’académicien Jean d’Ormesson.
Entre son élection et sa réception, Alain Peyrefitte est redevenu ministre, situation inédite depuis 1718, et Valéry Giscard d’Estaing assista à la séance. La présence du Président de la République, protecteur de l’Académie française, est exceptionnelle dans ce genre de cérémonie.
Son livre, en trois tomes, “C’était De Gaulle” publié entre 1994 et 2000, est devenu un précieux et dense témoignage sur le général De Gaulle et la réalité de ses états d’âme en rassemblant près de cinq mille pages de notes personnelles prises lorsqu’il travaillait à ses côtés (C’est Pompidou qui l’encouragea à les publier).
Devenu un “baron” du gaullisme
Son retour aux deux derniers gouvernements de Pierre Messmer (après la victoire des élections législatives) fut très furtif, aux Réformes administratives le 5 avril 1973 puis à la Culture et à l’Environnement le 1er mars 1974 (un mois avant la mort de Georges Pompidou).
En baron gaulliste, Alain Peyrefitte fit partie des soutiens de Jacques Chaban-Delmas à l’élection présidentielle de 1974 face à Valéry Giscard d’Estaing, ce qui alimenta une forte inimitié envers Jacques Chirac qui consacra toute son énergie à la victoire de Giscard d’Estaing (qui lui concéda alors Matignon).
Paradoxalement, c’est lors de la démission de Jacques Chirac l’été 1976 que les mêmes barons gaullistes, menés par Olivier Guichard, légitimistes donc respectueux du Président de la République, se rapprochèrent de Valéry Giscard d’Estaing et contestèrent la virulente opposition de Jacques Chirac pendant le reste du septennat giscardien.
Les six premiers mois du gouvernement de Raymond Barre avaient placé Olivier Guichard au sommet des ministres gaullistes mais sa mission de coordination entre giscardiens et chiraquiens s’était avérée impossible depuis la candidature et la victoire de Jacques Chirac à la mairie de Paris, véritable camouflet pour le Président de la République qui en avait fait une affaire personnelle.
Alain Peyrefitte revint au gouvernement dans le nouveau dispositif de Valéry Giscard d’Estaing le 30 mars 1977, à l’issue des élections municipales.
Jusqu’à la fin du septennat, Alain Peyrefitte fut Ministre de la Justice (pendant trois ans) où son nom resta associé à la loi “Sécurité et Liberté” promulguée en janvier 1981 (et vite abrogée par le gouvernement socialo-communiste qui lui succéda). Il est intéressant de revoir un résumé des débats parlementaires du 10 juin 1980 où François Mitterrand s’opposa lui-même à Alain Peyrefitte La dualité sécurité/liberté reste encore aujourd’hui un enjeu politique majeur
Relations tendues entre Peyrefitte et
Chirac
Les relations entre Alain Peyrefitte, premier des ministres RPR, et Jacques Chirac, président du RPR, furent de plus en plus conflictuelles.
Pour preuve, cette réunion le matin du 8 novembre 1977 au siège du RPR où (à quatre mois des élections législatives) Alain Peyrefitte piqua une colère contre Jacques Chirac : « Tout cela arrive parce que ici, rue de Lille, vous n’arrêtez pas de critiquer le gouvernement. Lorsque toi, Jacques, tu dis : dans ce gouvernement, il n’y a qu’une bande de chiffes, figure-toi que je n’apprécie pas. Et le Premier Ministre pas davantage ! Renonce à tes agressions, tu seras moins souvent agressé ! ». Jacques Chirac aurait alors ponctué : « Alain, tais-toi ! ».
La cassure irrémédiable avec Jacques Chirac a eu lieu lors de l’appel de Cochin le 6 décembre 1978 où Jacques Chirac (influencé par Marie-France Garaud dont il se sépara après son échec de juin 1979) accusait Valéry Giscard d’Estaing d’être le parti de l’étranger pour avoir favorisé l’élection des députés européens au suffrage universel direct (la première élection eut lieu le 10 juin 1979).
Ministre de la Justice
Un peu comme la cavale de Jean-Pierre Treiber, arrêté le 20 novembre 2009 après son évasion du 8 septembre 2009, Alain Peyrefitte a dû subir l’affront de l’évasion du criminel Jacques Mesrine le 8 mai 1978 (il fut tué par la police le 2 novembre 1979, trois jours après la mort de Robert Boulin).
En novembre 1979, le nom d’Alain Peyrefitte est en effet mêlé à la mort de Robert Boulin, son collègue du gouvernement, tous les deux en position d’être nommés très prochainement Premier Ministre après l’hospitalisation de Raymond Barre pour surmenage.
Alain Peyrefitte n’a jamais été accusé d’avoir “assassiné” Robert Boulin (à l’époque, tout le monde parlait de suicide) mais d’avoir peu soutenu, avant la mort de celui-ci, son collègue accusé d’une malversation. Alain Peyrefitte ne voyait pas comment intervenir sur le cours de la justice (le juge chargé de l’affaire était Renaud Van Ruymbeke).
Le 17 novembre 1979, à l’occasion d’un débat sur les crédits de la justice à l’Assemblée Nationale qui a dévié sur la peine de mort, Alain Peyrefitte proposa de déposer « un texte révisant l’échelle des peines, c’est-à-dire, revoyant le problème des peines les plus importantes pour les crimes les plus importants » ajoutant : « On ne peut pas examiner le problème de la peine de mort séparément de l’ensemble de ces peines et de l’ensemble de ces crimes ; c’est une affaire complexe et le gouvernement refuse de se laisser entraîner à un vote simpliste. » . Ce projet de loi n’a, semble-t-il, jamais été déposé.
Alain Peyrefitte, giscardien
À l’élection présidentielle de 1981, Alain Peyrefitte, comme d’autres ministres gaullistes, soutient Valéry Giscard d’Estaing dès le premier tour malgré la présence de trois candidats gaullistes, Jacques Chirac, Michel Debré et Marie-France Garaud.
Le 9 avril 1981, Alain Peyrefitte reçut à Provins (ville dont il était le maire) le “citoyen candidat” Valéry Giscard d’Estaing pour un meeting qui fut suivi, le soir même par un autre meeting à Troyes, dont le maire était Robert Galley, autre ministre gaullo-giscardien (à la Défense).
Une occasion pour Alain Peyrefitte d’apporter clairement son soutien à Giscard d’Estaing qu’il considérait comme le seul héritier possible de De Gaulle et d’inviter les électeurs gaullistes à ne pas disperser leur voix sur Chirac : « L’héritage gaulliste a été maintenu et au prix de quels efforts ! (…) La vraie question est de savoir si notre République saura résister aux assauts de ceux qui veulent la détruire. Votre seul adversaire est celui qui a combattu le général De Gaulle. C’est la Ve République qu’il veut abattre ! » (parlant de François Mitterrand).
Cependant, le soutien trop tardif des gaullo-giscardiens au cours de la campagne du premier tour n’a pas permis de compenser les attaques permanentes des partisans de Jacques Chirac, ni de réduire le conflit entre giscardiens et chiraquiens, Jacques Chirac ayant joué la politique de la terre brûlée pour conquérir le leadership de la droite après la victoire de François Mitterrand.
Dans l’opposition
Bien que battu aux élections législatives de juin 1981, Alain Peyrefitte regagna brillamment sa circonscription après une invalidation et l’organisation des élections législatives partielles du 17 janvier 1982 (Bruno Bourg-Broc, Pierre de Bénouville et Jacques Dominati furent élus en même temps que lui), une mini-victoire électorale qui annonça la fin de “l’état de grâce” du pouvoir mitterrandien et l’amorce d’une reconquête du pouvoir par le RPR.
En 1983, Alain Peyrefitte prit la direction du comité éditorial du journal “Le Figaro” (corrigeant de façon très pointilleuse les écrits des journalistes politiques) ; au cours de son existence, il a collaboré avec de nombreux journaux : “Le Monde”, “Le Point”, “L’Express”, “La Revue des Deux Mondes”, “Commentaire”, “La Nef”, “Les Cahiers du Sud”, “La Revue de Paris”… et fut élu à l’Académie des sciences morales et politique le 1er juin 1987.
À la mort de Raymond Aron, le 17 octobre 1983, l’écrivain académicien Alain Peyrefitte a évoqué cet « esprit universel comme il en existe peu », à savoir qu’il « embrassait de son regard toutes les spécialités à la fois » en affirmant ceci : « Son grand message, ce sera un message de liberté de l’esprit, c’est-à-dire, de refus de l’esprit de système. Il a combattu toute sa vie l’esprit de système, les idéologies, parce qu’elles plaquent une abstraction sur la réalité vivante. »
Matignon ?
L’approche des élections législatives du 16 mars 1986 et la défaite prévisible des socialistes de François Mitterrand ouvrait une période nouvelle avec la cohabitation entre un Président et un gouvernement de bord opposé.
En 1985, dans un essai politique “Encore un effort Monsieur le Président“, Alain Peyrefitte avait pris position en faveur de la cohabitation (comme Édouard Balladur et Jacques Chirac, et contrairement à Raymond Barre qui considérait que la cohabitation était contraire à l’esprit des institutions), et avait même laissé entendre qu’il ne serait pas opposé au fait d’être nommé à Matignon.
À l’époque, les premier-ministrables étaient nombreux, de Jacques Chaban-Delmas (ami de François Mitterrand) à Valéry Giscard d’Estaing en passant par René Monory ou encore Simone Veil, mais Jacques Chirac, qui avait verrouillé le jeu à son profit, fut naturellement appelé à former le nouveau gouvernement, en tant que chef du parti majoritaire.
Le 15 décembre 1986, Alain Peyrefitte fut directement visé par un attentat mortel revendiqué par le groupe terroriste “Action directe” qui détruisit complètement sa voiture. Un employé municipal de Provins de 51 ans, Serge Langé, y perdit sa vie. Cette explosion faisait partie d’une vague d’attentats très durs qui entraîna l’assassinat de Georges Besse (patron de Renault) le 17 novembre 1986 et de l’ingénieur général de l’armement René Audran le 25 janvier 1985 (entre autres). Alain Peyrefitte avait été auparavant le cible de deux tentatives d’attentat en raison de ses fonctions de Garde des Sceaux.
En retrait progressif de la politique
active
Alain Peyrefitte quitta l’Assemblée Nationale pour le Sénat en septembre 1995. Il démissionna de sa mairie de Provins en 1997 et s’éteignit le 27 novembre 1999 dans le 16e arrondissement de Paris d’une grave et rapide maladie. Il venait de subir un terrible deuil par la perte de sa fille. Sa devise était : « Encore un peu plus oultre », dépassement de soi et volonté de perfection dans l’action.
Une personnalité plus conviviale qu’il
n’y paraît
Son aspect très austère, ses sourcils sévères, sa bouche qui avait du mal à esquisser un sourire, et si sourire il y avait, il ressemblait fort aux grimaces de Louis de Funès, ne doivent pas faire oublier l’homme de très grande culture mais aussi l’homme affable.
Gabriel de Broglie, son successeur à l’Académie française, le décrivait ainsi : « Peut-on imaginer une existence plus riche de travaux et de lauriers que celle d’Alain Peyrefitte, normalien, énarque, chercheur, diplomate, député, ministre, écrivain, académicien, journaliste, chroniqueur ? » puis il évoquait « sa silhouette bien découplée, son vaste front, sous ses sourcils broussailleux son regard scrutateur, ses yeux qu’il plissait souvent, pour aiguiser son regard ou pour le retourner vers ses pensées, son sourire enfin, large et franc, mais qu’un léger déplacement des lignes pouvait rendre extrêmement volontaire ». Puis, parlant de ses rencontres professionnelles avec Alain Peyrefitte dans les allées du pouvoir, Gabriel de Broglie a « profondément admiré (…) le style qui présidait à la conduite des affaires de la France, style auquel le talent d’Alain Peyrefitte apportait une note de rigoureuse exigence et de haute qualité ».
Alain Peyrefitte prenait des notes tout le temps, avant et après ses rencontres. Il ne cessait de lire, même en marchant ou au bord d’un télésiège pendant ses vacances d’hiver, et écoutait la radio lorsqu’il faisait son jogging matinal au bois de Boulogne.
Sa culture était exceptionnelle. Il connaissait par cœur de nombreuses poésies françaises. Il correspondit en grec ancien avec le linguiste Georges Dumézil qui lui répondait en latin. Il entretenait des relations intellectuelles avec Maurice Clavel, Michel Foucault et Alain Touraine.
Je me souviens d’avoir écouté Alain Peyrefitte plusieurs heures dans l’émission du dimanche matin “L’oreille en coin” sur France Inter (je ne retrouve plus la date, entre 1984 et 1990), surprenant les animateurs par son humour de potache, racontant les quatre cents coups qu’il faisait avec ses camarades de Normale Sup. lorsqu’ils étaient étudiants.
Un homme qui fut un acteur majeur des débuts de la Ve République, de la même génération que Valéry Giscard d’Estaing, député précoce, diplomate fin et averti, écrivain reconnu et talentueux, une écriture incisive au service de la pensée, libre de tout système, fidèle aux idées de De Gaulle, mais aussi “Premier Ministre virtuel” à une ou deux occasions et une réputation de Garde des Sceaux strict et intraitable.
Voilà ce que pourrait avoir laissé Alain Peyrefitte dans l’histoire politique française.
P-JACQUES
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AFFAIRE Robert Boulin : c’est un crime ! Le S.A.C mis au banc des accusés.
31.5.2010 par admin.
AFFAIRE Robert Boulin : c’est un
crime ! Le S.A.C mis au banc des
accusés.
En 1991, alors que la justice s’apprêtait à clore par un non-lieu l’enquête sur la mort du ministre du Travail Robert Boulin, le peuple Français crié ” La vérité sera-t-elle bafouée ? Le garde des Sceaux entérinerait ainsi la thèse officielle du “suicide” du ministre “noyé” dans 50 cm d’eau en forêt de Rambouillet en 1979. Or le doute n’est plus possible. Il s’agit d’un assassinat.
Le 30 octobre 1979 à 8 h 35, on repêche le cadavre de Robert Boulin dans l’étang Rompu en forêt de Rambouillet (Yvelines). Ministre gaulliste dans le gouvernement Raymond Barre, pendant le septennat de Giscard d’Estaing, Robert Boulin était la cible d’une campagne de presse visant à le discréditer. Une affaire liée à l’achat d’une garrigue à Ramatuelle (Var) sur laquelle la famille du ministre avait bâti une résidence secondaire. Avant même l’ouverture de l’enquête, les médias sont informés qu’il s’agit d’un suicide. Le ministre, déprimé, aurait absorbé des barbituriques, se serai avancé dans l’étang sans profondeur, serait tombé inconscient et se serait noyé. Le PV 850 de la gendarmerie précise : ” Le corps se trouve à cinq mètres de la berge, à un endroit où il y a 50 cm d’eau et 40 cm de vase. Il est recroquevillé, position à genoux, face contre terre. ” Sorti de l’eau, le corps est photographié sur le dos. Les rigidités cadavériques brisées. Seul, un bras reste curieusement dressé.
les lividités cadavériques
Si les enquêteurs avaient eu pour mission de rechercher la vérité, ils disposaient déjà de la preuve médico-légale qui contredisait la thèse du suicide solitaire. Les lividités cadavériques. Après le décès, le sang ne circule plus. Il traverse les tissus et se dépose, par pesanteur, sur les parties du corps en contact avec le sol. En quelques heures, des marbrures caractéristiques (les lividités) se fixent dans les parties déclives du cadavre, déterminant la position de la victime. Robert Boulin a été retrouvé ” face contre terre “, alors que, selon le rapport d’autopsie, ses lividités cadavériques étaient situées dans le dos. Cette impossibilité avait été révélé dans l’Humanité du 15 décembre 1987. Révélation reprise par l’Express le 8 janvier 1988. Cette enquête avait été soumise à une sommité de la médecine légale, le docteur Le Breton (aujourd’hui décédé) et à sa collaboratrice Juliette Garat. Interviewée pour la première fois par Canal +, le docteur Juliette Garat, en termes mesurés, ponctués de silences et de sourires éloquents, confirme l’impossibilité du suicide. Toxicologue et première femme médecin légiste sur la liste nationale des experts, le docteur Garat ne dit pas qu’au moment de l’affaire Boulin, elle et le docteur Le Breton ont été agressés dans la rue et chassés de l’Institut médico-légal où ils exerçaient depuis quarante ans. Leur indépendance d’esprit devenait un obstacle. Le docteur Le Breton détenait à l’institut des échantillons de sang et les poumons de Robert Boulin. Constatant que le sang avait été volé (comment dès lors vérifier la présence de barbituriques ?), par précaution, les bocaux contenant les poumons avaient été placés dans une armoire frigorifique cadenassée. Le docteur Le Breton avait refusé de remettre les clés de l’armoire frigorifique au préfet de police qui les exigeaient : ” Je ne peux les remettre qu’au magistrat instructeur, car il s’agit de scellés judiciaires “, avait-il répondu au préfet. Après son éviction et celle du docteur Garat, le frigo a été fracturé et les bocaux détruits. C’était pourtant la seule possibilité de prouver la noyade. En recherchant dans les poumons la présence de micro-organismes, d’algues microscopiques (les diatomées) toujours présentes dans les poumons d’un noyé en eau sauvage. L’Humanité avait révélé cette disparition le 30 janvier 1988. La famille Boulin et son avocat, Me René Boyer, avaient porté plainte. Sans suite.
Quant aux barbituriques absorbés par Robert Boulin, ce serait du Valium ? Absurde. Ce désinhibiteur a justement la faculté d’annihiler les volontés suicidaires. Rien ne tient dans la version officielle.
Le 18 novembre 1988, je tenais en main propre le témoignage d’Hermann Stromberg, une barbouze gaulliste du SAC (le service d’action civique) qui affirme : ” J’étais là quand Robert Boulin a été tué. Les assassins, c’est Ernst Siegrist et ses gardes du corps. Ils se sont enfoncés dans le sous-bois avec le ministre pour négocier un dossier. Ils étaient hors de notre vue. Puis Siegrist et ses gorilles sont repartis précipitamment, Boulin n’était pas avec eux. J’ai pensé que le ministre restait isolé pour réfléchir. Ne le voyant pas revenir, nous sommes allés à sa rencontre. Il gisait, mort, au pied d’un talus. ” Ersnt Siegrist existe bien. Il a été l’homme de confiance d’un dénommé Kopp, ancien nazi et chimiste de la ” French Connection “. Siegrist n’a jamais été recherché par la justice française.
L’enquête reprend ces révélations. Elle éclaire aussi de façon remarquable le contexte de l’affaire, en 1979. Le premier ministre, Raymond Barre, est au plus bas dans les sondages. On prête au président Giscard d’Estaing l’intention de le remplacer par Robert Boulin, gaulliste vraiment historique, plutôt populaire, et farouchement hostile à Jacques Chirac, le rival RPR du président en titre. Habile stratégie, mais Robert Boulin devient un danger pour le RPR, deux ans avant la présidentielle de 1981.
A l’automne 1979, plusieurs journaux reçoivent des informations mettant en cause Robert Boulin à propos d’une affaire immobilière à Ramatuelle (Var). Ce dernier sait qu’il s’agit d’un règlement de comptes interne à sa famille politique. Loin d’être déprimé, il s’apprête à riposter. Il connaît toutes les turpitudes des barons de la Ve République, lui qui fut ministre pendant quinze ans. Notamment l’escroquerie dite des ” avions renifleurs ” au détriment d’Elf. Robert Boulin s’apprête aussi à démasquer un pseudo-médecin, Paul Nemegeyi, qui a monté, avec des complicités politiques, un véritable racket sur la Sécurité sociale (1).
Le 29 octobre 1979, Robert Boulin quitte le ministère du Travail. Aidé de son garde du corps, il ramène chez lui certains dossiers sortis de son coffre-fort. Parmi eux, un dossier Elf. Il ressort de son domicile pour se rendre à un mystérieux rendez-vous. Va-t-il menacer ses ” amis ” de sortir des dossiers gênants s’ils ne cessent pas leur opération de déstabilisation ? La négociation tourne mal ?
Dans la soirée, Colette Boulin voit surgir plusieurs collaborateurs de son mari qui s’affairent dans son bureau. Disparu, le ruban de la machine à écrire sur laquelle Robert Boulin est censé avoir tapé la lettre annonçant son suicide. Disparu, l’original de cette lettre. Les destinataires n’en recevront qu’une photocopie, probablement un montage. Disparus, les fameux dossiers !
Le lendemain, on retrouve le cadavre du ministre dans l’étang Rompu. Son visage n’est pas celui d’un noyé. C’est celui d’un homme tabassé. Pendant l’autopsie, le procureur interdit l’examen du crâne. Lorsque la famille finira par obtenir une contre-autopsie, la radiographie mettre en évidence deux fractures du crâne. Qui ose encore parler de suicide ?
1) Une note des Renseignements généraux (voir l’Humanité dimanche du 23 juin 1989) établit un lien entre Paul Nemegeyi, aujourd’hui décédé, l’affaire de Ramatuelle et l’assassinat du député le prince de Broglie. On retrouve les magouilles de ” monsieur Paul ” derrière les difficultés financières actuelles de l’hôpital de Saint-Denis. Le préfet de Seine-Saint-Denis a imposé à cet établissement hospitalier le rachat au-dessus du prix des Domaines de la clinique de Pierrefitte que Paul Nemegeyi avait revendue. Sans l’avoir payée à l’ancien propriétaire, Pierre Bouniol, lequel entend faire valoir ses droits.
P-JACQUES
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AFFAIRE Robert Boulin : c’est un crime ! Le S.A.C mis au banc des accusés.
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Pasqua - Boulin : les questions sans réponse : De la French Connection
31.5.2010 par admin.
Pasqua : les questions sans réponse :
De la French Connection à Matignon ?
La guerre des gangs à la conquête de l’Élysée fait rage. L’heure du grand déballage est-elle arrivée ? L’un voulant enfoncer l’autre distille des informations ou monte des flagrants délits, et tout le monde rigole. Un vrai déballage toutefois devrait en dire beaucoup sur quelques questions.
Charles Pasqua pourrait être l’homme le plus puissant de France. Il y a peu, le Premier ministre-Balladur mangeait dans sa main, allant jusqu’à reprendre point par point ses positions à l’occasion de l’affaire Maréchal-Leclair-Schuller-Balkany-Schimpf, malgré les multiples démentis judiciaires que ces messieurs ont pu accumuler en un temps record.
Il s’est profilé depuis quelques années comme un véritable “homme d’État”, opérant un spectaculaire retournement. Jusque-là, il était plutôt connu comme l’homme des basses oeuvres du gaullisme. Ses conceptions d’aménageur du territoire et, plus largement, de réformateur des lois de la République finissent par lui valoir un respect quasiment universel. On discuta de savoir s’il serait Premier ministre à son tour au cas où son poulain Balladur devenait président de la République.
Pour en savoir plus sur la biographie de cet éventuel futur-Premier ministre, nous avons demandé à quelques spécialistes de dresser le catalogue de quelques questions qu’on évite généralement de poser dans la presse bien pensante. C’est dommage. Car les questions appellent des réponses. Et ce n’est que lorsqu’on a les réponses qu’on peut prétendre savoir.
Avouons quand même notre point de vue : la quantité et la nature des questions qui se posent légitimement quant à la biographie de Charles Pasqua auraient pu lui interdire l’accès aux plus hautes fonctions de la République, ne serait-ce que dans le doute. Ses liens avec la French Connection, au moins, mériteraient enquête. Et s’il devait aller plus haut sans même avoir élucidé tout ça ? Eh bien ce serait une drôle de République que la nôtre. Une République capable de génocider le Rwanda, par exemple. Du jamais vu.
Ce n’est pas parce que la carrière de Charles Pasqua a commencé au niveau de la mer (comme plagiste sur la Côte d’Azur), pour atteindre les plus hautes cimes de la République, qu’elle est linéaire. Des incidents de parcours, des accidents mortels, des affaires non-élucidées jalonnent son itinéraire, aussi chaotique que mal connu, malgré l’abondante littérature qui lui est consacré.
La plupart d’entre nous ont déjà oublié jusqu’au nom de Robert Boulin. Il aurait pourtant mérité d’être retenu : dans l’histoire de la Ve République, il n’y a pas d’autre cas de ministre en exercice assassiné. Le grossier maquillage en suicide de son assassinat sert encore aujourd’hui de vérité officielle. Robert Boulin détenait jusque-là le record de longévité au gouvernement. Le rôle de Pasqua dans ce spectaculaire dérapage du circuit de la Ve République n’a jamais été évoqué. Voici un bouquet de questions demeurées sans réponse à ce jour :
Pourquoi le sérieux conflit qui opposa Robert Boulin à Charles Pasqua en juin 1979 a-t-il toujours été passé sous silence ?
Comment Pasqua a-t-il (été) démissionné de son poste de secrétaire national à l’organisation du RPR, en juillet 1979 ?
Pourquoi Jacques Chirac a-t-il été amené à sanctionner lourdement son bras droit ? Rappelons que sans Pasqua il n’y aurait eu pour Chirac ni Matignon en 1974, ni appel de Cochin, ni RPR.
Comment le même Chirac s’est-il trouvé dans l’obligation de revenir sur cette lourde sanction et d’ainsi se déjuger publiquement, moins de six mois après l’avoir infligée - et ce, juste après la mort de Robert Boulin ?
Pourquoi le RPR et les autres formations politiques ont-elles laissé pendant quinze ans de telles questions dans l’ombre ?
Autre épisode : en 1972, le quotidien new-yorkais “Newsday” publie une série d’articles intitulés “The Heroïn Trails”. Une équipe de journalistes a commencé son enquête au Canada sur les agissements, dans les années 60, de Jean Venturi, représentant local de la firme Ricard, dont le supérieur hiérarchique direct avait été à l’époque Charles Pasqua, directeur des ventes à l’export.
Après avoir obtenu confirmation auprès des services de police compétents du document du bureau américain des narcotiques incriminant Jean Venturi dans un trafic d’héroïne à destination des États-Unis, les journalistes new-yorkais arrivent à Paris pour remonter cette ramification de la célèbre French Connection. Leur récolte est maigre
.
L’opacité de la firme Ricard ne leur a pas permis d’établir la vraie nature et l’ancienneté des liens unissant Pasqua et Venturi. Au moins ceux-ci étaient-ils liés par une réalité hiérarchique au moment de la cavale de Venturi, en 1967.
Il n’a pas été non plus établi si les Pasqua - que des liens familiaux unissent au Canada - étaient, par ce biais aussi, en contact avec les Venturi. Parallèlement, des recherches ont été menées sur le patrimoine de la famille Pasqua.
En 1994, à l’occasion d’une recherche, la disparition inexpliquée des archives de “Newsday” concernant cette ensquête a été constatée.
En 1967, un mandat d’arrêt international a été établi à l’encontre de Jean Venturi. Ce dernier n’a jamais été arrêté.
Qu’est-il devenu ?
De quelles complicités a-t-il bénéficié
pour échapper ainsi à la Justice ?
Le nom de Charles Pasqua aurait-t-il figuré un temps sur la liste des personnes indésirables aux États-Unis ?
Jean-Charles Marchiani, éminence grise de Pasqua, reconnu comme tel depuis la première cohabitation en 1986, est l’homme que le président Georges Pompidou fit personnellement chasser du Sdece en 1969. Il le considérait comme l’auteur et le propagateur de photos truquées attentatoires à l’honneur de sa famille (affaire Markovic). Charles Pasqua a attendu la célébration en grande pompe par Balladur et Chirac du vingtième anniversaire de la mort de Pompidou, en avril 1994, pour faire nommer Marchiani préfet. Il lui fit ensuite attribuer la Légion d’honneur le 1er janvier 1995.
Pourquoi cette insulte à la mémoire de Pompidou n’a-t-elle pas été relevée par la cohorte des fidèles, au premier rang desquels figurent, avec ostentation, Chirac et Balladur ?
Marchiani a-t-il joué un rôle dans la très longue cavale de Venturi ?
Au Maroc, Charles Pasqua a noué au temps de la fusion Pernod-Ricard d’étroites relations avec le roi Hassan II. L’hospitalité royale lui a notamment permis d’organiser en 1988, à l’hôtel de la Mamounia à Marrakech, un mystérieux réveillon commun avec Pierre Joxe, son successeur immédiat au ministère de l’Intérieur.
Qu’avaient-ils donc à se dire ?
En janvier 1994, Pasqua a été l’unique ministre d’un État membre de l’Union européenne à effectuer une visite de travail à El Ayoun (capitale du Sahara Occidental) cautionnant ainsi par sa présence - à la fureur du Quai d’Orsay - l’annexion par le Maroc de cette ancienne colonie espagnole.
Le Maroc a-t-il facilité la cavale de Jean
Venturi ?
En Afrique noire, l’influence de Pasqua s’avère aussi ciblée que déterminante. Sa prochaine visite, prévue début mars 1995 au Cameroun (si tout va bien), donne lieu à ce commentaire d’un spécialiste des affaires africaines dans “La Lettre du continent” du 8 février 1995 : “Au Cameroun, deux dossiers sont à l’instruction contre des casinos et des salles de jeux qui favorisent la grande délinquance dans notre pays. Paul Biya (le Président camerounais) devrait enterrer toute velléité de poursuivre au nom de l’amitié franco-camerounaise : en marge de la visite de Charles Pasqua, il serait inconvenant de heurter de front les intérêts corses.”
Marchiani est-il lié aux “intérêts corses” dans les salles de jeux camerounaises ?
Est-ce également le cas de Monsieur Raffali ? Raffali, à l’époque directeur d’une célèbre salle de jeux parisienne, s’était notamment illustré en 1986, en transmettant pour le compte du déjà ministre de l’Intérieur Pasqua le vrai-faux passeport destiné à Yves Challier, du “Carrefour du développement”.
Qui se cache derrière les “intérêts corses” maîtres des jeux camerounais ?
Ces “intérêts corses” ont-ils favorisé la cavale de Jean Venturi ?
Americano Gansia
NB : Cette série de questions n’est qu’indicative. Nous ne doutons pas que beaucoup de gens ont pu être amenés au fil de la longue carrière de Charles Pasqua à s’en poser bien d’autres. Les colonnes de notre journal leur sont ouvertes.
P-JACQUES
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Affaire Boulin : le témoignage d’Hermann Stromberg
31.5.2010 par admin.
Affaire Boulin :
le témoignage d’Hermann Stromberg
Depuis le 27 octobre dernier, les révélations de nouveaux témoins se multiplient autour de la mort du ministre Robert Boulin en 1979. A tel point que la justice pourrait reconsidérer le non lieu qui avait clos l’enquête à l’époque… Un réveil pour le moins tardif : en 1990, déjà, Arnaud Hamelin recueillait pour Sunset Presse le témoignage d’Hermann Stromberg, qui remettait en cause la thèse du suicide.
Le 30 octobre 1979, le corps de Robert Boulin, ministre du travail en exercice, et pressenti pour remplacer Raymond Barre à Matignon, était retrouvé au bord d’un étang de la forêt de Rambouillet. Conclusion de l’enquête : suicide. Une thèse accréditée par une lettre tapée à la machine, retrouvée dans la corbeille à papier du bureau du ministre. Cette lettre, qui s’ouvre sur : « j’ai décidé de mettre fin à mes jours », développe ensuite sur quatre pages la ligne de défense du ministre dans l’affaire de la « garrigue de Ramatuelle ».
Depuis plusieurs semaines, en effet, le ministre était la cible d’attaques très virulentes dans la presse, déclenchées après qu’un corbeau ait fait parvenir à plusieurs journaux des lettres accusant Robert Boulin d’avoir illégalement acquis un terrain dans le Var, pour y construire une résidence secondaire.Pour la justice, Robert Boulin aurait craqué sous la pression médiatique, et se serait suicidé. Fin de l’histoire.
Sauf que : au fil des ans, les témoignages se sont accumulés, dénonçant les manquements de l’enquête, les omissions des médecins légistes, la disparition de scellés… Et, surtout, l’incohérence des faits.
Parmi ceux-ci, celui d’Hermann Stromberg, qui livrera son témoignage à l’Humanité en novembre 1988 ; Stromberg, une relation de Robert Boulin, qui affirme avoir eu rendez-vous avec Robert Boulin le 29 octobre 1979, devant la mairie à St Léger en Yvelines. Un rendez-vous auquel il se serait rendu, accompagné de Charles Bignon, un ancien député. Ils auraient accompagné Robert Boulin près d’un étang, en forêt de Rambouillet, où d’autres protagonistes les auraient retrouvés, dont Henri Tournet, le promoteur du fameux terrain de Ramatuelle, un certain Ernst Siegrist, décrit par Stromberg comme un mafieux lié à l’Opus Dei, et plusieurs policiers. Stromberg et Bignon auraient ensuite vu Robert Boulin s’enfoncer dans la forêt en compagnie de cet étrange aréopage, et n’en serait pas ressorti…
En 1990, Hermann Stromberg renouvelle son témoignage, cette fois ci devant la caméra d’Arnaud Hamelin, qui réalise pour Sunset Presse un documentaire sur Robert Boulin, diffusé par la 5. Extrait.
Stromberg dit-il la vérité ? Ment-il ? Ou brode-t-il autour d’une demi-vérité ? Sa version des faits semble accréditer la thèse de l’assassinat de Robert Boulin. Mais qui aurait pu, et pourquoi, prendre le risque d’assassiner un ministre en exercice ? Trois anciens ministres, Alexandre Sanguinetti, Michel Jobert et Olivier Guichard, ont à plusieurs reprises confié leur conviction que Robert Boulin aurait été tué parce qu’il en savait trop sur le financement occulte du RPR, notamment par Saddam Hussein et Omar Bongo. Son assassinat aurait été organisé par le S.A.C., que dirigeait Charles Pasqua…
Une chose est sûre, cependant : le témoignage de Hermann Stromberg n’a jamais été sérieusement examiné par les autorités judiciaires, même après sa diffusion sur la 5.
P-JACQUES
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